Coquecigrue en espéranto

2006061234.jpgDans mon texte sur les HEC de Montréal, tel que publié hier, j’avais écrit: « …ces jeunes ont croisé le fer … bla-bla-bla … Tout cela en anglais, l’espéranto de la vraie vie ». Il s’en est suivi une levée de boucliers de la part d’adeptes de l’espéranto. Ces propos n’ayant rien à voir avec la substance de mon article, je les retire et les publie ci-après. Si vous voulez commenter les activités des HEC, retournez à l’autre article. Si vous voulez me planter pour avoir commis une phrase blessante à l’endroit de cette langue, vous êtes au bon endroit. Merci de ne pas mélanger les genres.


J’ignorais vraiment qu’il pouvait y avoir tant d’adeptes vigilants de l’esperanto. Ici à Montréal, on n’en entend que rarement parler. Tout le monde semble prendre pour acquis que l’anglais est devenu la lingua franca, celle du commerce et de la diplomatie internationale. Au Québec, nous travaillons très fort pour vivre en français, nous insistons pour que tous nos compatriotes québécois, nés ici ou ailleurs, le fassent, cela malgré les charges hostiles et soutenues de l’appareil fédéral canadien. Sauf que nous sommes impuissants face aux étrangers de toutes cultures qui, à ce qu’il me semble, ont jugé à propos d’apprendre l’anglais utilitaire comme dénominateur communicationnel commun. Désolé s’ils ont négligé de confier ce rôle à l’espéranto. C’est la situation ici en 2006 et il nous faut quand même être réalistes.

Hier, le premier commentaire à la suite de mon article sur les HEC a été celui d’un dénommé Olso qui, avant de me piquer sur l’esperanto, a carrément questionné mon intégrité professionnelle en qualifiant mon article de publi-reportage commandité par SAP. Cela m’a choqué et blessé, d’où mon ton agressif. J’aurais dû me contenir et je m’en excuse.

Voici, ci-après les commentaires sur l’espéranto. Quant au passage qui me les a vallus, je l’ai retiré de l’article. Merci d’accepter cette modification dans la structure de mes textes.


Publicités

71 réflexions sur “Coquecigrue en espéranto

  1. Je suis content de voir que le débat s’était un peu calmé après que la mayonnaise eut montée ( une mention spéciale pour les jurons québéquois de Nelson, on apprend quand même des choses :-)), mais la dernière intervention m’a choqué. Pas à cause des préjugés et des fantasmes sur l’espéranto, qui sont somme toute hyper communs et pas spécialement recherchés. Freud pourrait en dire des choses…

    //Une langue est par définition une entité culturelle. Elle colore et se fait colorer par la culture d’un peuple, d’une région et même d’un bled au fin fond de la Chine. Les ethnologues et anthropologues font des carrières sur l’étude d’un dialecte particulier qu’ils relient à des traditions ancestrales.

    -> Bof, il y a toute sorte de langues: une langue régionale possède un substrat culturel local, et est le reflet de culture et coutumes spécifiquement locales, au niveau national, c’est la même chose par rapport à un pays, où la langue est le véhicule d’un mode de pensée particulier, d’une littérature originale. Lorsque les langues locales sont nombreuses, on utilise parfois une langue qui n’est pas liée à une éthnie particulière mais qui permet de communiquer efficacement. Ainsi, en Afrique de l’est, le swahili n’est pas lié à un peuple et il n’existe pas à l’origine de culture swahili particulière, celle-ci se construit par la pratique, on pourrait en dire de même des créolles antillais…et de l’espéranto, qui a déjà produit beaucoup d’éléments culturels. J’ai vu une poésie récemment, mais je crois que vous ne la comprendriez pas, parce que comme beaucoup d’éléments liés à une langue particulière et originale, elle est bien évidemment intraduisible et ne s’apprécie que de l’intérieur.

    //Et en plus ils ont le culot d’être fier de nous dire que l’esperanto s’apprend dix fois plus vite que l’anglais. Mais par qui ? Encore les mêmes deux ou trois sautés à lunettes épaisses qui ont le don des langues. C’est pas des statistiques ça Monsieur Dumais, c’est une aberration génétique. Dix fois plus vite mon cul. Pas d’exception, tout est clair et précis qu’ils disent.

    -> C’est pas difficile à vérifier, pourtant…je n’ai pas du tout le don des langues, et de toute façon même pour quelqu’un qui apprend les langues facilement le rapport ne doit pas changer. 🙂 L’Institut de Pédagogie Cybernétique de Paderborn a établi que pour un francophone, le rapport de l’apprnetissage de l’anglais et de l’espéranto a un niveau similaire est respectivement de 1500 et de 150 heures, et 1200 à 160 heures pour un allemand il me semble: même s’il existe une petite différence en faveur des francophones, ou des européens par rapport aux autres, cela ne justifie pas du tout le fait de conseiller l’anglais comme la seule solution et de renvoyer l’espéranto aux oubliettes, parce que l’espéranto reste largement plus facile pour tous.

    //L’esperanto c’est le rêve de personnes ayant de fortes tendances à la castration. On invente un langue sans personnalité, lobotomisée, sans couilles que deux ou trois eunuques s’obstinent à maintenir en vie dun souffle fétide pour ne pas dire putride.

    ->Je crois que vous feriez mieux de vous taire et d’arrêter ces insultes. Vous ne savez pas de quoi vous parlez.

  2. À Pol Pot :
    « Fétide, putride, mon cul, abérration chromosomique, eunuques, mes couilles »
    Votre langue est très imagée, peut-être pourriez-vous investir dans l’achat d’un frappe-sac (punching-ball), ça défoule.

    « Avec l’esperanto, j’aurais la personnalité d’un Ken Dryden  »
    Je dirais que vous auriez la même personnalité que maintenant.

    À Nelson : bravo au Québec pour sa défense de la langue française et la création de mots nouveaux.

  3. Oui, c’est vrai que je n’y connaît rien à l’espéranto (je l’écris avec un accent aigüe maintenant). Pourtant, je vis en ville, exposé à toutes sortes de stimuli autant culturels que scientifiques et l’espéranto n’existe pas. Je ne le vois pas, je ne l’entends pas, je ne le sens pas… donc il n’existe pas .. pour moi. Qu’est-ce que je manque ? À vue de nez, pas grand chose. J’ai des responsabilités familiales, des engagements financiers, de la formation (information) à donner à mes enfants. L’espéranto est un luxe, pas une nécessité. Quand t’as quatre heures par soir consacrées aux devoirs des enfants, à l’entraînement du chien, à la préparation du souper, à la finalisation des contrats hors travail régulier, t’as pas le temps d’apprendre l’espéranto puis de courir la ville pour te trouver un clown excentrique avec qui échanger. La culture, j’en ai pas beaucoup mais j’ai du beurre sur mon pain. Vous étalez la vôtre largement mais c’est aussi mince que quand le pot de Nutella est presque fini et qu’on doit en gratter le fond.

    Bravo et vive le petit monde ordinaire qui ramassent vos cochonneries et qui trient vos bacs de recyclage.

    Pol Pot

  4. Dans le monde ordinaire, je trie mes déchets, parce que pour moi l’écologie n’est pas un mot depouvu de sens 🙂 Je vous signale également que l’espéranto n’est pas réservé aux intellos, bien au contraire – il est accessible à bien plus de bourses et de capacités intellectuelles que l’anglais 😉

    Super, vous ne connaissez pas l’espéranto (chose méconnue de vous n’égale pas chose inexistante), il ne vous intéresse pas. C’est votre droit. Alors pourquoi pensez-vous que les espérantistes sont forcément des clowns, puisque vous n’en avez jamais vu?

    Qui plus est, vous qui êtes tellement pris dans vos obligations professionnelles et familiales, pourquoi perdez-vous le temps à discuter sur l’espéranto? Soyez logique – si vous n’en entendez pas parler, alors personne ne vous a agacé à votre domicile avec la pub pro-espéranto. Alors, encore une fois, pourquoi cette agressivité teintée de complexes sexuels? Franchement, je ne m’intéresse pas du tout à la pêche, mais je ne viens pas dans les discussions au sujet de la pêche pour faire de la psychanalyse à deux balles, tout en insultant les participants…

  5. Je ne crois pas qu’on puisse dire que l’espéranto est une langue d’intellos, les intellos étant surtout ici ceux qui ont une opinion sur tout ce qu’ils ne connaissent pas 😉 Il y avait jadis des langues internationales pour intellos: le latin pendant des siècles, puis le français pendant deux ou trois siècles (concurrement avec le latin, qui servait plus dans les sciences). Je crois que c’est Umberto Eco qui disait que, même si l’on a enseigné le latin pendant des sicècles avec beaucoup de moyens, peu d’amants latinistes l’ont utilisé d’emblée dans la chambre à coucher; alors que l’espéranto, que l’on a surtout enseigné avec les moyens du bord, peut servir même dans ces moments-là. Je vous recommande les articles que vous pourrez lire à la page suivante:
    http://claudepiron.free.fr/articles.htm

  6. À Eliz :

    « Faut-il donc toujours tout faire par pur intérêt ? »
    Non, mais la réalité est que si il n’y a pas de « pur intérêt », l’esperanto ne se démocratisera jamais. C’est bien que vous ayez décidé d’adopter l’esperanto, comme je peux décider de pratiquer le ping-pong. Ca ne me donne pas le droit, encore moins le devoir, de tamboer à bras raccourci sur un journaliste qui utilise le mot ping-pong d’une façon qui ne me plaît pas.

    « Oui, les espérantistes peuvent parfois paraître agressifs »
    En utilisant l’échantillon ci-dessus, je diras plutôt que les espérantistes sont définitivement très agressifs.

    « vous « partisans (et esclaves?) de l’anglais roi » »
    Encore une fois, vous vous trompez. Je choisi consciemment de ne pas apprendre l’esperanto, comme vous pouvez consciemment choisir de ne pas jouer au ping-pong. Si je vous dis que le ping-pong est merveilleurx et qu’il permet de développer des réflexes incroyables et que cela va vous ouvrir une porte intéressante pour engager une conversation avec tous les asiatiques de ce monde, vous allez vous y mettre demain? Probablement pas. De la même façon, je considère que l’apprentissage de l’esperanto est un hobby comme un autre et qu’il est malheureux d’en faire un idéal dogmatique.

    De plus, je ne suis pas partisan de l’anglais, mais je suis plutôt capable d’analyser la réalité linguistique du monde de façon réaliste. Si vous désirez combattre l’hégémonie anglophone, allez-y fort. En fait, je crois que ça nous amuse plus que d’autres choses.

    « Le plus important, c’est d’avoir le choix, non? »
    On est d’accord. Et la réalité est que les gens décident encore, après presqu’une centaine d’années d’existence, de ne pas adopter l’esperanto. Comme d’autre ne sont pas intéressé par le ping-pong. Le jour où il y aura consensus social sur la NÉCESSITÉ d’apprendre l’esperanto, cette langue aura p-e une chance (tout comme le ping-pong risque de devenir le sport mondial dominant si il y a consensus social sur ses vertus). Malheureusement, comme le démontre ce forum, le consensus social, vous êtes (esperantophones) loin, très loin, de l’obtenir.

    À Skirlet

    « Vous-même, avez-vous expérimenté un tel apprentissage?  »
    Oui. Français et anglais simultanément. J’ai toujours été premier de classe en francais et sans difficulté en anglais. Merci.

    Pour ce qui est de l’esclavage, cette argument est complètement ridicule. Associer la domination de l’anglais en tant que LANGUE SECONDE à l’esclavage est plus que discutable. Il y avait des arguments moraux et éthique très forts contre l’esclavage. Les arguments moraux pour l’esperanto ne sont pas très puissants en comparaison. On peut justifier n’importe quelle révolution en disant que sans celle-ci on aurait encore de l’esclavage. D’ailleurs, je crois qu’on devrait imposer le ping-pong dès 2 ans dans les gardries québécoises … vous savez, sans des changements radicaux on aurait encore de l’esclavage. N’importe quoi.

    Quant aux conneries publiques de Paco Rabanne, puisque vous êtes évidemment au courant de son histoire, pourquoi ne pas vous en être inspiré et avoir éviter les conneries? Moi au moins, je peux prêcher l’ignorance de la merveilleuse histoire de Rabanne, mais vous …

  7. À Namior:
    « la réalité est que si il n’y a pas de pur intérêt, l’Eo ne se démocratisera jamais ». Une réalité bien hypothétique, basée sur un raisonnement fort curieux et qui justement, ne tient aucun compte de la réalité. Car actuellement, il n’existe aucune langue au monde plus accessible que l’espéranto : cours gratuits sur internet ou méthode complète à moins de 15 euros, stages à l’étranger superflus, temps d’apprentissage record (et le temps, c’est de l’argent!). En comparaison, l’anglais est sans conteste, infiniment plus élitiste. C’est bien pour cette raison, que les non-anglophones qui se sont hissés à un niveau intéressant dans la pratique de l’anglais (non sans 4000 ou 5000 heures d’étude, quelques cours particuliers et séjours linguistiques coûteux) n’apprécient guère qu’on leur brandisse l’espéranto sous le nez : « Comment! Vous prétendez qu’après 150 heures d’apprentissage, vous êtes en mesure de discuter avec n’importe quel espérantophone du globe! Ouais, mais de toutes façon, vous êtes combien ? – Assez, en tous cas, pour être en majorité sur ce fil de discussion 😉

    « Je choisis consciemment de ne pas apprendre l’espéranto… » C’est votre droit absolu. Mais reconnait-on à tous les enfants d’Europe, le droit de ne pas apprendre l’anglais ?

    Et si tous les enfants du monde avaient le DROIT (pas l’obligation) d’apprendre l’espéranto à l’école ? Je vous laisse imaginer la suite…

    Si c’est pas de la tolérance, ça ;-))

  8. L’esperanto, comme vous le présenter, deviendrait en fait une expérience de réingénierie sociale, une tentative d’implanter une utopie linguistique. Rien de mauvais en soi, mais les réingénierie sociale majeure ont une fâcheuse tendance à se terminer en catastrophe.

    Donner le choix aux enfants est louable. Mais dans un système scolaire, il faut prioriser. Le jour ou l’esperanto fera du sens pour la société, elle deviendra une possibilité à l’école. Tout comme le ping-pong …

    Quand au non-anglophone hissé à un niveau intéressant, je ne crois pas qu’il « n’apprécient guère qu’on leur brandisse l’espéranto sous le nez », mais plutôt qu’ils s’en contrefichent carrément car il sont déjà capable de communiquer avec pratiquement toute la planète et que l’esperanto ne leur emmènerai pas grand chose à ce niveau …

    Reconnaît-on à tous les enfants européens le droit de ne pas apprendre les mathémathiques? L’anglais est un choix de société qui s’est imposé de lui-même. Je comprends que c’est ce que vous tentez de combattre. Mais pour l’esperanto, ce n’est pas un choix aussi clair que vous essayez de le faire croire. Si l’esperanto était si clairement supérieur et avantageux, les parents plus aisés ne paieraient pas pour que leur enfants participent à des camps linguistiques et autres activités pour améliorer leur anglais, mais plutôt le ferait pour l’esperanto. Ces parents, de par leurs actions, montrent clairement qu’elle est leur position dans ce débat.

    Pour moi, l’une des grandes faiblesses de l’esperanto est la dichotomie entre théorie et réalité. L’esperanto, la langue universelle de l’humanité … qui n’appartient aujourd’hui qu’à une très faible minorité de l’humanité. L’esperanto, une langue avec une identité forte et si démocratique … mais seulement pour les initiés, car les autres sont incapables de l’associer à une quelconque culture ou identité (contrairement aux autres langues). Au lieu de nier l’échec de l’esperanto, pourquoi ne pas le reconnaître et tenter de voir quelles sont les raisons derrière la non-démocratisation de ce beau projet? Pourquoi s’y accrocher, après une centaine d’années d’existence. Expliquez-moi car je ne comprends pas. On peut bien vivre d’espoir et de pain, mais bon …

    Finalement, associer choix et tolérance me semble un peu exagérer. Dans les sytèmes scolaires, donner le choix aux enfants d’apprendre ce qu’ils veulent semble à première vue louable, mais il faut mettre des balises afin de s’assurer que l’ensemble de la société a une certaine cohérence. Maintenant, choisir de proposer l’esperanto de façon optionelle, comme vous le proposez, pourrait être une solution valable. Mais elle devra faire face aux alternatives, le ping-pong, plus de sciences, etc… Votre phrase sous-entend que ne pas proposer l’Esperanto est intolérant … ce qui implique que de ne pas proposer le ping-pong au lieu des autres cours sportifs ou de favoriser la chimie aux dépends de la physique (c’est un exemple) est également intolérant. Je dirais plutôt que c’est un choix de société. Donc pour la tolérance, on reviendra!

    Tout cette discussion m’attriste car elle se fait à deux niveaux: au niveau théorique et idéologique (et pratique pour la faible minorité d’esperantophones) et au niveau réel pour l’ensemble des non-espérantophone, c-a-d la très grande majorité de la société. Le projet est beau, il semble approprié, etc… Tout comme les merveilleux projets de développement d’économistes réputés pondus dans des tours d’ivoires et basés sur une exemple ici et là… Mais dans le quotidien, la réalité est tout autre, d’où le gouffre entre votre position et la position de tous les autres … Bien que je sois d’accord sur les mérites théoriques de l’esperanto, je me retrouve dans une position percue comme anti-esperanto parce que ma discussion ne porte justement pas sur ces mérites théoriques, mais sur la réalité pratique de la langue.

  9. « Je choisi consciemment de ne pas apprendre l’esperanto »

    Quelqu’un vous a déjà proposé de l’apprendre avant?

    « Français et anglais simultanément. J’ai toujours été premier de classe en francais et sans difficulté en anglais. »

    Cela signifie-t-il que vous êtes bilingue de naissance?

    « Associer la domination de l’anglais en tant que LANGUE SECONDE à l’esclavage est plus que discutable. »

    L’esclavage moral, ça existe. Lisez « Portrait du colonisé », surtout le passage sur les langues. Je vous rassure: il ne s’agit pas de l’espéranto 🙂

    « Il y avait des arguments moraux et éthique très forts contre l’esclavage. »

    Et pourtant, ces arguments ont mis quelques centaines d’années pour porter… Chacun sa perception, mais je pense que la dignité linguistique et culturelle est une chose très importante.

    « On peut justifier n’importe quelle révolution en disant que sans celle-ci on aurait encore de l’esclavage »

    Ne généralisons pas, voulez-vous?

    « D’ailleurs, je crois qu’on devrait imposer le ping-pong dès 2 ans dans les gardries québécoises …  »

    Personne n’a proposé d’apprendre l’espéranto à l’âge aussi bas. Par ailleurs, si l’espéranto est une sorte d’introduction à la linguistique, comparable à l’initiation à plusieurs sports, l’anglais dès la maternelle équivaut à une spécialisation sportive très précoce.

    « Quant aux conneries publiques de Paco Rabanne, puisque vous êtes évidemment au courant de son histoire, pourquoi ne pas vous en être inspiré et avoir éviter les conneries? »

    Ma foi, indiquez-moi où j’ai dit qu’à telle date précise l’espéranto sera adopté dans un tel endroit, et alors je réfléchirai à votre conseil 🙂 Je ne m’amuse pas à prédire l’avenir.

    « une tentative d’implanter une utopie linguistique »

    Les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain 🙂

    « Le jour ou l’esperanto fera du sens pour la société, elle deviendra une possibilité à l’école.  »

    Donc, seul l’anglais a du sens, car souvent le seul choix possible?..

    « il sont déjà capable de communiquer avec pratiquement toute la planète »

    S’il sort des hôtels, il verra le contraire.

    « Ces parents, de par leurs actions, montrent clairement qu’elle est leur position dans ce débat. »

    Ces parents connaissent la pub massive en faveur de l’anglais, mais sur l’espéranto, ils connaissent seulement le mot (et encore…) Le choix est truqué.

    « L’esperanto, la langue universelle de l’humanité … »

    Les espérantistes préférent le mot « internationale » ou, mieux, « langue-pont ».

    « Au lieu de nier l’échec de l’esperanto »

    Et à quel étape peut-on parler de l’échec? La même abolition de l’esclavage dont on a parlé plus haut, était-elle un échec avant d’avoir abouti? On peut plutôt parler de l’échec de l’anglais, parce que des dizaines d’années plus tard, vu l’argent investi dans l’apprentissage et même en comptant les anciennes colonies, il n’est pas universellement parlé, et le niveau est le plus souvent faible. En plus, les autres langues commencent déjà à le bousculer 🙂

    « Dans les sytèmes scolaires, donner le choix aux enfants d’apprendre ce qu’ils veulent semble à première vue louable, mais il faut mettre des balises afin de s’assurer que l’ensemble de la société a une certaine cohérence.  »

    On parle beaucoup du multilinguisme. Je ne vois pas en quoi le choix d’une langue à étudier pourrait compromettre la cohérence de la société, il n’y a rien de subversif dedans 🙂

    « Maintenant, choisir de proposer l’esperanto de façon optionelle, comme vous le proposez, pourrait être une solution valable. »

    Je suis d’accord.

    « ce qui implique que de ne pas proposer le ping-pong au lieu des autres cours sportifs ou de favoriser la chimie aux dépends de la physique (c’est un exemple) est également intolérant.  »

    Si tel était le cas pour la chimie et la physique, évidemment ce serait intolérant, sauf s’il s’agit d’une filière qui met le paquet sur la chimie et si cette filière est librement choisie. Quant au ping-pong que vous aimez tant, s’il était interdit par un decret spécial (comme l’espéranto l’est en France), oui, ce serait aussi l’intolérance.

    « Je dirais plutôt que c’est un choix de société »

    Non, la société n’a jamais rien signé de tel :-)))

    « Bien que je sois d’accord sur les mérites théoriques de l’esperanto, je me retrouve dans une position percue comme anti-esperanto parce que ma discussion ne porte justement pas sur ces mérites théoriques, mais sur la réalité pratique de la langue. »

    Encore une fois – si vous ne voulez pas l’apprendre, c’est votre droit. Mais chose curieuse: vous passez tellement de temps pour prouver que c’est une bêtise, pas digne d’être prise en considération… Une bagatelle mérite-t-elle un tel étalage d’arguments?.. L’espéranto n’a jamais été imposé à qui que ce soit, alors pas de crainte qu’on vous forcera de l’apprendre en vous menaçant d’un flingue 🙂 Et vous êtes sur la défensive. A méditer 😉

  10. bonjour à tous, bonjour à nos « cophones » (??) québécois – quel plaisir de pouvoir parler dans une langue transparente pour soi-même et pour ses interlocuteurs! oui, un vrai plaisir.
    Merci à ceux qui se positionnent plutôt contre les arguments des esperantistes de lire le document suivant:
    http://www.esperanto-sat.info/IMG/pdf/Y2-exigence.pdf
    Par ailleurs, bien qu’esperantophone je regrette beaucoup que les esperantistes soient si amers et souvent du coup plutôt négatifs. Certes, ce n’est pas étonnant quand on soutient une si belle idée et qu’on voit la grande majorité de la planète ignorer cette idée, ce projet. Mais je crois qu’on ferait mieux, quand on pense que l’esperanto est soit une bonne soit la meilleure voie, de vivre cela, tout simplement. De créer de l’esperantophonie sous toutes ses formes; au lieu de toujours vouloir défendre cette langue, c’est l’illustrer qu’il faut. Je sais que de plus en plus de gens le font, d’ailleurs. Il est clair que dans le milieu dominant, on ne voit que l’anglais; et que chez ceux qui acceptent l’idée que le monde fonctionne et fonctionnera toujours sur la concurrence, c’est forcément justement la langue dominante qui l’emporte. Cela va de soi. Pourquoi s’y attarder? mais justement il y a d’autres milieux, d’autres mondes dans ce monde, qui est ce que nous en vivons.
    Ceci dit, il est clair que l’enfer est pavé des meilleures intentions et je ne pense pas qu’il soit souhaitable de faire avancer l’esperanto à tout prix et à n’importe quelles conditions. Il est logique, ainsi, de tenir absolument à ce que l’esperanto ne devienne jamais une langue obligatoire. Ce serait un contresens, une porte ouverte à n’importe quel totalitarisme, même avec les meilleures naïves intentions.
    Le milieu naturel de l’esperanto est celui des altermondialistes, qui veulent, en gros, passer à autre chose, sauter en marche, au lieu de rester coincés comme des veaux dans le camion qui mène à l’abattoir. Et dans ce milieu l’esperanto devrait se développer, tout simplement. Le fera-t-il? eh bien, retroussez vos manches pour cela, faites vraiment qqch avec l’esperanto dans vos combats pour la démocratie, le respect de l’homme et de la nature, le respect de l’homme pour soi-même, la non-violence, la joie, la révolution contre le système bancaire, etc etc… servez-vous en, de l’esperanto, au lieu de toujours vous demander comment le faire progresser, d’essayer de faire de la communication pour l’esperanto, comme tous ces commerciaux que vous vilipendez pourtant (et moi aussi je l’avoue) pour leurs marchandises en tout genre.
    On perd son temps à râler et à critiquer: vivez selon vos principes, en accord avec votre conscience et votre âme, et le tour est joué! mais c’est bien sûr beaucoup plus difficile que de râler.
    Ceci dit si j’ai conseillé la lecture du document ci-dessus c’est bien aussi parce qu’il faut ouvrir les yeux sur ce qui se passe vraiment, et être conscient de la puissance incroyable et pernicieuse du langage. Cf aussi ce que les nazis ont fait de l’allemand, comment ils ont détourné le sens. Les gens manipulateurs, de façon très quotidienne, abusent très naturellement du langage; c’est une arme insidieuse, d’une force incroyable. Pas étonnant, c’est l’homme qui l’a inventée!!! le langage risque toujours de se faire l’instrument du mensonge et de l’abus de pouvoir.
    Et d’autant plus à une époque où on parle et écrit beaucoup plus qu’on ne VIT vraiment. Où est le silence entre nous, le silence fécond? Que fais-je à cet instant? évident, non… au téléphone, à la rigueur, le silence peut encore exister (100 fois moins et 1000 fois moins riche et porteur qu’entre deux personnes qui se rencontrent, bien sûr), mais par mail?
    bon, je laisse un peu de blanc

    alors, l’esperanto, c’est un truc à vivre tout simplement. Et puis surtout, pas de crainte, c’est aussi un truc malgré tout forcément un peu artificiel – puisque ce n’est pas le reflet aux mille facettes et deux ou trois fois millénaire d’une culture, et que ce n’est pas fait pour être une langue maternelle même si certains l’ont apprise entre leurs deux parents, et qui donc ne risque pas du tout de supplanter les langues naturelles, car si tout le monde communiquait, entre pays, en esperanto, on en aurait vite marre et chacun n’aurait de cesse d’apprendre de vraies langues et de chouchouter sa langue maternelle; oui, vivement le jour où on en aura marre de l’esperanto, où on s’en servira en soupirant comme on prend, bien obligé, son téléphone ou son ordinateur pour communiquer au loin, tout content de raccrocher, d’éteindre, de sortir voir les arbres, d’aller chanter, danser et tutti quanti, dans toutes les belles langues de la biodiversité, qui disent chacune la vérité, une autre part de la vérité insondable, infinie.
    Et qu’on ne fasse pas de l’esperanto une langue à imposer, une mesure à appliquer, une politique à mettre en oeuvre.
    Merci!

  11. Commentaire à mon propre message!!!
    les 10 lignes de blanc que j’avais laissées ont tout simplement disparu du message!!!!! CQFD!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  12. Note à Hélène: Pour générer un alinéa qui paraisse vraiment, il faut taper dans votre texte le code XHTML approprié, c’est à dire « crochet droit, br, espace, barre oblique, crochet gauche » (sans les guillemets). Je vous l’écris ainsi parce que le faire normalement (en format code), le logiciel croirait à un vrai retour de chariot et générerait immédiatement un alinéa.

  13. Hélène,
    C’est le vieux clivage entre les espérantistes qui pensent qu’il faut profiter de l’espéranto et de toutes les portes qu’il ouvre, de ses possibilités insoupçonnées, et ceux qui pensent qu’il faut militer pour favoriser sa diffusion plus large. Je fais partie de ces militants (récent) râleurs sur Internet, probablement parce que, à cause de l’ostracisme dont souffre encore l’espéranto en France, je ne l’ai appris qu’à 48 ans, ce que je regrette fortement.
    Je pense que le militantisme n’est pas étranger aux récentes percées observables en france : site internet d’une grande ville, fascicules dans un grand magasin, candidature électorale, expérimentation à l’école primaire, une école avec un site trilingue, etc. Finalement ces deux attitudes espérantistes différentes sont utiles, et même complémentaires.

    Namior et le ping-pong :
    OK pour les métaphores sportives : en sport, on apprend d’abord aux élèves un large éventail de disciplines, une initiation à l’athlétisme, aux sports collectifs, plus d’autres options découverte, ce n’est qu’ultérieurement qu’un élève se perfectionnera dans un sport où il se sent des aptitudes.
    Or, la même chose est possible dans les langues, et deux universitaires (non-espérantistes) soutiennent cette façon de concevoir l’apprentissage des langues (Michel Candelier, et un autre francophone en Belgique, j’ai oublié son nom, facile à trouver sur le net). On peut très bien enseigner jeune divers alphabets et les sons qui vont avec, car effectivement l’oreille et la prononciation s’apprennent mieux dans l’enfance, et prévoir ensuite des modules de perfectionnement dans les langues préférées, dont l’espéranto en option, ce qui est actuellement impossible en France, même pour une seule année.
    Or, la situation actuelle est complètement opposée, c’est une spécialisation ultra-précoce : 90% des enfants vont faire de l’anglais !
    La même métaphore est possible en musique : on commence par de l’initiation, souvent à la flute, facile, peu coûteuse, et plus tard éventuellement, on fera du violon ou du piano.

    « L’anglais est un choix de société qui s’est imposé de lui-même.  »
    Ah bon ? Alors pourquoi alors la commission européenne des langues continue-t-elle à parler en long et en large du multilinguisme comme de la huitième merveille du monde, alors que toute personne un peu sensée peut constater que l’anglais règne en maître à bruxelles ? Pourquoi cette gêne à le revendiquer officiellement comme lingva franca ? Le problème n’est pas aussi simple et clair que vous le pensez.

    « Au lieu de nier l’échec de l’esperanto, pourquoi ne pas le reconnaître et tenter de voir quelles sont les raisons derrière la non-démocratisation de ce beau projet?  »
    1. Il n’y a pas d’échec, mais une progression régulière dont les signes récents sont évidents, voir plus haut pour la France, et plus encore en Hongrie, en Chine, en Lituanie et, par-dessus tout, sur Internet.
    2. C’est l’anglais qui est élitiste, justement à cause des séjours linguistiques coûteux et indispensables à qui ambitionne un niveau fluent pour lui ou pour ses enfants, ce dont vous parlez justement. Ce sont d’ailleurs ces mêmes élites qui s’opposent bec et ongles à l’espéranto, sauf exceptions. C’est l’espéranto qui est démocratique, car facile, gratuit ou presque (un cours sur Internet et une radio suffisent). Méconnu ne signifie pas anti-démocratique, ça veut juste dire peu connu, principalement parce que certaines élites lui font un barrage obstiné et obscurantiste pour diverses raisons.

  14. Comme la plupart des forums consacrés au problème des langues, celui-ci fait furieusement rage, opposant principalement les personnes favorables à l’espéranto à ses détracteurs (au point d’y être hostiles ou de ne pas en voir l’utilité). La remarque d’un habitant de Toronto à l’encontre des Québecquois qu’il juge immobilistes (ou quelque chose du genre), je pense qu’il devrait élargir sa vision en voyant p.ex. ce qui se passe en europe : oui, l’anghlais s’impose, à un point tel que bon nompbre de textes regorgent de termes anglais qui remplacent purement et simplement des termes de la langue du tecte pourtant bien clairs et compréhensibles. A un point tel aussi que le plus tgrand journal francophone belge publie la moitié des annonces d’emploi en … anglais ! Oui, oui, la Belgique, pays bilingue français-néerlandais voit l’anglais dominer. Pour les termes du crû remplacés par des termes anglais, il me vient actuellement à l’esprit (dans une offre d’emploi) celui de « background » : je suppose qu’il doit s’agir de l’expérience professionnelle. Cela a-t-il du sens d’utiliser « background » ? Des publicités pour des voitures françaises passent avec un fond musical en anglais sur des chaînes françaises ! Il s’agit d’un mouvement qui, si l’on n’y prend garde, va reléguer toutes les langues au rancard, en faire des langues mortes et faire de l’anglais un substrat de lui-même.

  15. A David dont les réponses ont l’air d’être déposées de Shanghai alors que, d’après un de ses textes, il habiterait au Canada. Vous dites qu’il ne faut pas prendre l’anglais comme un ennemi du fait qu’il s’imposerait. Je pense que vous ne réagissez que d’après la situation particulière du Canada : vous y êtes entouré d’un grand nombre d’anglophones (Canadiens et Etatsuniens) : normal que l’anglais y soit une langue incontournable. je suis d’accord d’utiliser l’anglais si je dois m’adresser fréquemment à des anglophones qui, inversément, n’auraient aucune raison d’apprendre une autre langue parce que leurs contacts ne l’exigeraient pas. Mais l’Europe est une mosaïque multilingue : français, anglais, allemand, espagnol, portugais, itamien, néerlandais, polonais, tchèque, russe, hongrois, roumain, bulgare, grec (qui a façonné un grand nombre de langues notamment à travers le latin), danois, suédois, norvégien, finlandais, maltais, et j’en passe encore beaucoup d’autres, sans compter les langues régionales, dont, pour prendre celles des territoires francophones, les différents wallons (de Liège, de Namur, du sud belge), le picard, le provençal, le breton,…. Je ne suis pas d’accord d’utiliser l’anglais pour parler avec quelqu’un qui ne connaît pas ma langue et dont je ne connais pas la langue. que faire alors ? Doit-on apprendre la langue l’uin de l’autre ? Mais quel temps, quelle énergie pour combien de mots, de phrases ? Je crois que l’espéranto (ou tout autre projet similaire) est la moins mauvaise solution : rapide et efficace. J’ai commencé à l’apprendre voici bientôt 5 ans (à l’âge de 48 ans) et je crois que le très peu que j’en ai appris m’a permis d’en comprendre les textes que je reçois à un niveau équivalent de celui que j’ai atteint en anglais après 3 ans à raison d’une heure semaine, en néerlandais après 10 ans d’études à raison de 4 heures par semaine et de l’allemand, appris sur le tas dans le cadre de mes activités professionnelles. Et cela sans que cela coûte quoi que ce soit à quiconque : pas de deniers publics pour payer des enseignants et des moyens ; pas de cours particuliers ni gratuits ni payants. Et en plus, l’espéranto m’a permis de trouver un jour un renseignement sur un site rédigé en slovène grâce à un de ses petits mots qui, hasard ? est originaire des langues slaves !

  16. Hier, à la radio publique montréalaise, on parlait de l’écrivaine Nancy Huston, cette parisienne d’adoption dont la langue maternelle, l’anglo-canadien, lui permet d’écrire aussi bien en français qu’en anglais. Mais pour elle, la musicalité des deux langues est très différente. Si elle est pour écrire en français, sa session sera précédée d’une heure de clavecin (elle est également musicienne). Par contre, si elle s’apprête à le faire en anglais, elle jouera une heure de piano. Deux langues, deux modes intimes d’expression, deux formes d’états d’âme, deux cocons culturels.Personnellement, à cause de ma mère irlando-gaspésienne, j’ai été exposé très jeune à la langue anglaise, une langue rude parlée par certains pêcheurs du Golfe Saint-Laurent, des hommes courageux, vaillants et taciturnes ne pouvant imaginer la richesse culturelle anglo-saxonne. En fin d’adolescence, je dus choisir entre Molière et Shakespeare (je vous parle de scolarisation collégiale et universitaire) et je me jetai tête première dans la connaissance et la pratique culturelle francophone. Autrement dit, je fis le plein d’éléments culturels français et n’eut pas le temps ou la possibilité de le faire du côté de la culture anglo-saxonne.Depuis, je vis au cœur d’une communauté française fière de sa langue et très fière de ses contributions artistiques à la mouvance francophone mondiale (cinéma, musique, littérature, etc.). Cela étant dit, je parle très très souvent l’anglais, un anglais assaisonné de condiments irlando-gaspésien-franco-québécois, ce qui le rend parfois suspect à certaines oreilles torontoises. Le pire, c’est que je ne connais à peu près pas la culture américano-canadienne anglaise. En tout cas, celle du quotidien. J’ai lu leurs classiques, vu leurs Oscar Winning Blockbusters et vibré à leur musique rock. Mais j’ignore à peu près tout de leur télé, de leur mode, de leur actualité.Donc, quand je me retrouve en compagnie de collègues canadiens (un voyage, un repas, un événement – ce qui se produit assez souvent), il m’arrive de ne rien comprendre de ce qu’ils disent et de ne parler, somme toute, que très peu (avec mon petit accent). Je sais, « mieux vaut se taire et passer pour idiot que de parler et d’en donner la preuve ». Reste que cela fait de moi, à leurs yeux, une sorte de représentant ethnique. Idéalement, nous pourrions apprendre l’espéranto et créer une sorte de no man’s land culturel ou eux et moi serions à pied d’égalité. Mais, vous vous en doutez bien, cela n’est pas possible : « la loi du plus fort est toujours la meilleure. »Le 20 novembre 1998, je décrivais cet état d’âme dans une courte chronique intitulée « Quand j’ai le bogue à l’âme », chronique que je vous copie-colle ci-après :Permettez-moi aujourd’hui, de vous parler politique avec, mandat oblige, une certaine connotation informatique. Le prétexte ? Une anecdote survenue récemment à New York lors d’une réception offerte par la transnationale Sun Microsystems. J’y étais pour le lancement de Solaris 7.0, un puissant système d’exploitation qui, avec Linux, est probablement la saveur UNIX la plus populaire auprès de ceux qui gagnent leur vie avec Internet. Je faisais parti d’un petit contingent de journalistes canadiens dont j’étais le seul francophone. Le soir venu, Sun nous avait reçu dans un resto cinq fourchettes où on avait entrepris de picoler, de rigoler et de s’échanger des blagues disgracieuses sur Sheila Cops et Jean Chrétien (croyez moi ou non, les Torontois en ont des aussi méchantes que les nôtres). Quelques bouteilles de Merlot californien plus tard, nous étions passés à la table où m’attendaient des merveilles gastronomiques assaisonnées … d’un casse-tête géopolitique.La salle à manger comptait une dizaine de tables rondes, chacune pouvant convenir à une quinzaine de convives. En suivant mes camarades canadiens, je m’étais retrouvé assis à leur extrême gauche. Autrement dit, ils étaient tous assis à ma droite. Et devinez qui vint prendre place à ma gauche ? La délégation française. Amusant. Je me retrouvais ainsi assis entre deux cultures. À ma droite, l’anglo-canadienne, un bouillon nord américain avec qui je partageais un mode de vie, un dollar bafoué, la Société des postes et les Rocheuses. À ma gauche, la franco-européenne, une référence internationale avec qui je partageais l’esprit d’une langue bafouée, une littérature, le Beaujolais et Lara Fabian.Tout naturellement, j’entrepris de converser avec les français, lesquels s’accommodèrent parfaitement bien de ma parlure XVIIe siècle, malgré quelques petites remarques amusantes. Ce choix machinal de ma part avait toutefois un peu agacé les Canadiens qui, les cons, avaient alors parlé de French Connection. De quoi avons-nous causé, nous les Français ? De la presse européenne, du statut de pigiste en France, de l’Euro et de la situation du bogue de l’An 2000 dans les vieux pays. Mais parle parle, jase jase, voilà qu’après plus d’une heure de bla-bla – nous en étions au dessert – un petit incident me fit décrocher de cette gauche francophone. Pour tout dire, j’arrivai in extremis à éviter une scène disgracieuse. C’est que le correspondant de l’AFP affirma, sourire en coin, être publié dans quelques quotidiens québécois mais qu’il n’en avait rien à foutre puisque ces médias publiaient n’importe quoi. J’arrivai à me contenir – ça doit être ça vieillir – et décidai d’ignorer ce bwana blanc pour tendre plutôt l’oreille du côté droit de la table. Mon manège ne passa pas inaperçu. Un Torontois pouffa de rire en faisant remarquer que le Québec venait de revenir au Canada après un long séjour en Europe. « Ça doit être ça, l’indépendance du Québec ! » dit-il. Alors, pendant le reste du repas, je demeurai misérablement canadien. Je me suis ainsi retrouvé en train de débattre des chances du National Post par rapport au Globe and Mail. Je suis même arrivé à exprimer une opinion – faut le faire – sur l’impact qu’aura le Post sur le Edmonton Journal !Soudainement, je me suis senti très seul. Les Français me faisaient chier et les Canadiens m’ennuyaient. Je suis donc allé m’encanailler dans un bar et, comme le font tous les gens seuls, me suis mis à parler au barman. Il s’appelait Sly et était originaire de Saint-Hubert (prononcez You-beurt). Pas croyable ! Un compatriote ! Sauf qu’il ne parlait pas français et ne connaissait du Québec que la seule région de Montréal. Je me suis alors senti encore plus seul, presque unique, et suis allé me coucher.Vous savez quoi ? J’ai l’impression que mes frustrations culturelles me dérangent plus que mes frustrations informatiques, que ce bogue dans mon âme québécoise me ravage le système davantage que celui de l’An 2000.

  17. Nelson, j’aime bien ton récit de 1998, car ca me fait beaucoup penser à moi qui suis, merci pour la précision, à Shanghai. Je vis présentement en appartement avec deux colocs, un Anglais d’Angleterre et une Française. Je comprends donc très bien de quoi tu parles. La plupart des gens que je rencontre, ici, viennent d’un peu partout sur la planète. Même chose pour les amis de mon coloc anglais, ils viennent eux aussi d’un peu partout. Par contre, c’est drôle mais tous les amis de ma coloc Française, eux, sont Français! Je ne veux pas généraliser, attention donc à ceux qui sont offensés facilement, je n’avance pas ici que tous les Français sont fermés sur les autres cultures, je ne relate qu’un cas en particulier! Enfin bref ma coloc se demande pourquoi je ne me joint pas souvent à leurs « partys ». C’est simple, je ne me sens pas toujours à l’aise, c’est tout. Oui, je parle la même langue, mais il y a un malaise que j’ai du mal à expliquer quand je suis en leur compagnie. Ce serait exctement la même chose s’ils étaient tous Québecois, Anglais ou Chinois. Ca me fait sentir seul! J’ai donc simplement réalisé que, surtout si je suis dans un autre pays, je préfère de loin avoir des amis qui viennent de pleins d’endroits différents. J’adore ce « melting pot » où l’on a tous nos différences culturelles, ca élimine en quelque sorte tout les préjugés superficiels et racistes, et ca amène des discussions bien plus intéressantes. Et puis comme tu dis Nelson, moi aussi je me sens en quelque sorte « unique », mais vu que tous les autres sont tout aussi « uniques », on se sent donc beaucoup moins seuls! 😉 Et juste pour remettre de l’huile sur le feu, quelle langue on parle tous ici? Non non Paul, je ne suis pas au Canada mais bien à Shanghai, et non, ici, contrairement peut-être à l’Europe, la langue la plus parlée (après le mandarin) c’est bel et bien l’a… Ooops… ;-P

  18. Nelson, merci pour ce témoignage!

    Il confirme encore et encore, combien la question des langues est sensible…

    « Mais j’ignore à peu près tout de leur télé, de leur mode, de leur actualité. »

    Une chose similaire m’arrive après une quinzaine d’années en France. Je ne connais pas grand-chose sur la télé, la mode, l’actualité de mon pays d’origine, qui, de surcroît, n’est plus le même pays. Encore heureux que, grâce à la Toile, je suis au courant des évolutions linguistiques et de l’actualité littéraire 🙂 Et même quand j’ai la possibilité de me procurer des films récents, je les perçois d’une façon différente, pas comme les films vus à lépoque où je vivais encore là-bas.

    « Cela étant dit, je parle très très souvent l’anglais, un anglais assaisonné de condiments irlando-gaspésien-franco-québécois, ce qui le rend parfois suspect à certaines oreilles torontoises.  »

    Mon accent ukrainien provoquait des moqueries, quand j’allais à Moscou 🙂 La condescendance de la métropole envers « les autres » est, je suppose, fortement ressemblante à la condescendence des habitants d’une capitale envers les « provinciaux » 🙂 Le plus rigolo, c’est que le russe est ma langue maternelle, on parlait russe en famille, et toute ma scolarité était dans cette langue. L’ukrainien est venu se greffer plus tard, mais il était pendant longtemps ma deuxième langue, celle que je maîtrisais le mieux après le russe. Vous qui êtes bilingue de naissance – je vois que vous confirmez encore une fois la chose dont les tenants du bilinguisme précoce ne parlent pas beaucoup: le fait qu’une langue est toujours dominante, il est pratiquement impossible d’avoir le vocabulaire en double pour toutes les choses… Et quand on a des origines mixtes, il n’est pas toujours évident de gérer plusieurs cultures à l’intérieur de soi-même.

    C’est vrai que l’espéranto n’est pas un remède à tout. Les gens avec la même langue maternelle ne se comprennent pas toujours à 100%, et les guerres civiles divisent la population pour bien d’autres raisons que la langue… Mais c’est un bon moyen de partager sa culture avec les autres, sans avoir mis des années à apprendre leur langue et sans les avoir forcés à apprendre la nôtre, et également accéder à leur culture de façon directe (au possible), humaine et spontanée. On échappe à la loi du plus fort, et ça procure une sensation difficile à décrire, mais tellement agréable…

  19. « J’adore ce « melting pot » où l’on a tous nos différences culturelles, ca élimine en quelque sorte tout les préjugés superficiels et racistes »

    Justement – moi aussi 🙂 On avait des étudiants étrangers dans mon université, on parlait tous russe, mais quand mes interlocuteurs cherchaient un mot ou se trompaient dans l’emploi de la langue, c’est moi qui me sentais gênée, moi qui étais native d’une langue pas très simple, donc en quelque sorte une privilégiée. Je ne doute pas que dans certains milieux on parle surtout anglais, mais ce sont des milieux spécifiques, le plus souvent ceux qui arrivent à la bonne maîtrise de cette langue sont issus de familles aisées, qui ont fait des séjours linguistiques, bénéficié de cours particulers, ont pu acheter des dictionnaires assez coûteux etc. Le côté que j’apprécie en espéranto, c’est son accessibilité à tous, riches ou pauvres, doués en langues ou pas. Je sais parfaitement que l’anglais domine, non pour des raisons linguistiques mais pour bien d’autres (même si certains s’imaginent que les espérantistes sont déconnectés de la réalité, de leurs racines etc.), d’autres langues ont dominé avant et d’autres domineront plus tard; cependant je crois que l’espéranto a du potentiel, car il a survécu à tellement de choses… Il y eu des idées qui paraîssait absurdes à leur apparition, et qui maintenant font partie de notre quotidien.

  20. Ichhh, c’est ce qui s’appelle de la réaction ça mon homme. C’est presque aussi con, pardon!, bon qu’avec les fatiguants de Linux ou Mac (j’utilise Mac, mais le jour où je serai prêt à partir une bataille pour une quelconque trans-nationale, même si elle fait de bons produits, est très très loin).
    Quand à l’espéranto, c’est un beau projet, mais qui ne semble pas décoller trop trop, non ? Une langue artificielle comme en Indonésie avait des chances de fonctionner parce qu’elle a un pays (de 12 ou 13 milles îles !?!) un espace géographique délimité. Une planète c’est peut-être un peu trop grand.
    À une certaine époque, le français était la langue des affaires et de la diplomatie. Pourquoi ? Parce que les français étaient les plus forts ! Pas les plus fins ni les plus intelligents; juste les plus puissants. Comme aujourd’hui les États-uniens.
    Si notre bon ami W. parlait espagnol, on baragouinerait tous la langue de Cervantes un poco tambien.
    C’est ça les langues naturelles; ça naît, ça vit, pis y en a qui meure. C’est la vie mon ami. Il est possible à des peuples riches, même très peu nombreux, de survivre. Exemples; les Danois, les Suédois, les Québécois. Pas parce qu’ils sont plus meilleurs. Juste plus riches. Dans notre cas on a bien sûr l’effet de masse de la francophonie.
    L’espéranto, c’est super trippant, mais je préfère, au Guatémala, à Houston ou au Mexique parler avec le monde ordinaire avec mon espagnol un peu carré, mais néanmois efficace. Et à Montréal, Cleveland ou Anticosti, parler aux pôvres unilingues dans mon anglais-qui-manque-de-pratique-mais-crissement meilleur-que-leur-français.
    Ce n’est ni de l’asservissement ni baisser les bras, c’est juste la vie. Moi j’aime bien la vie, pas vous ?
    J’aime bien aussi le naturel dans mon assiette, j’aime les gens vrais aussi. Pourquoi je ne préférerais pas les langues naturelles ?

    À bas les langues bourrées d’on ne sait trop quoi ! À bas le Lojban, le Gestuno, Elfique et autres Esperanto pleines d’additifs. Vive le naturel !
    Hasta la victoria, siempre !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s