WordPerfect Lightning: à essayer !

illustrations2007060501.jpgEn ces temps de folie outaouaise alors que les Sens (alias les Sénateurs d’Ottawa, pas les parasites, les autres, ceux qui chaussent de vrais patins) jouent désormais à la Scotiabank Place, on ne peut blâmer le chroniqueur techno que je suis d’en profiter pour parler d’une prouesse récente de Corel. Le lien ? C’est qu’avant janvier 2006, ladite Scotiabank Place (l’ex Paladium de Kanata) était un gros aréna qui avait été popularisé dès ses débuts (1996) sous le nom de Corel Center. Mais rassurez-vous, je ne vous parlerai quand même pas de coupe Stanley, mais plutôt de Web 2, de Ruby’on’Rails et d’Ajax.

illustrations2007060503.jpgCela parce que depuis hier, je m’amuse avec WordPerfect Lightning, un logiciel d’agrégation de contenu, sauce collecticiel, que l’entreprise d’Ottawa lançait laconiquement en février dernier (beta gratuit) et dont elle publiait récemment une version plus complète que je vous recommande de tester.

Essentiellement, Lightning est un petit traitement de texte qui accepte de collaborer sur le Web. On y retrouve quatre modules : la Navigator (interface centrale), le Viewer (présentateur de documents hybrides), Lightning Notes (mini traitement de texte) et le Connector (accès aux applications Web). Il permet de colliger des documents Word, WordPerfect, PDF ou Web, d’en faire un tout que l’on peut garder, imprimer, partager sur le Web ou placer dans WordPress, le logiciel de blogue bien connu, en autant que le site soit hébergé sur WordPress.com (ce qui élimine la possibilité de le tester ici-même puisque Technaute se sert de WordPress).

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L’aspect collaboratif de Lightning est un monde en soi. On quitte Corel pour se retrouver alors chez chez Joyent, une firme partenaire spécialisée en Web 2, Ruby’on’Rails, Ajax et toute cette sorte de chose. En installant Lightning, on s’ouvre effectivement un compte Joyent, incluant 200 Mo d’espace stockage et une adresse de courriel. Pour peu que l’on s’entende avec ses copains-copines, on peut ainsi se créer, assez facilement, un espace de travail collaboratif. Tout cela gratos.

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Corel entend positionner WordPerfect Lightning comme étant le guichet unique de l’info nécessaire à un utilisateur, un endroit commode où il pourra assumer jusqu’à 90% de ses besoins bureautiques et communicationnels, des besoins qui, évidemment, s’intègrent harmonieusement dans WordPerfect Office X3. On peut donc s’attendre à ce que dans une version prochaine, la fabricante y intègre des fonctions de courriel, ce qui, pour l’instant, manque à la plate-forme.

Inspirée par son histoire des douze dernières années, dirait-on, elle fonce à vitesse Grand V dans une zone où Microsoft traîne de la patte. Son pari ? Occuper le terrain de façon crédible avant que l’Empire de Redmond commence à vraiment y effectuer des manœuvres. Peut-être qu’ainsi, elle pourra trouver une façon de faire des sous.

Un peu d’histoire

illustrations2007060511.jpg(Tout ce qui suit est du bla-bla d’historien, de la prose que j’ai pondue, ce matin, pour me faire plaisir. Il n’est pas essentiel à la bonne compréhension de mon article…) On se souvient que sous la gouverne de Michael Copland, la drôle de grenouille qu’était Corel, avait eu l’idée saugrenue d’avaler un bœuf en très mauvaise santé, WordPerfect, et que, pour le digérer, elle avait choisi, la pauvre, l’étang de l’Oncle Bill. C’est ainsi que pour un temps, elle cessa d’être un Canadian Success Story dont les produits graphiques, p. ex. Corel Draw et Ventura publisher, affichaient des ventes mondiales fort encourageantes.

illustrations2007060512.jpgCopland (photo de gauche) avait non seulement sous-estimé Microsoft, mais méconnu la saga de WordPerfect. C’est pourtant un belle histoire, une histoire, cependant, qui finit mal, celle d’une bande de Mormons qui avaient entrepris, à la fin des années 70, de fabriquer un excellent traitement de texte et de le vendre partout sur la planète. Comme ils le faisaient pour la Bonne Parole, en toutes sortes de langues, gentiment, sans emmerder les gens. Un bon Mormon doit être missionnaire quelque part pendant deux ans : en Gaspésie, en Australie, au Sénégal, en Finlande, partout.

illustrations2007060508.jpgVous les voyez arriver deux par deux, jeunes, cravatés, glabres, blonds, polis, souriants, ils vous saluent, s’informent de vos récoltes, de vos poules, de votre grand-mère, de vos enfants et vous parlent de Dieu. Vous les mettez gentiment à la porte et c’est terminé. Leur boulot est fait. Pendant deux ans, ils apprennent ainsi le français, le portugais, le danois, l’italien, puis s’en retournent chez eux au Utah où ils travaillent pour des entreprises mormones. Au Utah, plus de 90 % des gens seraient mormons.

illustrations2007060509.jpgCe profil missionnaire polyglotte devait faire la grande spécificité de WordPerfect tout au long des années 80 alors que Microsoft Word ne faisait pas encore le poids. À l’époque, n’importe quel utilisateur de n’importe où pouvait téléphoner (à ses frais) à Orem et se faire dépanner dans sa langue par quelqu’un de jeune, cravaté, glabre, blond, poli, souriant qui en profitait pour s’informer de sa grand-mère et, au besoin, de ses poules. Pendant des années, WordPerfect connut le plus haut taux de satisfaction de la clientèle de toute l’industrie informatique.

Anecdote : Un jour, avec deux collègues de Toronto, je les avais fait suer, les Mormons. Ils nous avaient fait une réception dans une sorte de grande salle paroissiale chez eux, dans les Rocheuses. C’était tout ce qu’il y avait de plus gentil, mais ils avaient oublié l’essentiel : le pinard. Les Mormons ne boivent pas, ne fument pas et ne touchent pas au café. Ils compensent autrement, dit-on. Sauf que nous étions des journalistes, des gens qui picolent, fument et se shootent à la caféine. Nous avions donc gueulé et obtenus quelques bouteilles de gros rouge qui tache que nous avions of course vidées en rigolant comme des soudards de la guerre 14. Le lendemain, sans qu’un mal de tête ne vienne au moins me punir, j’ai réalisé que je les avais choqués. Pas scandalisés. Choqués, blessés. Je n’avais pas eu la délicatesse de respecter leurs valeurs. J’avais été gravement impoli devant des gens qui attachent beaucoup d’importance au savoir-vivre. J’ai eu beau m’excuser, mais …, bon !

illustrations2007060510.jpgLe problème, c’est que les Mormons ne virent pas venir assez rapidement la révolution WYSIWYG et GUI. En 1990 (période faste pour le Mac et pour Word 3.X, sans parler de Windows 3.X qui se pointait), ils continuaient de ne jurer que par les Control-Shif F7 à la noix de WordPerfect 5.1. Alors quand, en 1992, ils se réveillèrent avec la version 6 pour DOS, Windows et OS/2, le mal était fait. Microsoft les avait eus dans le détour. Un an plus tard, Novell (une autre grande société mormone du Utah) les avalait.

illustrations2007060507.jpgMal lui en prit. Elle dirigea le paquebot directement sur un iceberg et là, inscrivit une des pires pertes de son histoire. Tant et si bien que moins d’un an après son transfert chez Novell, WP était rétrocédé à Corel. On connait la suite. Michael Copland eut beau requinquer le titre, en faire WP 7 ou 8, l’intégrer dans une WordPerfect Suite ou un Corel Office, rien n’y fit. Bill Gates recouvra tous les murs, tous les plafonds et tous les planchers de la planète avec Word, Excel et PowerPoint.

illustrations2007060506.jpgOn en est maintenant à la version X3, un très beau produit qui se vend moins cher que son équivalent chez Microsoft. Voilà pour 25 quelques années d’histoire !

Bref, c’est dans cette lignée que vient s’inscrire Lightning, un produit sont les chances de succès pourront être vraiment mesurées d’ici un an ou deux, si la tendance Web 2 persiste. Pour l’instant, la balle est dans le camp de Microsoft, une société à qui il arrive de pouvoir se virer sur un dix cennes !

Que sera sera !

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6 réflexions sur “WordPerfect Lightning: à essayer !

  1. Histoire similaire avec Corel Linux en 1999. Corel avait mis enormement d’effort et d’argent dans ce dernier, dans l’espoir de relancer la compagnie, et le projet etait d’ailleurs tres prometteur… Jusqu’au jour ou, soudnainement et etrangement, Microsoft investisse plus de 135 millions de dollars chez Corel, sous pretexte que Corel allait developper des produits .Net (est-ce qu’on en a vu de ces produits?). Apres cette transaction, d’un coup sec comme ca on a plus jamais entendu parler de Corel Linux et un peu plus tard Xandros faisait l’acquisition Corel Linux… Ca prends pas la tete a Papineau pour comprendre ce qui s’est reelement passe…

  2. WordPerfect ! Que de souvenirs… et des bons !!! En fait, je l’ai toujours bien aimé ce logiciel. Je me souviens de 4.2, puis 5.2, puis la premiere version sous Windows 3.1 et les versions subséquentes, Novell et Corel. Un produit que j’ai toujours considéré comme étant supérieur a Ms-Word, personellement… Quant a CorelDraw, il a fait mon bonheur pendant de nombreuses années, jusqu’a la version 7, lorsu’ils ont décidé d’incorporer au dessin vectoriel les fonctionalites de manipulation bitmap, et la, ca a foiré, selon moi, parce que les machines de l’époque étouffait littéralement sous le poids… Quant a Ventura, ca a longtemps été mon préféré pour la mise en page… Bref, je considere Corel comme l’une des histoires les plus triste de toute l’industrie du logiciel (avec Lotus et Netscape). Mais dans le cas de Corel, je ne peux m’empecher de constater que c’est en partie a cause du manque de « focus » de Copland, qui s’est sans cesse « épivardé » au lieu de concentrer ses efforts sur ce qu’il faisait si bien… Et c’est dommage, parce que cette compagnie (que j’ai vu de pres puisque je vivais a Ottawa a cette époque) avait vraiment le tour d’innover et de produire de la qualité…

  3. >Pour l’instant, la balle est dans le camp de Microsoft, une société à qui il >arrive de pouvoir se virer sur un dix cennes !

    C’est plutôt rare que Microsoft prenne la « PolePosition » de l’innovation. Microsoft copie « sans saveur » et livre des produits de troisième classe et leurs ServicePacks.

  4. J’aime toujours WP qu’à Word. J’ai travaillé avec 5.1 et 6.1 sur Windows 3.1, 7 et 8 et acheté la version 12 il y a deux ans. La secrétaire au travail ne veut pas travailer avec WP, mais je lui ai montré comment j’ai pu réaliser trois pages complexes, qu’elle n’arrivait même pas à faire avec Word. Après près de 6 ans sans pratique de WP, je lui ai fait les 3 pages en moins de 2 jours.

    La version 6 pour Windows 3.1 était pourries. 6.1 (Novell) allait très bien. La version 7 (Corel) pour Windows 95, était encore plus pourrie. Mais la version 8, c’était très bien orienté Win32, mais le mal avait fait les ravages. La version 12 m’apparait un peu avancée que 8, mais pas plus.

  5. Après avoir dû abandonner, à mon corps défendant, XyWrite (ça c’était un bon logiciel !), je me suis converti — en sacrant un peu au début ! — à WP 8, et je lui suis resté fidèle jusqu’à ce jour (X3) : il fait tout ce que je veux. Je suis capable de convertir tous mes fichiers en Word, si je désire les envoyer à un correspondant, et l’inverse est vrai. Je suis séduit par OpenText, que j’ai téléchargé, mais pourquoi se disperser ? Il suffit qu’il soit là et que je puisse m’en servir, si je le désire.
    Pour les pro : on pourrait se contenter de tout faire en QuarkExpress sur Mac, ou en CorelDraw si on doit faire beaucoup de graphiques, ou apprendre à maîtriser FrameMaker (800 $…), mais ne serait-ce pas « overkill » ? Bref, KISS !

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