La vision de Larry Ellison, dix ans plus tard

illustration2006101801.jpgQuand, en début mars 1996, le P.D.G. d’Oracle Larry Ellison avait annoncé la venue des fameux Network Computer et la disparition des PC tels qu’on les connaît, la plupart des experts avaient cru qu’il était complètement à côté de ses pompes. Or, si on regarde ce qui est en train de se passer avec les Symbian et autres Google, force est d’admettre qu’il ne l’était pas tant que cela et que, peut-être, notre milliardaire préféré avait vu juste. Ou presque. Voici, ci-après, ce que j’écrivais à ce sujet le 5 mars 1996 dans le Journal de Montréal. Mais d’abord, cliquez ici pour lire la transcription de ce que j’en disais à la défunte émission Branché de la SRC. Vous conviendrez qu’il y a des textes qui vieillissent moins mal que d’autres.

………


illustration2006101803.jpgJe suis en train de vous écrire à bord d’un Airbus sur un des plus beaux ordinateurs portatifs de l’industrie, un ThinkPad 755 prêté par IBM. Il s’agit d’un bloc-notes multimédia fort attachant qui met plus de trois heures avant de décharger sa pile au lithium. Avec son Pentium 75 (IBM en fabrique cependant de plus puissants), ses 8 Mo de RAM, son écran couleur 10 1/4, son disque de 810 Mo, son fax-modem de 14 400 bps et son transmetteur infrarouge, il se vend autour de 6 500$. Il vous intéresse ? Profitez en tandis qu¹il en est encore temps. Car j’arrive d’une conférence fort troublante.

Imaginez-vous que devant une salle comble d’experts, plusieurs ténors de l’industrie dont Larry Ellison, P.D.G. d’Oracle, Scott McNealy, P.D.G. de Sun et Steve Jobs, co-fondateur d’Apple et P.D.G. de NeXT, ont affirmé que le règne du PC tirait à sa fin. Dès cet été, on commencera à le remplacer par le NC. Dans six ans, la mutation aura été complétée.

C’est quoi la différence ? PC signifie Personnal Computer. On parle d’une machine autonome à laquelle on doit greffer de coûteux périphériques (disques durs, cartes de son, CD-ROM, etc.), un appareil dont l’utilisateur doit faire lui-même l’entretien, qui contient tous les logiciels dont on a besoin, qui coûte autour de 3 000 $ et dont le système d’exploitation est lourd et complexe.

illustration2006101802.jpgNC signifie Network Computer On parle d¹un bidule tributaire d’un réseau qui nécessite ni disque rigide, ni CD-ROM, ni de gros système d¹exploitation, ni entretien, ni lectures de manuels informatiques, ni achat de logiciels, d’un électroménager intelligent qui coûte autour de 500 $. On pourra lui brancher un moniteur de PC ou une télé. Les deux sont prévus.

Le NC qui contiendra un Pentium 100 ou un processeur RISC, obéira à un système d¹exploitation multitâche, multiplates-formes, multimédias et multiprotocoles développé par Oracle, le NCOS. Sa taille ? Un incroyable petit 300 Ko. Il sera fabriqué par une douzaine de multinationales dont Sony, Hitachi, Samsung et Nitendo. Même IBM et Apple sont présentement intéressés par le concept.

illustration2006101805.jpgComment ça fonctionnera ? Un peu à la manière du réseau Vidéoway. Le NC sera une boîte noire qu’un distributeur placera partout dans les foyers ou les petites entreprises. Les PME et grandes entreprises auront leurs propres réseaux. Dans le grand serveur central, on aura tous les logiciels et services informatifs du monde (traitement de texte, tableur, graphisme, navigateur Internet, vidéo clips, musique stéréo, etc.), on disposera des moyens de sécurité les plus moderne et on assumera l’odieux de l’entretien et de l’expertise informatique (c’est le serveur qui aura le fardeau des mises à jour de logiciel ou de système d’exploitation).

Vous voudrez utiliser Word ? Vous vous identifierez auprès du serveur via un système à la fois simple et sophistiqué, vous téléchargerez les éléments de Word dont vous aurez besoin, vous enregistrerez votre document directement sur le serveur comme s’il s¹agissait de votre disque rigide.

illustration2006101806.jpgAux États-Unis, on parle déjà de donner ou de placer les NC un peu à la manière des terminaux Vidéoway. Les utilisateurs pourront être facturés selon la nature des services auxquels ils se seront abonnés. Par exemple, 50 $ par mois donnerait droit aux logiciels bureautiques, à quelques jeux, au courrier électronique, à un navigateur Internet, etc.

Évidemment, Microsoft ne trouve pas l’idée bien drôle. Si le NC arrive à s’imposer, les gens n’auront plus à acheter les produits (Word, Excel, Windows, etc.) qu’elle fabrique. Même son de cloche du côté des fabricants de PC qui voient venir l’époque des vaches maigres, sauf s’ils se spécialisent dans les blocs-notes. Le concept de NC mobile n’est pas encore au point. Ce qui signifie, Dieu merci, que le ThinkPad d’IBM a encore de bonnes années devant lui…

………

Le paradoxe de ce texte me fascine. D’un côté, la si petite distance entre les propos de Larry Ellison et la réalité qui se pointe à l’horizon. D’un autre, l’écart incommensurable entre deux époques technos, celle de 1996 (les machines NeXT, les Mac à peine utilisables sur Internet, les Pentium 100 même pas MMX et les blocs-notes IBM à 6 500 $) et celle de 2006 où les équipements techno sont devenus hyper-puissants et … jetables (tellement ils ne valent plus rien).

Ce n’est pourtant que la même décennie …


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6 réflexions sur “La vision de Larry Ellison, dix ans plus tard

  1. On peut effectivement penser que la masse risque d’embarquer dans ce bateau, cependant, pour ma part, je préfère me limiter à des fonctions de base sur Internet et effectuer mon travail, en privé, sur mes ordinateurs. Difficile de croire que l’information divulguée sur Internet ne risque pas de tomber entre de mauvaises mains…

    Internet c’est ouvert et tant mieux, mais ce n’est pas une raison pour se mettre tout nu devant les autres.

    Très drôle, la partie « Macs à peine utilisable sur Internet »… Nous avons des souvenirs carrément opposés de cette période. De 1994 à 1996 je me promenais sur le Web avec mon Mac, sans problème, sauf la vitesse de l’époque, alors que mes quelques connaissances d’alors qui roulaient sur PC, n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était le Web.

    Puis, de 1998 à 2001, travaillant pour un fournisseur Internet, roulant uniquement sur PC au début, j’étais le seul à pouvoir faire n’importe quoi avec mon Mac, alors que leurs PC peinaient même à ouvrir des fichiers natifs PC… Mon Mac les ouvrait aisément et accédait même plus rapidement aux réseaux PC que leurs machines sous Windows (NT, 95, 98, ME, 2000), vive Dave ! À mon départ, on était rendu à 50 % Mac et 50 % PC.

    Aujourd’hui, je ne puis dire, mais je suis amplement satisfait des possibilités Internet de mon Mac et ne me plaint jamais, comme mes compères utilisant Windows le font à tous les jours…

  2. Mon souvenir est celui d’un Mac 6100 (PowerPC) sous le MacOS 7.5, puis 8, puis 8.5. Je me connectais par modem 24 kbs sur le Net (avec Netscape) et là, j’attendais que les images se chargent. Pendant ce temps, mon 486DX100 (lui aussi avec Netscape et par modem de 24 kbs) avait eu le temps de tout afficher et attendait mes instructions. Ayant toujours eu des Mac ici, j’ai commencé à trouver que ça allait aussi vite sur Internet qu’un PC à partir de mon petit portable G3 puis, surtout, de mon Dual G4 primitif, le premier modèle fabriqué par Apple.

  3. ouais, on retournerais au modele centralisé des années 60, le super-big  »IT » department… la quincaillerie serait certes moins chère, mais les logiciels ?? Avec l’exemple de 50$ par mois pour quelques applications, cela fais 600$ par année… plus taxes probablement héhé. Je peut me payer bien des mises-à-niveau des noueaux systèmes d’exploitations avec ça ! ou bien tout rouler en  »open source » pour que des  »peanuts » ! pas certain que les gens vont embarquer, même  »mon-onc et matante » qui ne connaissent rien à l’informatik. J’avue par contre, que pour une petite collectivité, l’idée du serveur d’applications central et privé plus une quincaillerie individuelle abordable ça peut être uen solution très intéressante.

    Jean

  4. Larry Ellison avait vu plutot juste, en effet… En 95 je bossais pour « Ingenia » (Ottawa) et nous étions 12 employés, à plein temps, à éditer un site web, un des premiers « portails » éducatifs au Canada, appelé « SchoolNet ». Nous utilisions des ordis sous Windows 3.1, mais l’édition du site web se faisait sous émulateur de terminal, en « VI », et nous étions tous les 12 connectés en permanence sur une machine Sun. Le webmaster pilotait la station Sun et le programmeur avait une machine NeXT, éblouissante pour l’époque! Depuis ce temps, j’ai toujours pensé que le « remote computing » était brillant, parce qu’il permet d’optimiser les ressources de la quincaillerie, lesquelles sont presques toujours sous-utilisées dans les ordinateurs modernes… J’utilise encore cette méthode, quoique différemment, au bureau, lorsque je veux profiter du gros écran du iMac 20″ en roulant une application Linux sur mon laptop et en redirigeant, via SSH, la sortie d’écran du laptop sur le iMac grace au systeme de fenetrage « X ». C’est le meilleur des deux mondes! Le modele d’une application par machine est appelé à changer et on en voit déjà les signes, notamment avec Google desktop dont tu parlais récemment. Et c’est tant mieux, parce que c’est une facon beaucoup plus rationelle – et plus économique aussi – d’utilisation des ressources.

  5. bon! Dans l’image en haut, la tv, la télécommande, le menu.. berf, iTV d’Apple. Juste que c’est pour 2007; une décade plutard.

  6. Intéressant ce parallèle entre les NC et le Web 2.0. Mais comme dit Ron, je ne suis pas très à l’aise avec le fait de placer mes fichiers personnels sur le web…

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