Pognon à court terme vs vision à long terme

illustration2006101101.jpg« Considère ton voisin en ennemi et il le deviendra. Ainsi, tu pourras le punir sévèrement de l’être devenu ». Voilà une vraie vérité très très vraie que je vous citerais sûrement si j’avais envie de vous écrire des méchancetés sur la vision diplomatique de l’administration Bush. Sauf qu’elle me sert plutôt d’introduction à cette chronique sur le Digital Right Management (DRM), ce qui va me permettre de vous dire du mal des grands distributeurs hollywoodiens.


illustration2006101102.jpgImaginés pour aider à la gestion des droits de propriété intellectuelle quant aux films et à la musique vendue en ligne ou sous forme de CD ou de DVD, les outils de DRM sont rapidement devenus des moyens pour essayer de faire plus d’argent sur le dos des consommateurs. Prenez Protect DVD-Video, une bricole logicielle fabriquée en Allemagne par la firme ProtectDisc. Conçue pour empêcher les DVD films d’être copiés, cette ultime barrure imparable et incraquable (la millionième du genre), s’est immédiatement transformée en nuisance majeure à la manière du rootkit (XCP ou Extended Copy Protection) que Sony avait placé dans certains de ses CD musicaux.

illustration2006101103.jpgC’est qu’une fois Protect DVD-Video installé dans un DVD film, le consommateur ne peut pas le faire jouer dans un PC sous Win XP Media Center Edition ou dans un PC ordinaire se servant de Windows Media Player. Frustrant pour tous ces gens qui se sont bidouillés des cinémas maison articulés autour d’un PC ! Comme il se doit, l’autre côté de la Force contrattaquait quelques jours plus tard et il devenait possible de se procurer des logiciels capables de déjouer la soi-disant protection de ProtectDisc. Évidemment, il fallait débourser des sous (par exemple 40 $US dans le cas du logiciel AnyDVD de SlySoft) et d’accepter, quelque part, de devenir un contrevenant à la loi.

On se trouvait ici à reproduire le scénario de l’ARccOS ou celui de Starforce qui mobilise les vrais gamers depuis l’an dernier. Effectivement, tant que les majors ne voudront que tondre les consommateurs tout en leur compliquant la vie, ceux-ci leur rendront leur politesse et le fossé s’élargira. Alors l’industrie frappera derechef, ce qui forcera les consommateurs à réagir, cela ad nauseam !

illustration2006101104.jpgAu lieu de vouloir truander les gens, les barons du film devraient plutôt se faire repasser l’histoire du CD audio ! On se souvient qu’avant les premiers systèmes de partage musical (P2P) dont Napster et Kazaa, les mélomanes n’avaient d’autre choix que de payer le gros prix pour leurs CD. Par exemple, en 1994, il m’en coûtait en moyenne 15 $ par CD de musique classique et, le mois dernier, j’ai déboursé 140 $ pour l’œuvre complète de Mozart, c’est-à-dire un coffret de cent-soixante-dix CD (voir photo à droite).

illustration2006101105.jpgFace aux prix jugés trop élevés et immuables, les P2P devinrent populaires et les ventes de CD chutèrent. Tout comme les prix en boutique. Voyant cela, les consommateurs recommencèrent à acheter des CD originaux, ce qui fit croire à l’industrie qu’elle avait eu gain de cause. Tant et si bien qu’elle accrut sa croisade contre les P2P et se mit à traiter leurs usagers en criminels. Cette attitude de courte vue n’eut pour effet que de stimuler de nouveaux systèmes de partage ici et là sur la planète (p. ex. eMule) et d’indisposer davantage les consommateurs ! Action, réaction !

illustration2006101106.jpgLe pire pour l’industrie, c’est qu’en même temps, Apple lança la mode des cyberboutiques à 0,99 $ la pièce musicale. Le coup fut quasi mortel pour les grands distributeurs de CD audio. En tout cas, jamais plus ils ne connaîtront le niveau de profitabilité dont ils jouissaient avant l’arrivée des P2P. La morale ? Prenez vos consommateurs pour des valises et ils vous abandonneront à la première chance, pour peu qu’une alternative commerciale vienne leur vendre autrement … et à prix acceptable, ce que vous étiez seul à offrir.

Je n’ai pas de statistiques à vous fournir, mais quand je regarde autour de moi en cet automne 2006, je vois autant de gens qui achètent de la musique en ligne, qu’il y en a qui en téléchargent de façon illégale ou qu’il y en a qui en achètent en boutique. Certains s’adonnent même à ces trois modes. Autrement dit, le marché est désormais divisé en trois grandes tendances, alors qu’il n’y en avait qu’une avant les P2P. Et je ne vois pas comment cela pourrait changer à court, voire à moyen terme. L’industrie du CD musical a été conne et elle en paie le prix aujourd’hui.

illustration2006101107.jpgDemain, de gros commerces en ligne nous offriront avec le meilleur rapport qualité-prix possible, TOUS les films du monde (ou presque), sur une base semblable au Apple Music Store. Demain, il continuera de se fabriquer toute sorte de petits DVDShrink pour copier les films illégalement. Et demain, Maxi ou Future Shop continueront à me vendre des DVD films en solde à 9,99 $.

L’histoire ne se répète que quand les acteurs ne l’ont pas étudié.

Être un actionnaire de Sony ou d’Universal, il me semble que je serais à la veille d’être moins … content !


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11 réflexions sur “Pognon à court terme vs vision à long terme

  1. Je suis entièrement d’accord avec vous….. je veux bien sûr parler du premier alinéa de votre article, encore qu’on ne puisse pas parler de méchancetés lorsqu’il s’agit de vérités.

    Pour le reste, je n’ai pas vraiment d’avis parce que, pour le prix d’un DVD, j’achète entre trois et cinq séances à l’UTOPIA (ciné d’art et d’essai) près de chez moi et je préfère voir les films sur grand écran (désolé pour les majors et leurs actionnaires).
    En outre, mon lecteur DVD est en panne et je ne l’ai pas réparé.

  2. Les « majors » veulent contrôler la façon dont nous utilisons les produits qu’ils nous vendent, des DVD, des CD, des jeux en apparence innofensifs mais dont la mission est de nous niveliser par le bas dans l’espoir qu’on finisse par admirer les George Bush de ce monde. Orwell avait raison.

  3. Je suis un fan de musique. Auparavant, je trouvais une chanson à mon goût et je devais me payer le CD pour avoir peut-être une ou deux chansons qui m’intéressaient. (Je ne parle pas, bien sûr de Dark Side of the Moon) Maintenant, avec iTunes Music Store, j’achète LA chanson qui me plait, je peux l’écouter tant que je veux avant de l’acheter. Je n’ai plus acheté de CD depuis longtemps et je n’en achèterai plus. Apple a comblé mon besoin. Les « Majors » de la musique ne semblent pas avoir compris ça!!!

  4. Certains s’adonnent même à ces trois modes.

    Je dis depuis plusieurs années que le gros problèmes des « majors » c’est qu’ils ne comprennent pas la réalité des petits consommateurs.

    Combien d’avis/articles nous disent qu’il y a pour XX milliards en piratage (musique, applications et films) sur le web. Disons que j’ai pirater pour mon besoin personnel pour 4 000$ en tout et partout l’an passé et que j’ai payé pour 400$ en jeux / musique / logiciels. Selon les « majors », j’ai volé pour 4 000$ … Cependant, mon budget continue à me permettre uniquement le 400$ en dépnses. De plus, la majorité de ce que je pirate c’est pour essayer, écouter une seule fois ou pour faire une tâche rapide et non répétitive (le logiciel ne me sert plus par la suite pour mes besoins personnels).

    Aurais-je un ordinateur à la fine pointe, un lecteur mp3 ou une console de jeu, si je ne pouvais faire ces tâches là … je ne le crois pas. Mon budget ne me le permettrais tout simplement pas.

    Cependant, à mon emploi, les logiciels que j’ai essayé à la maison, je le veux pour m’aider dans mes tâches. De plus, je maitrise mieux l’informatique en général, car je vais toucher à tout.

    Prenons l’exemple le plus frappant. Macromedia c’est fait connaître via le piratage (selon moi). Combien de site web personnels ont été fait en flash (en ± 1997) et ce standard a mis de la pression sur les compagnies de design qui voyait les animations sortir un peu partout sur le web. Il ne faut pas négliger l’importance qu’a pu avoir l’utilisation personnelle de ce logiciel par des développeurs professionnels.

    Heureusement, la communauté Open Source prend de l’importance. Selon moi, c’est néfaste aux compagnies, car il y a une alternative gratuite et légale et elle fonctionne comme nous le désirons.

    Les utilisateurs ont un budgets serré et une carrière qui rapporte plus à ces compagnies.

    De totues façon. Arrêter ce phénomène est impossible, il prend trop d’ampleur. Le seul bon coup qui a été fait par les majors c’Est de rendre le tout plus compliqué par les néophytes en informatique.

  5. Depuis que le piratage est arrivé, mon budget dédié à l’achat ou la location de CD et de DVD n’a cessé de fondre comme neige au soleil.

    Ca a commencé tout bonnement par une chanson cherchée ici et la sur d’obscurs sites personnels à la fin des année 90 (dans un mauvais encodage MP3).

    Aujourd’hui un logiciel + 1 mot clé couplé à la haute vitesse et je récupère une chanson dans la minute, une discographie complète dans l’heure, les sorties DVD de la semaine en une soirée, la saison 5 complète de 24 en 1 semaine…

    Depuis bientôt 1 an, je n’ai pas loué ni acheté un seul DVD ou CD.

    Me basant sur mes propres motivations et réponses à ce phénomène, je ne peux pas croire ceux qui proposent qu’il n’y a aucunes incidences et que ce ne sont que les majors qui sont « dans le champ »…

  6. Vous avez parfaitement raison : à force de rire de leurs clients, les grandes compagnies de disques vont perdre la partie. Sony a cru faire un bon coup en se payant une nouvelle technologie DRM pour « protéger » ses CD mais n’a fait que s’enfoncer dans la controverse…

    Quand j’achète un CD (ça m’arrive encore), je veux pouvoir en profiter comme je le veux et sans que ça vienne démolir mon équipement. Si je ne peux pas le lire sur mon ordi, mon baladeur, mon lecteur d’auto et mon lecteur de salon, vous pouvez le garder. Lorsque je l’ai payé, j’ai acheté le droit de faire ce que j’en veux, libre même de le prêter à quelqu’un pour qu’il l’écoute (s’il veut en faire une copie, c’est libre à lui et à sa conscience).

  7. La cause principale de la baisse de vente de disques est la fragmentation du budget causée par la multiplication des besoins numériques (téléphones, chaines spécialisées, jeux, gadgets) ainsi que le prix élevé des CD/DVD à valeur ajoutée.

    Il y a une limite à presser le citron. La PS3 (console, manette, jeu, taxes) à 700$CA n’aidera pas la vente de CD audio.

    Le P2P devrait être balisé et on devrait forcer les utilisateurs de ces services à s’identifier formellement. Mais, je ne crois pas que les producteurs feront plus d’argent si ça se produit. À moins que le prix des autos et loyers diminuent.

  8. Salut Nelson,

    Depuis mon pays d’adoption, l’Argentine, on ne peut que rire de toutes ces histoires de défenses des droits commerciaux et intellectuels. En fin de semain, se tenait à Cordoba, la foire des ligiciels et médias piratés. Une grande exposition de stands de compagnies locales s’adonnant à la distribution de ligiciels, de films, de musiques et de tous ce qui en dérivent de manière totalement illicite. Je commande par téléphone les films que je veux à partir d’un catalogue, à un prix ridicul et on m’apporte les films ou les cd que je veux. J’échange des centaines de cd musicaux enregistrés sur dvd ou à partir de lecteurs mp3… j’en ai tellement que je ne sais plus où les mettre. Je manque de temps pour en consommer!
    Les dernières productions hollywoodiennes se trouvent à mon club vidéo en même temps que dans les cinémas américains.
    Voilà l’état des choses dans les pays hors-premier monde. Je peux même vous vendre ces films sur e-bay si ça vous chante, comme certains le font déjà!
    Réfléchissons donc autrement!

  9. Dvd Shrink est rendu à la version 3.2.0.16, le lien suggéré nous propose une version antérieure. Il est disponible, en français, sur ce site
    . Comme quoi votre hypothèse est vrai, la technologie « noire » est aussi rapide que les majors.

  10. Moi je trouve inconcevabble qu’ils s’obstine avec les supports média fragile comme les DVD et HDVD blu-ray. Je ne me permettrai jamais d’acheter quelques chose dont il m’est impossible de faire une copie de sureté.

    Avec des enfants qui écoutent le même DVD 20 fois dans la semaine, il doit être robuste pour résister au attaque. Je comprends pas pourquoi ils ne viennent pas avec un protecteur en plastique comme les DVD RAm que j’utilisais il y a une dizaine d’année.

    Je me force personnellement à acheter les jeux et les films. La seule chose qui m’intéresse sur le net, sont les émissions que je n’ai pas le temps de voir en direct. Mais , je refuse d’acheter un produit qui ne peux résister à l’abus du temps et dont je ne peux pas faire de copie de sureté.

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