Direction Informatique repasse à des intérêts torontois

illustration20070329011.jpgLa nouvelle ne fera pas le Téléjournal, pas plus qu’on en fera une manchette dans La Presse ou un sujet de chronique à la radio. Il s’agit seulement de la vente à des intérêts torontois du dernier grand magazine informatique publié en français au Québec. Transcontinental vient effectivement de céder ses publications technos, dont Computing Canada, Computer Dealer News et … Direction Informatique, au groupe IT World Canada.

illustration2007032902.jpgAinsi, depuis le début du mois, l’équipe du rédacteur en chef Patrice-Guy Martin (photo 8 paragraphes plus bas) ne travaille plus pour Transcon, mais pour IT World dont l’actionnaire très très majoritaire est Michael Atkins (Laurentian), un entrepreneur originaire de Sudburry. Soulignons cependant que 25 % des actions d’IT World appartiennent à la multinationale américaine IDG, propriétaire, entre autre, de 300 publications informatiques dans 85 pays (p. ex. Computerworld, CIO, Network World, Macworld, PC World, Le Monde informatique, etc.).

illustration2007032915.jpgDirection Informatique, c’est toute une histoire, une histoire que je ne peux m’empêcher de vous raconter. Pour couper court, disons que tout commence en 1983, alors que Publications Les Affaires achète de Canada Dactylographe, un petit magazine paumé (photo à gauche) appelé Informatique & Bureautique. L’éditeur Claude Beauchamp en confie la direction à Gil Tocco (photo ci-haut), lequel assumera en plus, la responsabilité du cahier techno publié dans le Journal Les Affaires. Gil s’adjoint rapidement deux collaborateurs réguliers : Yan Barcelo au Journal et moi au magazine. Et les années passent ; joie de vivre, prospérité, crédibilité et bonheur professionnel.

illustration2007032911.jpgConcurremment, d’autres titres apparaissent, des concurrents parfois assez coriaces. Je pense à Micro-Gazette (Gérald Gauthier) aujourd’hui disparu, à Atout-Micro (François Picard), une publication destinée au milieu scolaire et à Infolog (Alain Thibault), un mensuel sur lequel je m’attarderai plus loin (photo ci-contre).

Apparition de la torontoise Direction Informatique

illustration2007032904.jpgLe véritable danger n’apparaît qu’au printemps 1988 avec le débarquement à Montréal d’une machine torontoise à la dent bien effilée, le groupe de presse de Paul Plesman (photo ci-contre). Le mensuel Direction Informatique vient ainsi d’apparaître dans notre auge de manger publicitaire, avec le camarade Yves Roberge comme rédacteur en chef.

illustration2007032905.jpgDès lors, Publications Les Affaires (alias Transcontinental) passe à la contre-offensive et lance le bimensuel Action Informatique (photo ci-contre). L’objectif ? Bouter les anglais hors du Québec. Si Gil Tocco en est le directeur, c’est le collègue Louis-Pierre Côté qui en assume la responsabilité. Un des collaborateurs à Action est alors Patrice-Guy Martin. Pendant deux ans, je travaillerai comme un déchainé, aussi bien à Informatique & Bureautique, mon principal port d’attache, qu’à Action ou que dans la section Techno du Journal Les Affaires. Imaginez mes payes !

illustration2007032910.jpgLe problème, c’est que les décisions publicitaires, celle qui font qu’une publication vit ou crève, sont essentiellement prises à Toronto. Ce n’est que là que les grosses pubs payantes étalées sur deux pages (les spreads couleurs) s’octroient. Or, le groupe Plesman y est beaucoup plus efficace que ne l’est Transcontinental. Et de loin. Tant et si bien que Direction alimenté par la grosse tarte publicitaire torontoise prospère et qu’Action, de facto limité au marché commanditaire montréalo-québécois, périclite et périclite et périclite. En 1991, le malheureux titre cesse d’exister en tant que publication et devient une petite section news dans Informatique & Bureautique (photo du dernier numéro d’I&B ci-contre).

illustration2007032909.jpgC’est le début de la déconfiture. Au printemps 1993, Gil Tocco apprend (par note de service) que son bon vieux magazine n’est plus. Transcon qui a acheté une participation majoritaire dans Infolog, décide de fusionner les deux titres et en confier la direction aux gens d’Infolog. C’est ainsi que naît InfoTech (photo du premier numéro ci-contre) avec Carole Caron comme première rédac’chef. Avec un tel produit, croit-on, on éliminera définitivement l’inopportun Direction Informatique.

illustration2007032906.jpgEt Gil Tocco ? Pas un mot de remerciement, même pas une montre en or. Cependant, mon problème de loyauté est vite réglé. Carole Caron est une copine à moi, Thibault est une de mes relations cordiales, Gil Tocco m’incite à perpétuer dans InfoTech l’esprit d’Informatique & Bureautique et Transcon me semble avoir joué au compteur de billes sans aucune délicatesse ou reconnaissance. Je décide donc de devenir agent libre et entreprend de travailler pour tout le monde. Régulier dans InfoTech, je pigerai dans Direction Informatique, l’ennemi d’hier, et ailleurs. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. À l’époque, c’est ma vieille chum Johanne de Luca qui est la rédactrice en chef de Direction Informatique (photo d’un de ses numéros, ci-contre).

illustration2007032903.jpgMais en 1994, le collègue Patrice-Guy Martin (photo ci-contre) quitte Transcon et la remplace à ce poste. Thibault qui craint l’efficacité de Martin (et il a raison de la craindre), m’oblige alors à choisir mon camp, c’est-à-dire à choisir entre deux amis, Carole ou Guy. En raison de mon passé, j’opte pour InfoTech, mais continue à piger partout sauf, hélas, chez Direction.

Direction Informatique passe à des intérêts montréalais

illustration2007032913.jpgPeu après, un nouveau titre apparaît dans les parages, Techno. C’est un tabloïd d’abord encarté dans Voir, puis distribué de façon autonome, que fabriquent les gens d’InfoTech. Ils vont nous sentir passer, les gens de Direction ! J’y collabore bien entendu, sans oublier les collègues André Salwyn et Liette D’Amours. C’est à cette époque qu’André Mondoux, ce bon vieux Wépi, apparaît dans les pages d’InfoTech. Mal luné, Techno ne franchira pas le cas des deux ans ; il finira à l’instar d’Action, c’est-à-dire transformé en section de moins en moins importante dans InfoTech. En même temps, Carole Caron quitte ce magazine pour s’en aller à la SRC. C’est Liette D’Amours qui la remplace et qui entend lutter contre les solides avances de Direction Informatique. Il en sera ainsi jusqu’en 2000 alors que sans préavis, Transcon la virera sous prétexte de réorganisation. Cette fois, la coupe débordera et je quitterai InfoTech.

illustration2007032908.jpgLe problème c’est qu’en 1999, Transcon a acheté le groupe Plesman. Rien de moins ! If you can’t beat them, buy them ! Direction est ainsi devenu un titre Transcon, au même titre que l’ennemi juré InfoTech. Évidemment, marché oblige, ce qui devait se produire se produisit. Liette congédiée, InfoTech fut laissé à lui-même quelques mois, le temps de convaincre (le gun sur la tempe) Patrice-Guy Martin d’assumer, en sus de sa tâche et sans ressources supplémentaires, la rédaction en chef d’InfoTech. Fallait le faire ! Heureusement, cette patente à gosse ne dura guère plus d’un an et le valeureux magazine fut liquidé. Boum ! Direction demeurait fin seul ! Machinalement, j’y ai repris ma collaboration et n’y ai mis fin que l’an dernier.

Vraiment seul, Direction ? Pas tout à fait. Il y avait concurremment Le Guide Internet (Fabienne Papin) et Québec Micro (Gaétan Martel), des mensuels où je fournissais des textes, le Journal de Montréal/de Québec où j’étais chroniqueur, la Presse qui s’intéressait également aux TI, les réseaux de télé (Je pense notamment à Branché (SRC) où je retrouvai Carole Caron, et à Double-Clic (TQS) où je connus Steve Proulx), sans oublier quelques héroïques tentatives comme celle de Johanne de Luca avec son mensuel SOHO où collaborait Steeve Laprise, aujourd’hui éditeur du Lien Multimédia et du bimestriel Convergences.

Direction de retour à Toronto

illustration2007032914.jpgDe tout cela, il ne reste aujourd’hui que fort peu de choses. Québécor a tué, sans préavis, Le Guide Internet, Québec Micro a changé de mains et est devenu autre chose dont j’ai dû me dissocier, les réseaux télé ont tous cessés de s’amuser en techno (je ne parle pas ici de la Revanche des Nerdz sur une des chaînes spécialisées). Les quotidiens ont continué, mais c’est le Web qui a vraiment pris la relève des disparus. Pensons, par exemple, au Carnet Techno de Bruno Guglielminetti, à Branchez-vous ou à Technaute.

Soit dit en passant, mis à part Direction Informatique, les seuls autres imprimés des années 80 qui subsistent encore aujourd’hui, sont le Journal Les Affaires qui continue à offrir une section techno et le magazine Atout-Micro. Quant à Direction, il fait désormais partie de l’écurie torontoise de Michael Atkins.

illustration2007032912.jpgEst-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle, ce redéménagement de Direction Informatique, une publication qui, avec le temps et sous la houlette de Patrice-Guy Martin est devenue très respectée dans le milieu ? Dans la mesure où le Québec perd un magazine axé sur le service à une communauté exigeante, celle des TI, la nouvelle est mauvaise. Mais pour la survie de cette publication papier, dans un marché où tout se wébise à vitesse grand V, c’est une bonne nouvelle. Surtout, comme me l’a expliqué Patrice-Guy, que IT World Canada et IDG sont aux premières loges de l’évolution techno, comprennent vraiment ce qu’est et ce que doit faire un groupe de presse techno et sont vraiment en mesure d’outiller une publication pour qu’elle soit à la hauteur de son mandat.

On verra bien assez vite. En attendant, bonne chance, les collègues de Direction, je vous salue bien bas.

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4 réflexions sur “Direction Informatique repasse à des intérêts torontois

  1. Au bureau, il y a du staff admin qui lisent ça. Ils ont pas l’air de se tanner. Faut croire que ca répond à un besoin. Si c’est la cas, pourquoi Transco l’a vendu?

    Mais ma question est ailleurs: Quand on a le WWW, pourquoi faudrait-il qu’on consulte encore des revues imprimées?

  2. Mise au point:

    Je viens de recevoir un courriel de l’éditeur du magazine Atout-Micro, M. François Picard, lequel soutient que son périodique n’est pas une « publication destinée au milieu scolaire », pour reprendre les termes de mon article ci-haut.

    Voici le courriel de M. Picard:

    « Depuis le début, notre magazine a été tourné vers le grand public et les utilisateurs d’ordinateurs en général. Ce n’est pas de notre faute s’il y avait pas mal d’écoles qui avaient des ordinateurs dans les premières années du magazine et que quelques-unes s’y abonnaient mais ce n’est quand même pas parce qu’il y a chaque mois deux pages de logiciels éducatifs destinés aux grand public, aux parents en fait, que cela fait d’Atout Micro un magazine destiné au milieu scolaire. »

    Voilà, les choses étant rétablies, j’offre toutes mes excuses à l’équipe d’Atout-Micro.

    Nelson Dumais

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