So long, Bill !

illustration2008062501.jpgLe 30 juin prochain, en même temps qu’elle tournera la page sur Windows XP, Microsoft cessera de salarier Bill Gates. Ce geek de bonne famille devenu milliardaire à 31 ans continuera, cependant, à présider le conseil d’administration de la méga entreprise. Petit binoclard vouté qui ne payait pas de mine malgré son rictus prometteur, il avait en effet cofondée « Micro-Soft » en 1975 avec son copain Paul Allen. Il y restera 33 ans et en fera LA puissance logicielle de la planète. Dans une semaine, le « Bilou » de nos plumes satiriques assumera à temps complet sa carrière caritative. Il verra à distribuer de grands pans de son inimaginable fortune aux œuvres socio-sanitaires et éducationnelles qui auront su le stimuler.

illustration2008062507.jpgJ’ai commencé ma carrière de journaliste techno en septembre 1984 sans écrire sur lui. Ma prestation publiée dans le journal Les Affaires traitait plutôt de bouée électronique, une histoire qui m’ouvrit les portes du monde des TI. Il faudra même attendre le mois suivant pour que je m’intéresse à ce « Baby Face » surdoué qu’on associait alors au MS-DOS, objet de mon papier, moi qui utilisais un Mac primitif. Évidemment, je commis un texte très enthousiaste quand, quelques mois plus tard, son entreprise lança Word pour Mac, un produit originalement développé par Xerox au Palo Alto Research Center sous le nom de Bravo, ainsi que Multiplan (ancêtre d’Excel), un logiciel inspiré par VisiCalc écrit initialement pour le système d’exploitation CP/M en 1982.

Dès lors, à l’instar de mes collègues, je n’ai plus arrêté de parler de Bill Gates et de Microsoft. Pas par parti-pris, mais parce qu’il s’y passait constamment des choses dignes de nouvelles ou d’analyses.

illustration2008062505.jpgJ’ai même eu l’occasion de le rencontrer, Bill Gates, et surtout, de l’entendre dans de nombreux « keynotes », ces présentations pouvant durer plus de deux heures où, de sa voix nasillarde, mal ajustée, il nous laissait miroiter des fractions de cette béatitude informatique qui l’habitait.

En fait, je l’ai rencontré chez Hewlett-Packard en 1988 lors du cocktail suivant le lancement de New Wave, une interface graphique « à la Mac » conçue pour Windows 2.03. Vêtu comme un prof de comptabilité d’apparence amaigrie, il circulait dans la foule, verre à la main, affichant la dégaine sérieuse du nerd peu doué pour le « social ». Mais aussitôt reconnu, il voyait un petit groupe se former autour de lui pour lui parler. Je lui avais ainsi demandé comment il envisageait la réaction d’Apple, une question autour de laquelle il avait brodé sans répondre. Ironiquement, quelques mois plus tard, Apple poursuivait HP et Microsoft pour une question de « Look and Feel ».

illustration2008062502.jpgPuis, d’année en année, de MS-DOS 6.0 en Windows Chicago, de NT4 en Win 2000, de Longhorn en Server 2005, Gates a changé. C’est comme si il était devenu moins gêné, plus conscient de sa force, de son importance, de ses responsabilités, de sa fortune (laquelle, je ne dirai pas qu’il alla jusqu’à étaler, mais je le sentis, à quelques reprises, sur le point de le faire). À chaque « keynote », malgré ses T-shirts ou polos grotesques, malgré sa gestuelle gauche (que j’ai souvent comparée à celle de feu Robert Bourassa), je l’écoutais religieusement, conscient qu’il ne s’agissait plus du type rencontré chez HP, mais d’un phénomène unique au monde. Même quand il se plantait dans ses présentations. En raison de sa dynamique particulière, il avait transformé une boîte de logiciels en un empire dont dépendaient désormais, la très grande majorité des ordinateurs au monde. Il était devenu un des entrepreneurs les plus connus et sa richesse fabuleuse, un sujet normal de conversation dans les salons de barbier.

illustration2008062503.jpgBien avant la « gang de malades » qui passera à l’histoire sous le nom de Dot-com, notamment celles qui pétèrent en 2000-2001, Gates avait compris qu’en ce quatrième quart du XXe siècle, le vrai pouvoir, celui qui pouvait changer le monde, n’était ni celui de la séduction, ni celui de la politique, ni celui de la culture, ni celui de l’éducation, ni celui de l’argent, ni celui de la religion, mais celui de la technologie. Il eut la vision que tout en deviendrait dépendant. On se gausse aujourd’hui sur le fait qu’il n’avait pas vu venir le Web. Mais ce faisant, on oublie qu’il avait anticipé tout ce dont le Triple W aurait besoin pour tisser son impitoyable toile.

illustration2008062506.jpgOn a beau accuser l’Oncle Bill d’avoir acheté le DOS original pour des « pinottes », d’avoir « emprunté » des concepts à Xerox et à Apple, de n’avoir pas toujours été « correct » avec IBM (lisez l’histoire du PC-DOS vs MS-DOS, ou celle d’OS/2 vs Windows NT) et j’en passe, incluant d’avoir imposé Windows à l’univers connu, il n’en demeure pas moins qu’en raison de sa volonté, le mode de vie numérique s’est introduit, installé et banalisé dans nos vies à nous tous et à nos belles-mères. Pour de bon. S’il n’est pas le seul à porter devant l’histoire une telle responsabilité (dois-je mentionner Steve Jobs ?), il est celui qui est allé le plus loin sur le plan démocratisation. Qu’on l’aime ou non, force est de l’admettre.

illustration2008062508.jpgPuisque j’ai écrit sur Bill Gates pendant 24 ans, puisqu’il a ainsi marqué ma carrière, le présent billet s’est imposé; il m’a fallu le faire, en prenant conscience, un peu, que j’étais rendu vieux. Vieux au sens de vétéran. « Bilou », tête de Turc émérite permettant tous les défoulements contre Microsoft, ne pourra désormais plus faire partie de mes tics vicelards. Il me faudra apprendre à chasser celles de mes marottes qui le concernent. Ce qui devrait se faire aisément, puisque c’est Steve Ballmer qui l’a remplacé aux commandes ! Et comme personnage que je vais maintenant devoir utiliser dans mes raccourcis journalistiques (d’ailleurs j’ai déjà commencé), je crois avoir vraiment gagné au change !

Bonne nouvelle carrière, M. Gates !

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273 réflexions sur “So long, Bill !

  1. @ portovino Vous abusez de vos privilèges mon cher !

    @ Flipper_21

    De justes propos mais il serait bon d’aller prendre l’air, il fait si beau ! C’est drôle mais ces discussion auraient dû avoir lieu sur le ghetto pas ici. Sauf que ceux que ça dérange ne le font pas. Et malheureusement ça encombre le blogue de Nelson de questions existentialistes à outrance.

    C’est comme ce commentaire qui reviens à l’occasion : Faut toujours que vos commentaires virent sur Linux, c’est fatiguant à la fin….

    Un certain Zenn, pas ZEN pantoute nous a rabroué ça il y a pas si longtemps mais il y en a d’autres aussi.

    C’est pas une superbe preuve d’intolérance ça ? Le gars au lieu de participer de toute sa science au débat et au complément d’information, nous rabat les oreilles avec son otite aigue et ma migraine persistante.

    Les gars de vista, parlez-en !
    Les gars de XP, parlez-en !

    Mais diantre ne venez pas nous blâmer de parler de notre SE. C’est pas de notre faute si vous écrivez pas !

  2. C’est le mois de la « victime professionnelle » ou quoi, ici?

    On est rendu dans le chantage à la nétiquette? Ça commence à faire : Si ce que tu écris ne me plait pas, je vais me plaindre en jouant à la victime agonisante…

    Dit autrement, c’est une simple tentative de censure!

  3. Bon. On va laisser tomber ce qui est inimportant…

    Point technique: Je viens d’installer Ubuntu 8.04 sur un laptop PIII qui date un peu: Aucun glitch à reporter! Installation en moins de 40 minutes. Mises-à-jour complète : Environ une heure.

    Sur la suite officielle de Microsoft, ça représente au moins une économie logicielle de $800.00 si on tient compte de l’achat de XP et de la suite Office…

    Je dois lever mon chapeau au gens du monde libre… Vraiment.

  4. @trocupei

    D’accord avec toi sur le fait que cela aurait dû avoir lieu sur le ghetto. Sauf que zapata ne l’aurait pas lu puisqu’il n’y vient plus. (Ce qui est dommage, soit dit en passant. Je l’aime bien, zapata!)

    @portovino

    Si je ne m’abuse, vous n’avez pas été abusé! On ne s’amuse pas avec les abus; c’est mieux d’abuser de l’amusement… :mrgreen:

  5. @Dubeau_jolais

    Félicitations! Je viens justement de recevoir mon disque par la poste. Une semaine, très exactement. Efficaces, en plus, les «libre_tains».

    Je ferai mes premières expériences… cette nuit! 😉

  6. @Flipper_21

    Ah bon, tu avais commandé le CD officiel? Et ben… C’aurait été plus simple de télécharger, non? On aurait sauvé un arbre en plastique aussi… 🙂

  7. @Dub-dub-dubeau

    C’était pendant un petit différend avec Bell-Sympatico, maintenant réglé. Tu sais, quand tu les menaces? Hé hé hé…

    Pour le plastique, j’en ferai des boutures et les replanterai dans ma cours. 😉

  8. @Flipper_21

    Ah ok. Ça explique tout. Pour tes boutures de plastique, au lieu de l’engrais habituel… essaye l »agent orange!

    Côté technique, je viens d’uploader Ubuntu Studio à partir de ma version standard de Ubuntu 8.04. Je dirais que, comparé à une installation de software XP quelconque, c’est pratiquement plus facile!

  9. @ dennis_dubeau
    T’es pas en train de fêter le canada toé ?
    Je me souviens d’un jour où tu vantais tes cakewalk et autres logiciels multimédia, et moi je te disais d’essayer autre chose, et d’ouvrir un peu ton esprit.
    Ben je vais te dire t’es le plus ouvert des windowsiens pratiquant mais non croyant que j’ai rencontré. Quand je lis des gens qui se refuse à utiliser Ubuntu parce qu’on est pas fin, je me dis : pourquoi se priver d’un si beau produit, gratuit, et excitant seulement pour des frustrations personnelles? Lâches mec, on t’aidera tous dans tes démarches.

  10. @Trocupei

    Je viens juste de terminer le tout premier enregistrement multipistes sous Ardour… Je suis très honnêtement impressionné!! J’ai exporté celle-ci en format Wav que je te fais parvenir…

    Chapeau très bas! Je le recommende à quiconque planifie un studio!!

    Il semble avoir des petites faiblesses au niveau des formats, du proccessing audio à l’interne mais, l’interface est hyper-convivial!!

    Je suis passé de complet néophyte à une utilisation pratique de tout un système en moins de 3 heures!!

  11. « C’est une tactique (le donnant-donnant) que j’utilise avec «mes» ados et qui, à mon avis fonctionne très bien. Exemple, un élève déchiquète la feuille d’évaluation de son voisin. Eh bien, je me permet de lui rendre la pareille. Celui qui se fait détruire son travail doit recommencer; celui qui détruit aussi. Moi, je représente l’autorité et je me rabaisse à leur niveau, soit. Ça ne fait pas de moi un «destructeur» pour autant. Il y a des moments dans la vie où la démonstration par l’absurde fonctionne. »

    Je comprends qu’un enseignant puisse se sentir dépassé par le comportement des ados. Toutefois, pour avoir plusieurs personnes oeuvrant dans l’enseignement dans mon entourage, que ce soit au primaire, au secondaire, au collégial et à l’université, je ne crois pas qu’aucune d’entre elles serait d’accord avec votre pédagogie. Mais ça explique d’autres choses.

  12. @claude_c

    Ça ne fonctionne pas sur vous, en tout cas!!!

    Vous avez raison, je vais changer ma pédagogie, Ô grand connaisseur!

    Note: Ce sera ma seule intervention auprès de vous, môssieur. Vous pourrez bien m’accuser de dégoupiller la grenade et de foutre le camp, ça m’est totalement égal et, stratégiquement, je m’en contre-balancerai.

  13. Oh, moi j’y connais rien.

    J’écoute surtout leurs discussions, je pose des questions. J’essaie d’apprendre et surtout de comprendre un truc ou deux. Je trouve fascinant la patience d’ange de certains et le dévouement de d’autres. Mais je ne me souviens pas les avoir entendu parler que l’intimidation était un outil pédagogique. Ils travailleraient surtout sur l’estime de soi des élèves. Et vous?

  14. @Jmv1

    Merci, J-M… Je le dois aux amis qui donnent grâcieusement et gratuitement des conseils technologiques ici-même, sur le blogue de Nelson…

    Comme quoi, quand les « victimes professionnelles » se taisent un peu, on peu apprendre tout en rigolant, ici…

  15. Je sais qu’il n’y a plus personne qui lit ce vieux blogue…

    Mais je ne peux m’empêcher de dire que je suis d’accord avec la méthode de flipper avec les ados. Si un de mes fils était assez con pour détruire le travail d’un collègue, j’espère qu’il se fera servir le même traitement. Et non pas ; « c’est pas fin ça mon ti-pit, un grand beau garçon comme toit fait pas des affaires de même, va t’excuser là… »

    Je sais que je suis complètement à côté du discours dominant. Regardez quelle sorte de crétins ce discours est en train de faire avec des jeunes brillants ?

    Et ceux qui ont de la mémoire, rappelez vous à quoi ça fonctionne un kid de 15 ans ?
    Moi je me souviens.

    Alex.

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