Guerre impitoyable sur le point d’éclater ?

illustration20090080401.jpgQuand je pense à la guerre civile étatsunienne, une hécatombe qui tua 8 % de tous les hommes américains âgés de 13 à 43 ans (620 000 morts), des images de films défilent dans ma tête dont celle, outrageusement romantique, d’une cérémonie militaire tenue au printemps de 1861 au collège militaire de West Point. Avec tout le protocole d’usage, le commandant avait alors ordonné aux élèves officiers et cadres sudistes de bien vouloir quitter l’institution, les qualifiant de « Gentlemen from the South ». Ces derniers caracolèrent alors fièrement, comme à la revue, saluèrent et s’en furent participer aux quatre années d’horreur anachronique qui suivirent. Pourquoi une telle mise en situation ? Pour vous parler de Google à l’aube du conflit l’opposant aux grands noms de l’industrie, sur le point d’embraser le cybermonde.

illustration20090080409.jpgLa cérémonie « romantique » a eu lieu lundi dernier à Cupertino, siège social d’Apple. En grand uniforme, bien campé sur sa monture, Steve Jobs (dont le nouveau foie semble tenir le coup depuis son retour au travail à la fin de juin) salua Éric Schmidt, le PDG de Google, qui quitta rapidement pour son siège social de Mountain View, une douzaine de kilomètres plus au nord vers la Baie de San Francisco. Ingénieur émérite et anciennement chercheur au Palo Alto Research Center, Schmidth (photo ci-après) dirige Google depuis 2001.

illustration20090080405.jpgLe problème, c’est que depuis août 2006, il siégeait au conseil d’administration d’Apple. Au moment de son accession, Safari (le fureteur d’Apple) avait un an, les Google Docs (le service Web de Google) s’apprêtaient à être lancés sous ce nom et personne ne parlait alors de iPhone ou d’Android. Il faudra attendre la fin de 2007 pour que la concurrence vienne diviser ces voisines de la Silicon Valley. Devant les succès du iPhone lancé en janvier 2007, Google riposta dix mois plus tard avec le SE Android. Puis ce fut au tour d’Apple en faisant apparaître Mobile Me (son service Web) en juin 2008 et de Google en lançant Chrome (son fureteur) en septembre suivant.

Il paraîtrait que si on travaille pour Apple, on est tenu de le faire avec zèle et conviction. À défaut, le PDG Jobs appuie sur une télécommande, une trappe s’ouvre et on dégringole dans une fosse grouillante de crocodiles affamés. Or, le membre du CA Schmidth avait d’autres intérêts en tête que les succès du iPhone ou le triomphe du Mac OS X. C’est le moins que l’on puisse dire. Cet homme a dû lancer pas moins d’une cinquantaine de produits depuis 2001, si ce n’est plus, dont le coffret Web Google Docs, le fureteur Chrome et, tout récemment, l’alpha d’un système d’exploitation (SE) destiné, pour l’instant, aux petits ordis et appelé Chrome OS.

illustration20090080406.jpgillustration20090080404.jpgCe faisant, Google se trouve à faire directement concurrence à Apple et à Microsoft qui sont bien présents dans le service Web (Mobile Me et Office Live), dans la navigation Internet (Safari et Internet Explorer) ou dans les SE (Mac OS X et Windows). En même temps, la firme du bon docteur Schmidth affronte des boîtes comme Adobe ou IBM qui font eux aussi dans le coffret Web (Acrobat.com et Lotus Symphonie), comme Mozilla ou Opera qui proposent d’excellents navigateurs Web, ou comme Xandros, Canonical (Ubuntu) et autres Sun Microsystems (Oracle) qui s’activent dans les SE.

illustration20090080408.jpgillustration20090080402.jpgQuand j’étais petit, la fréquentation des tavernes nous enseignait une perle de sagesse, c’est-à-dire une maxime inspirée de la stratégie militaire d’Adolph Hitler. « Si tu as envie d’écoeurer le peuple, écoeure tout le monde en même temps ! Car si tu n’en écoeures qu’une poignée, tu risques de moins impressionner et de te faire péter les dents, casser le nez et pocher les yeux tout de suite en partant ! »

Ainsi, l’homme des Google Docs, de Chrome, d’Android et du projet Chrome OS s’est vu montrer la porte par celui de Mobile Me, de Safari, du iPhone et du Mac OS X (la question est de savoir pourquoi il a fallu attendre août 2009; est-ce en raison de la maladie que Jobs a traînée en 2008 et qui l’a fait s’absenter jusqu’en juin 2009 ?) En même temps, Schmidth a forcé le Feld-maréchal Ballmer vers une alliance stratégique avec Yahoo, cela sous les ricanements non interventionnistes (pour l’instant) d’Oracle, propriétaire, rappelons-le, de Sun Microsystems.

illustration20090080410.jpgillustration20090080411.jpgBref, « si vis pacem, para bellum », Google prépare la guerre. Une guerre totale ? Peut-être pas. Ce sera, pour le moins, une guerre sur le front principal, le front où il y a le plus de richesses à razzier, le front du Web. À l’heure du « Cloud Computing » et des services Web, la firme qui contrôlera le Triple W régnera en roi et maître. Ses moindres caprices deviendront des dogmes et ses actionnaires manqueront d’espace pour engranger leur or. Évidemment, ni Jobs ni Ballmer n’entendent vivre ce jour. Vous vous rappelez la colère présumée du PDG de Microsoft, le 11 novembre 2004 ? « Fucking Eric Schmidt is a fucking pussy. I’m going to fucking bury that guy, I have done it before, and I will do it again. I’m going to fucking kill Google. »

Imaginez, avec Google, vous n’aurez besoin que d’un accès au Net pour tout faire ce qui importe dans votre vie. Vous pourrez vous contenter d’un NetBook (ordinateur minimaliste) sans devoir vous acheter de logiciels bureautiques, sans devoir endurer une version diète mal fichue de Windows ou sans devoir vous taper l’apprentissage d’Ubuntu. Google fournira tout, de la géoposition cartographiée, à la messagerie Gmail, en passant par le service bureautique, la recherche Web raffinée, la traduction en ligne, la gestion graphique, « et cetera ad nauseam » ! Allez visiter le site Web de Google, vous conviendrez qu’il y a belle lurette que la petite boîte kioute est devenue un empire dont les bruits de bottes ont l’heur de rendre insomniaques Jobs et Ballmer.

Pour Apple, il était devenu aberrant, voire dangereux, que le généralissime des troupes ennemies soit membre du mess des officiers de l’état-major. Pour Microsoft, « fucking » Google était rendu trop loin; fallait s’allier à Yahoo. Au cours de l’hiver qui s’en vient, ceux du savorama Linux qui font dans le NetBook vont commencer à subir les contrecoups du débarquement des forces d’Eric Schmidth avec son Chrome OS.

illustration20090080407.jpgillustration20090080403.jpgIl me semble donc plausible de croire qu’au printemps 2010, tout le monde, côté industrie, détestera Google et bien des gens, côté usagers/utilisateurs, aura commencé à dénoncer « l’Empire de Mountain View ». On verra les amateurs de Windows 7 du Mac OS X ou d’Ubuntu s’en tenir à des fureteurs comme IE8, Safari, Firefox ou Opera, on les verra tous boycotter Gmail, on les verra privilégier Bing et, possiblement, Ubuntu au rayon des NetBooks. Évidemment, certains ne feront qu’ajouter Google à leur liste des faces à claques, ce qui ne les empêchera pas de continuer à détester Microsoft.

Je rêve ? Je disjoncte ? J’ai fumé du tussilage? Ça se peut. Mais si c’est le cas, expliquez-moi pourquoi et comment l’argument principal justifiant le « Microsoft bashing », c’est-à-dire l’arrogance de sa position monopolistique, ne pourra pas être servie à Google ?

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67 réflexions sur “Guerre impitoyable sur le point d’éclater ?

  1. « …l’argument principal justifiant le “Microsoft bashing”, c’est-à-dire l’arrogance de sa position monopolistique… » Pour ma part c’est la médiocrité de leurs produits. C’eux de Google m’ont rarement déçu, souvent enthousiasmé. Au contraire ceux de Microsoft sont généralement décevants et m’ont fait rager plus d’une fois. Après plus de 10 ans de frustrations (de Win 3.1 à Vista) j’ai lancé la serviette et utilise maintenant Linux exclusivement. Ma page d’accueil est google.com, j’utilise GMail, Picasa, Blogger, Panoramio, YouTube, Google Maps, Google Translate, je lis les nouvelles sur Google News. Les équivalents offert par Microsoft/Yahoo pour ces services ne sont pas dans la même classe que ceux offerts par Google. Bonus, tout cela ne me coute absolument rien et je n’ai pas besoin de pirater la copie du beau frère. Je ne vois pas comment Microsoft peut s’en sortir. Apple au moins offre des produits de qualité et innovateurs.

  2. Je me demande lequel des deux mals je préfère ??

    1- Payer une taxe à Micro$oft à l’achat d’un ordinateur
    ou
    2- Fournir toutes mes information à BigBrother Google

    Certainement, les profuits de google sont efficaces et agréables et gratuits, mais le manque de transparence face à ce qui arrive avec les données qui sont entrées sur leur serveurs m’inquiète…. et je me demande si je n’aime pas mieux faire un chèque de 200$ à microsoft.

    Bien sur, il existe d’autres alternatives, je suisen train de taper ce texte sous Ubuntu, mais je ne suis pas encore certain que je trouve cette alternative agréable…

  3. @ equinox_76

    La notion d’agréabilité varie d’une personne à l’autre… Si, avoir à bouffer du CPU pour installer Norton (qui coûte aussi quelques dollars!!)… payer des centaines de dollars pour un OS qui va ralentir ta machine t’es agréable… et bien…

    Personnellement, je trouve Ubuntu BEAUCOUP plus agréable que Windows. J’ai besoin de Windows car il y a un logiciel spécialisé dont je maîtrise déjà la courbe d’apprentissage mais, je vais très prochainement le faire rouler en virtuel sous Ubuntu!! Sous Ubuntu, ta machine t’obéit mais sous Windows, TU obéis à Windows!!

    Quant au « secret » de tes informations, ça fait déjà un bon bout qu’internet s’en occupe… ne t’inquiètes pas!!

    Mais vas-y… tu peux faire des chèques à qui tu veux… 🙂

  4. @ equinox_76

    Tu pose le problème de front et avec justesse.
    Cependant taxe pas taxe à microsoft, ta vie est et sera sur le web.
    Tapes dont equinox_76 dans un engin de recherche pour voir.
    En résumé, tu fréquentes le web, tu en fais partie automatiquement et il y a pas grand chose que tu y changeras Google ou pas.

    Pour ce qui est d’Ubuntu, prends le temps de le mettre à ta main. Ça peu prendre 3 mois des fois pour les moins vites mais après tu voudras plus t’en passer !
    Quand je configure une installation d’Ubuntu, je le fais en 1/2 heure à peu près (excluant virtualbox et windows dedans) et après ça il y a pas grand chose que tu pourras pas faire au maximum des limites du SE.
    Ça incluent aussi l’ergonomie et l’apparence.
    Mais moi ça fait 3 ans, alors soit patient et manges tes croûtes une à une car jusqu’à preuve du contraire, on ne peut savoir ce que l’on a pas encore appris.

    Allez bonne journée !

  5. On peut faire un chèque à Microsoft et utiliser un logiciel breveté dont on connait les concepteurs et qui bénéficie d’un service après-vente.

    On peut aussi téléchargé n’importe quoi dont on connait peu l’origine, les concepteurs et qui vient de n’importe où. Les mises à jour relèvent du défi technologique et la compatibilité n’a d’égal que la médiocrité du produit.

    Entre une Cadillac qui a parfois besoin d’une mise au point et une Chevrolet qui est toujours au garage, mon choix est fait.

  6. On peut aussi apprendre à écrire le français correctement. »Télécharger » doit s’écrire à l’infinitif, dans ce contexte.

    Je suis étonné que Nelson laisse encore passer ces propos dignes d’un pré-ado. Une insulte pour ses lecteurs… Ça ne lui ressemble pas du tout.

  7. @ dennis_dubeau

    Si je pouvais, je te prêterais volontiers ma strappe.

    @ pizzaguy

    dennis_dubeau est un grand utilisateur (« power user ») de Windows, mais quand il parle d’Ubuntu, il sait de quoi il parle, crois-moi.

  8. La question que sous-entend le post de Webcurieux ici est intéressante : quel cout supplémentaire doit-on prévoir pour habiller un pc?

    Si je prends les prix tiger direct, pour avoir l’équivalent de ce que j’ai sous Linux et dont j’ai MINIMALEMENT besoin, ça me couterais a peu près 1200$.
    A cela il faut ajouter la quicaillerie supplémentaire, étant donner que MS est réputer gourmand en ressource comparer a Linux.

  9. Perso, je roulais Ubuntu puis Linux Mint sur mon portable, mais l’autonomie de la batterie était réduite à pas plus d’une heure. Avec Windows, j’atteint 2 heures, avec le même portable. Ahurissant, tout de même. Pourtant, on dit que Windows est énergivore. Peut-être un problème à gérer le Memory Stick du Sony, car sous Linux la lumière jaune de la « slot » est toujours allumée.

    PS : Nelson, c’est pas parce qu’il est « drôle », le Dubeau, qu’il faut lui laisser écrire n’importe quoi… Le commentaire de pizzaguy m’est apparu plein de bon sens, pourtant.

  10. @Claude_C

    Est-ce que tu as fait fonctionner ton portable jusqu’a ce qu’il s’éteigne?. Parce que sur mon Dell, Windows est plutôt optimiste pour évaluer le temps restant. D’après windows, a pleine charge, je devrais pouvoir l’utiliser pendant 8 heures.

    Le test serais interressant a faire. Je vais le faire quand j’aurai le temps.

    1- Régler les paramètres de mises en veille a off dans win et easy peasy.
    2- Laisser fontionner les deux jusqu’a l’extinction complète.

    Oublie pas que le temps restant est une évaluation. D’après win, si ma batterie est a 60%, il me reste 3:10. Easy peasy me donne 2:20 pour la même charge. Le hardware envoi le % de charge au soft qui lui évalue le temps. Si tes préferences de système commande de fermer l’ordi passer le seuil critique, ton OS éteint l’ordi. Mais attention, je doute que l’évaluation qu’en font les os soient vrai. Pour évaluer correctement la consommation, tu doit mettre toutes tes préférences a off et laisser fonctionner jusqu’a l’extinction complète.

  11. @ Claude_C

    Je te suggère de laisser Nelson faire sa job …

    Ton problème de memory stick viens du fait que Sony a des drivers propriétaire pour son matériel…

    Le commentaire de Pizzaguy était à côté de la plaque concernant Ubuntu et pas à peu près…

  12. @Claude_C

    Aussi, faudrais comparer le comparable. Ubuntu devrais être installer sur le hd pour avoi rune comparaison valable. Ceci étant dit, j’ai souvent lu des post concernant la consommation de Ubuntu. Mais j’ai jamais vu de test fait dans les mêmes conditions. Par exemle, le seuil critique pour éteindre l’ordi, est-ce 10, 20, 25%?

  13. @ phantoman

    C’est un portable que j’ai depuis plusieurs années. Effectivement, Windows a tendance à être optimiste et imprécis quant à la batterie. Mais pour avoir déjà eu le portable me fermer dans la face, comme on dit, autant sur Windows que sur Ubuntu, je peux te certifier qu’avec mon matériel, Ubuntu ne dure pas plus d’une heure, alors que Windows fait au minimum 1h30 à 2h.

    Cela dit, oui, on pourrait penser que c’est à cause de la « slot » du Memmory Stick toujours en fonction que la pile sous Ubuntu est moins performante. Pourtant, j’ai déjà lu d’autres personnes en dire autant avec d’autres portables. Mais bon, l’univers est vaste et rempli de portables et de matériel différents.

  14. comme un lecteur le mentionne plus haut, l’article de Wired est une lecture des plus intéressantes (ctrl+F, le lien y est déjà). Excellent article Nelson, qui fait écho aux points inquétants soulevés dans Wired. Par contre on ne peut échapper à la lourdeur d’une machine qu’on ne cesse de nourrir… FF et WordPress sont de très bons exemples. Partis d’idées de créateurs passionnés, autant que la communauté qui les entoure, nous en sommes rendus à de grosses applications lourdes, une communauté dispersée et désabusée du manque d’interaction avec les créateurs.

  15. @ phantoman

    Pour ma part, sur Ubuntu comme sur Windows, le seuil critique est à 10%, je crois.

    Ubuntu puis Linux Mint ont été installé sur le disque dur, sans partition Windows. Et Windows, de même, avant Linux.

    Auparavant, j’avais un iBook « palourde », un G3, et la pile durait facilement plus de 3 heures. J’ai fait plusieurs voyages avec un film sur DVD dans le iBook, sans que le portable me ferme dans la face et avec encore du jus pour la route. Je bave un peu devant les nouveaux MacBook Pro et leur autonomie minimale de 5 heures dans les mêmes conditions. Apple est « optimiste » avec son 7 heures de durée, mais en mode wifi et une utilisation « normale » ça dure environ 5 heures selon les tests que j’ai pu en lire.

    Je me suis demandé si je devrais pas essayer d’installer une version de Ubuntu pour les Netbook pour voir si ça aiderait à la diminution de consommation de la pile, mais je ne sais pas si cet OS « mini » gèrerait mon vieux Sony à la sauce Pentium 4. À suivre…

  16. « Mais si c’est le cas, expliquez-moi pourquoi et comment l’argument principal justifiant le “Microsoft bashing”, c’est-à-dire l’arrogance de sa position monopolistique, ne pourra pas être servie à Google ? »

    Simple, efficace, utile et surtout: gratuit. En plus, ça marche! Tout n’est pas tout à fait au point, mais par exemple, je ne pensais jamais pouvoir créer un site web aussi facilement! Pour quelqu’un qui n’y connaît rien (et qui n’a pas le temps d’apprendre…) leur outil Sites est génial!

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