Le Web, c’est la santé

illustration2007021611.jpgJe suis en train de lire bien tranquille à ma table habituelle, une planque que j’aime bien à cause de son éclairage d’après-midi. Elle présente toutefois l’inconvénient d’être sur le chemin des toilettes. D’où cet utilisateur qui, enhardi par l’objet de ma lecture, Le Web 2.0 pour les Nuls, s’arrête pour m’asséner, tel un orage soudain sur un cycliste, son opinion sur les choses du Triple W.

– Il y a plein d’imbéciles – j’ignore si vous êtes du nombre – qui croient qu’Internet est un phénomène antisocial, une pratique fondamentalement solitaire, une sorte d’apothéose du cocooning, amorce-t-il.


illustration2007021614.jpgComme j’ai devant moi un pichet de bière, je suis un peu nerveux. Il est vrai qu’à l’époque des tavernes les téteux – les scèneux de table, comme on disait – ne parlaient que de hockey, de bonnes femmes et de politique.

– Ils ont tous zéro sur cent, continue mon ahuri, les yeux sur mon pichet (presque plein). Internet, profère-t-il, est le plus grand outil de développement social jamais créé par l’humain.

J’aurais pu lui demander de prendre un siège s’il ne l’avait fait de lui-même en s’emparant de mon bouquin. Assis les deux coudes sur la table, le nez à deux pieds de mon précieux liquide, le voici en train de m’administrer la totale, une théorie qui s’appuie sur sa propre histoire et sur celles de ses amis. Pour vous la résumer, situons la problématique en deux temps : avant le Web et depuis le Web.

Avant le Web, pour déjouer sa solitude, combler son besoin d’autrui, assouvir ses phantasmes, l’homo antewebis sortait. Dès son boulot terminé, il fréquentait les cinq à sept, poursuivait ailleurs jusqu’aux petites heures, avalait un Big Mac par-ci et un roteux par-là, devenait un suppôt de bars enfumés et une figure connue des videurs. Avec le temps, il se spécialisait dans les établissements fréquentés pas des personnes nanties des particularités psychiques ou anatomiques pouvant l’intéresser.

illustration2007021612.jpgOù qu’il aille, il se sentait obligé de vider des quantités homériques de bière. Quoi faire d’autre de ses dix doigts ? Parfois il dansait, ce qui permettait d’éliminer une certaine quantité de liquide et de s’attaquer plus énergiquement à l’emballage de quelqu’un.

Au bout de 3 semaines, 5 mois ou 2 ans de ce régime, c’était comme la loterie, il finissait par rencontrer l’âme momentanément sœur avec qui il convolait, s’enfermant dans la plus rassurante des sécurités affectives. Pour un certain temps !

Bilan, pendant sa quête, il s’était massacré la santé à mal bouffer, à respirer de l’air insalubre, à boire des hectolitres de bière, à veiller trop tard et, conséquemment, à travailler crevé mort. En corollaire, il s’était vidé le compte en banque et avait chargé au max sa carte de crédit.

Il en est tout autrement depuis l’âge du Web. L’homo postwebis qui souffre de solitude n’a plus à s’épivarder dans les débits de boisson. Il n’a qu’à naviguer aux bons endroits sur le Net. Supposons qu’il aime les coquines pulpeuses ou qu’elle aime les gorilles velus, il/elle n’a qu’à rechercher en ce sens dans les groupes de discussion ou les sites de bavardage, d’annonces classées, d’associations, etc.

illustration2007021613.jpgAvec le temps, après avoir éliminé tous les quinquagénaires mariés et préretraités qui se font passer pour des nymphettes de 17 ans ou les fillettes de 11 ans qui prétendent être haut placé chez Gesca, il/elle finit par trouver l’héroïne/héros de ses rêves. Mais il se peut également qu’il/elle découvre l’endroit où, de telle heure à telle heure, les personnes correspondant à son phantasme s’assemblent mine de rien : les sado-maso, les à voile et à vapeur, les échangistes, les trépanés, les fonctionnaires honteux, les catho-masturbateurs, etc.

Dans tous les cas, bingo ! Pas eu besoin de mille et une sorties exténuantes et onéreuses pour rencontrer sa Dulcinée ou son Casanova. Il a suffit d’être patient/e, méticuleux/se, méfiant/e et bien branché/e. En ce sens, l’objectif du Net devient la vie sociale, le rapport de couple, le partage amoureux et la sortie de son fichu appartement. Le Web n’est donc qu’un outil permettant à l’humain de quitter son isolation.

– La preuve, tout le monde en parle. Regardez-vous et moi, on est en train de devenir copain-copain.

Allez savoir pourquoi, je ne fus absolument pas surpris quand je vis mon nouvel ami accepter un verre du serveur et se dépêcher de l’emplir à même mon pichet.

Plus ça change, plus c’est pareil !


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6 réflexions sur “Le Web, c’est la santé

  1. Et si Nelson était un repris de justice incarcéré derrière des barreaux bien en ordre !!!

    C’est qui au juste ce Nelson de la Dumais ? Il s’agit probablement d’un « Marquis de Sade » qui, de son cachot, fantasme et cogite un monde à son image. À court de godemiche, il s’auto érotise très certainement sur des boîtes Microsoft ou des souris vibrantes. Son fameux pichet de bière n’est peut être en fait qu’un fond de café stagnant dans une tasse infecte. Son éclairage de l’après-midi se résume en une lampe à pile de chez la Source qu’il a glanée au Village des Valeurs.

    Le Web pour Nelson c’est la santé … mentale. Il nous débite sa vie telle qu’il l’aimerait. Il veut des amis. Se pourrait-il que ceux qui partagent sa cellule en aient ras le bol de son clavier multi ethnique, de ses OS incompatibles ? Je refuse cette amitié virtuelle offerte comme une pièce d’équipement en option indispensable. Le vendeur de char veut aussi être mon ami, le temps que je signe en bas à droite sur le contrat.

    Ce gars là est sûrement un professionnel des sites de rencontre. Il écrit bien, ce qui détonne avec les « twits » qui écrivent au son d’un clairon fêlé. Monsieur Dumais doit faire tomber en pamoison les vieilles maîtresses d’école hirsutes de la jambe qui sentent le scapulaire. Ses propos jouissifs pour les soubrettes défraîchies ne trompent pas. Ce gars là rêve de liberté et de grand air. Je ne serais pas surpris de le voir sous peu bûcher son bois de chauffe, gosser ses ustensiles avec un Opinel, ramasser les crottes de son Beagle, bouffer bio et dévorer des livres sur le DOS. Je vais lui refiler mon vieux portable TRS-80 de Radio Shack muni d’un enregistreuse à cassette.

    Et que dire de sa blonde dont il ne cesse de nous casser les orteils ? Sûrement une attardée sociale qui se promène pieds nus, une bague à l’orteil, en robe d’indienne. Une bonne femme qui médite toute la journée et qui est convaincue que la pensée positive universelle influencera le nombre de neurones restantes dans le cerveau de monsieur G. W. Bush.

    L’amitié de Nelson, non merci pour moi. Je passe et impair et manque.

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