Parler encyclopédique: bis repetita placent !

illustration2006080301.jpgÀ la suite de mon article d’hier où je vous parlais de Microsoft Encarta Collection 2007, j’ai envie, ce matin, de mettre les points sur les i. Je vais reprendre autrement ce que je vous ai dit, à savoir que j’avais commencé à découvrir des erreurs de faits dans cette encyclopédie électronique et que, par conséquent, je l’avais désinstallé de mon PC. Et pour que vous me suiviez, je vais d’abord vous asséner une prémisse particulière à l’industrie informatique nord-américaine (principalement états-unienne) : l’essentiel de l’effort autour d’un produit n’est pas relatif à sa qualité, mais à son marketing.


Ainsi, à chaque fois qu’une fabricante lance un produit informatique, bon ou mauvais, utile ou non, une force de marketing et de vente s’en empare et enclenche un processus terriblement efficace. Quelque part là-dedans, des journalistes comme moi obtiennent un exemplaire du produit en question afin d’en parler dans leurs médias (une page complète dans un quotidien comme il m’arrivait de le faire au Journal de Montréal, ça coûte combien s’il faut se la payer ?). En ce sens, les journalistes techno, du moins la plupart, n’ont généralement aucune difficulté à obtenir les nouveaux produits qui les intéressent.

illustration2006080302.jpgOr comme il n’y a presque plus de magazines, de webzines, d’émissions télé ou de journaux qui peuvent payer des journalistes professionnels pour tester un produit sérieusement, il en découle, grosso modo, que sur, mettons, dix papiers publiés :

  • huit ne font que reprendre le communiqué de presse ou la fiche technique du produit sans guère aller plus loin;
  • un se montre carrément favorable dans le cadre d’une légèreté agaçante (soit que l’auteur étant incompétent, aille dans le sens des autres, soit qu’il veuille plaire au fabricant);
  • un va à fond. Ici, le journaliste (la plupart du temps un trippeux) se fout de l’argent ou du temps et passe les heures nécessaires à bien tester le produit afin de pouvoir publier un papier éclairé.

Si ce journaliste est salarié dans une boîte comme ZDNet ou Byte, cela signifie qu’il est encadré par une équipe technique et qu’il a accès à un parc d’équipement. À chaque test de produit, il travaillera avec un PC très récent et fraîchement reformaté. Ce qui signifie que la probabilité d’un article injustement défavorable parce que l’auteur est incompétent ou que son équipement est défectueux (sans qu’il ne le sache), est extrêmement rare.

En réalité, dans la plupart des cas, ce journaliste sera un pigiste isolé (c’est devenu la norme). Auquel cas, il y a deux possibilités :

  • Le PC utilisé pour tester le produit a des problèmes (il a de l’âge, il est mal entretenu, il est défectueux) ou le journaliste manque d’expérience ou de connaissances (la techno n’est pas sa passion, il débute en carrière, il est incapable de situer le produit dans une plus grande évolution, etc.), auquel cas le produit testé est difficile à installer et/ou irritant à utiliser et/ou mal compris. Résultat, le papier pourra être injustement négatif.
  • Le PC n’a pas de problème, le journaliste est expérimenté et le produit s’installe ou fonctionne normalement. Résultat, le papier ne sera victime d’injustice que si le journaliste est à côté de ses pompes.

illustration2006080303.jpgEt que croyez-vous qui se passe si moi, le journaliste qui se fout du fric et de temps, qui utilise des équipements bien entretenus et qui a toute l’expérience ou le recul nécessaire à la bonne compréhension d’un produit, arrive quand même à une conclusion négative ? Pas grand-chose ! Ce sera perçu comme mon opinion. On dira que je suis un négatif, que mon PC a des problèmes, que je manque de sérieux, que tous les autres journalistes de la planète ont dit, eux, que le produit était bon. De toute façon, ce n’est que mon opinion, celle d’un journaliste crève faim, non ? Ainsi, au cours des dernières années, j’ai eu beau décrier certains produits de Symantec, d’ATI ou de Iomega, les Future Shop et autres Bureau en Gros n’ont jamais cessé d’en vendre des tombereaux.

Pourtant, ce dont je vous parlais hier est d’une toute autre nature. Admettons que le PC utilisé pour essayer Encarta soit tout croche, que ma compétence informatique soit nulle et que mon expérience soit marginale, les erreurs de fait découvertes n’en demeurent pas moins réelles. Prenez ça comme vous le voulez, mais, merde, il n’y a jamais eu de Hurons sur le trajet de Jacques Cartier ! Ces gens n’apparaîtront que cent ans plus tard. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’histoire. Celle des chercheurs, des universitaires ! C’est comme si Encarta avait publié que deux plus deux font cinq. Ça se nomme erreur de fait. Et quand une encyclopédie fait dans ce registre, moi je décroche … et je le dis.

illustration2006080206.jpgEt que croyez-vous qui va se passer maintenant ? Rien. Les mercaticiens d’Encarta vont assimiler la triste conclusion de mon papier à celle que j’aurais pu écrire sur Excel qui fait geler Windows dans tel ou tel contexte. Ils diront que j’ai droit à mes opinions, même quand elles sont négatives, que je suis connu pour en émettre de parfois des pas piquées des vers, etc. Mais jamais ils ne relèveront le fait que leur encyclopédie soit erronée. L’important n’est pas la qualité du produit, mais son processus de vente, son succès, sa participation au rendement global de l’entreprise, rendement qui peut finir par plaire aux actionnaires.

illustration2006080201.jpgComme les forces de vente et de marketing sont infiniment plus crédibles auprès des consommateurs que mon dérisoire petit papier ne pourra jamais l’être, les gens achèteront, achèteront et achèteront ce produit. Et (effectivement Mme Michelle), des étudiants pourront remettre des travaux mal documentés ce qui ne pourra que générer des frustrations. « Pour qui il se prend, ce prof-là, pour contredire Microsoft Encarta, une encyclopédie que mon père a payé 50 $ chez Best Buy ? ».

C’est ainsi et c’est triste.


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11 réflexions sur “Parler encyclopédique: bis repetita placent !

  1. Cela ne me surprend pas, Microsoft ont de la misère avec tout ce qu’ils entreprennent et pourtant ils vendent, ils vendent, ils vendent. Même toi Nelson tu utilise windows, certes beaucoup améliorer depuis windows 95 ou millenium mais quand même. Ca se vend ca se vend ca se vend.

    Cela me fait penser au combat VHS et Beta, tout le monde disait le beta est bien meilleur les cassettes sont plus petite. Que d’avantage, meu non le VHS a gagné!!!

    Apple et Microsoft, le systeme Mac est meilleur meu non c’est windows qui se vend le plus

    Les voitures japonaises sont bien meilleurs, meuh non c’est GM qui vend le plus, même si le pdg de GM s’est excuser l’année dernière de la piètre qualité de leurs produits au cours de la dernière décénie. Meuh non ca se vend, ca se vend ca se vend. Malgré que dans ce cas, à la longue ca tente à se corriger. Toyota est maintenant 2e constructeur

    Arrivera t-il la même chose avec le VHS, non car sur le point de disparaître, futur combat le Blue Ray et le HD dVD, qui gagnera?

    Apple tente de remonter la pente, c’est pas la qualité du produit qui le bloque. L’ipod éclair un peu les gens et fait connaître la marque.

    Faut lire Bruno G ou Nelson, qui est le plus lu, est-il le meilleur? Dans ce cas ils sont tous bon, on les lit tous, enfin une exeption! 😉

  2. Merci Monsieur Nelson!

    Merci pour le sérieux que vous investissez dans vos tests.

    Merci pour votre franchise.

    C’est réconfortant de savoir qu’il y a encore des gens pour qui la qualité d’un produit passe avant le prix. Un produit est toujours trop dispendieux s’il est de mauvaise qualité. Je ne suis pas prêt à payer n’importe quel prix pour un produit mais un prix juste pour article de qualité.

    Malheureusement les Walmarde de ce monde pullulent et cela se reflète dans toutes les sphères de la consommation.

    Continuez, Monsieur Nelson, à nous approvisionner en Qualité. Nous sommes sans aucun doute quelques uns à l’apprécier.

  3. Comme dirait le grand Jean Perron: «tu n’y vas pas avec le dos de la main morte!»
    Il y a quelques années McMillan&Stuart avait lancé une encyclopédie qui n’avait de bilingue que la boîte. C’était pourri et la compagnie a dû retirer son produit des tablettes. Ce n’était pas la puissance de marketing de Microsoft.
    La majorité des textes, des vidéos étaient en anglais. En français, que quelques histoires mineures et futiles.
    Une autre erreur dans Encarta, je ne sais pas si elle a été corrigé, concernait la faune et la flore. On parlait du lièvre à raquette (snowshoe hare) au lieu du lièvre d’Amérique et on disait qu »il y en avait 1000 en moyenne au km carré. Méchante erreur de fait parce qu’on en écraserait juste en prenant une marche dans le bois.
    Une chance que des gars comme toi font des vérifications!

  4. Bonjour M. Nelson,

    Quelques mots pour vous dire que non seulement je vous lis religieusement mais, en plus, vous êtes considéré comme une source importante quand je fais des choix pour mes achats de matériels informatiques.

  5. Bonjour,

    La disperception causée par l’étatsunianophilie (tous des néologismes de mon cru) fait que dans tous les médias, surtout les plus inclinés politiquement vers l’extrème droite de toutes les pensées ( politique, israelo-états-uniennes, quaédiste ) fait que retrouver une certaine vérité réaliste dans le fatras qu’on nous sert à chaque jour devient un travail ardu. A beau mentir qui vient de loin, comme vous le dites, la vérité et la réalité ne dependrait plus, selon ces gens-là, que d’un facteur « d’opinion ».
    Cela, je le réfute énergiquement. Que l’on disperceptionne à qui mieux mieux, c’est un fait acquis pour moi maintenant. Et votre très bon travail, qui, s’il était écouté au lieu d’être opinionné, deviendrait un facteur de vérité et un exemple à suivre dans bien d’autres domaines.

    Merci Nelson

  6. Que puis-je dire autre que « Bravo, Nelson » pour tes articles toujours francs et honnetes, sans parler de ton sens de l’humour un peu tordu des fois… j’adore !!

    Il faut du courage et des couilles pour dire la VERITE, peu importe l’opinion publique ou autre. Peu importe les consequences. En effet, comme le dit bien « Normand », mieux vaut la Qualite plustot que la quantite, anytime!

    Tout ceci me fais penser au resultat final du concours d’art pyrotechnique cette annee: j’ai du voir au moins 150 feux d’artifices depuis 1986 et cette annee, je jurais que les etats-unis ne gagnerait rien parce que leur spectacle fut bien bien ordinaire, meme vu depuis les meilleurs sieges assis dans les gradins a La Ronde… mais ca c’est « mon » opinion et celle de mes copains connaisseurs aussi, mais pas l’opinion de la supposee « majorite ». Resultat ?? ils ont gagne le premier prix. Bullshit si tu me le demande…

    En tout cas, moi je te reitere ma confiance en ton « opinion » et t’enjoint de continuer le merveilleux travail d’education, role qui est souvent celui d’un journaliste dabord soucieux de la qualite 🙂

    PS; ma definition du marketing: l’art de la « Bullshit ». (d’ailleurs, un journaliste americain a ecrit un livre la-dessus: « your call is very important to us: the art of bullshit »).

    JD

  7. Bonjour monsieur Dumais

    C’est la première fois que je vous lis et j’ai bien aimé voir la vérité me sauter en plein visage. Il m’arrive souvent de passer pour un « critiqueux » mais merde..faut t-il toujours penser comme tout le monde afin d’éviter de s’argumenter avec tous et chacun!! Quand arrive le temps de se tenir debout nous ne sommes pas nombreux à tenir jusqu’au bout quitte à perdre quelques amis chemin faisant. À titre d’exemple je disais à un ami récemment que depuis quelques années déjà Wallm….c’était fini pour moi, il m’a répondu que pour lui l’important c’était le prix à payer en bout de ligne, donc peu importe la façon de faire de cette entreprise il continuerait d’y faire ses achats …..encore une fois le marketing l’emporte sur la raison.

    Heureux de vous avoir découvert à travers le carnet techno de monsieur Bruno G. de Radio-Canada.

    À+

    François Di Piétro

  8. Histoire de me faire l’avocat du diable…

    En quoi est-ce que Wal-Mart, malgré mes convictions, a à faire dans le débat actuel?
    Pourquoi faire porter la croix d’un produit qu’on dirait de « mauvaise qualité » par un seul détaillant aussi mal-aimé puisse t’il l’être?

    Croyez vous vraiment que sans Wal-Mart l’encyclopédie Encarta serait meilleur?
    Croyez vous vraiment que Encarta soit la seul encyclopédie électronique a comporter des erreurs?

    La façon qu’on certain a récupérer des débats légitimes pour la seul fin de leurs convictions m’irrite au plus haut point.

    Ce texte me semble être l’apologie des bonnes intentions et méthodes de N. Dumais qui explique en quoi Encarta ne serait pas une bonne encyclopédie… En rien on ne devrait y voir l’apologie du contre-impérialisme américain représenté par des compagnies comme Wal-Mart ou Microsoft.
    Bien sur, on peut étendre le débat, mais alors le texte de N. Dumais ne devrait plus porter les intentions d’opinions bien arretés de ces monsieurs.

    Je me permettrai de faire Écho A N. Dumais en lui proposant que pour moi il ne prêche pas dans le désert.
    Je suis assidus des opinions et tests des spécialistes que je corrobore toujours par des recherches plus étendus.
    Je ne consomme aucun produit de « luxe » que je ne connais pas sans l’avis des spécialistes et autres testeurs de l’industrie.

    L’expérience vaudra toujours plus qu’une belle boite ou qu’un marketing aussi judicieusement positionné soit-il.

  9. C’est le fun de vous voir collaborer ensemble car c’est pas parce qu’on lit Bruno qu’on ne lit pas Nelson. À bas les compétitions inutile comme les réseaux de télévisions le font.

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