Nous voici à l'ère du suffixe double zéro sept

2006060701.jpgL’histoire d’aujourd’hui se passe sur le minuscule archipel de Ouao-Ouao, sept petits tas de roches volcaniques recouverts d’une végétation touffue où la touffeur étouffe, les Ouao-Ouao Seven comme on dit en Mélanésie. Possession évidemment britannique située à 436 miles au nord-ouest de la Nouvelle-Zélande, l’endroit n’avait, à ce jour, été visité que par de jeunes Maoris qui s’emmerdaient royalement ou qui voulaient tirer leur coup sans que ça ne se sache trop. Or, aucun n’y était jamais retourné, tellement tout y était terne et plate, incluant les plages qui étaient surtout rocailleuses et pleines de crabes araignée.


2006060702.jpgLes héros de ce techno triller ? Irina Ivanovna Smirnof, 37 ans, ex-major du service de renseignement russe qui avait commencé sa carrière au KGB; Pat O’Reilly, 45 ans, ex-lieutenant-colonel des Marines devenu agent spécial au FBI, puis directeur régional de la CIA au Proche Orient; Nevil Peel, 39 ans, fils dégénéré dont le père, Sir Charles, était secrétaire au Foreign Office à Londres; Mario Laframboise, 41 ans, snoro de Laval qui avait étudié le HTML et le Java en faisant son temps au pénitencier fédéral de Donacona.

En juillet 1994, Ivanovna et O’Reilly tombent en amour dans une cave épeurante de Beyrouth. Écœurés de la civilisation, en tout cas de celle de leurs contemporains, ils décident d’abandonner cette vie qui n’a rien à voir avec les films de James Bond et de s’installer sur une île déserte pour vivre d’amour et d’eau fraîche. Ils fuient donc leurs collègues espions et, en attendant la planque ultime, trouvent refuge dans un trou sordide de la rue Saint-Hubert à Montréal, en haut d’un marchand de guenille au nord de Jean-Talon.

Or, en sortant du taxi qui les y mène, leur portière heurte un cycliste nerveux, Nevil Peel en cavale de chez lui, accross the ocean. Scotland Yard souhaite en effet le rencontrer relativement à une affaire de moralité le concernant. Laframboise qui, pour sa part, est en train de faire les poubelles de la rue en compagnie d’un chien obèse et hargneux, assiste à l’incident. Flairant des gogos à plumer, il entraîne les trois étrangers, l’un un peu sonné, les deux autres un peu perdus, dans un bar pour vieux situé à deux pas.

Cela permet à Irina de découvrir que le cycliste est le fils tordu de Sir Charles. Une heure plus tard, le malheureux Old Boy se retrouve attaché dans un lit souillé, en compagnie de personnages masqués olé olé (Irina et Mario) et d’un gros chien répugnant, tandis que O’Reilly prend de terribles photos. Celles-ci se retrouveront sur le bureau de Sir Charles, deux jours plus tard, avec la note suivante :

« Sir Charles, par contrat, pour une durée de 99 ans, vous confiez la gestion de votre archipel de Ouao-Ouao à un certain Monsieur Laframboise, citoyen honorable de Laval, et vous nous fournissez les moyens logistiques pour nous installer sur cette possession de Sa Majesté. Auquel cas, nous ne faisons pas publier ces photos dans le Daily Telegraph. Et si vous ajoutez un attirail de télécoms nous permettant d’accéder au Net par satellite, nous vous promettons d’amener Nevil avec nous et de nous assurer qu’il ne quitte jamais plus Ouao-Ouao. Mon bon Monsieur ! »

2006060703.jpgC’est ainsi qu’en 2001 débuta la petite colonie ouao-ouaoise (prononcer wo-waize). Les quartiers aménagés par Ivanovna et O’Reilly furent du genre à rendre jaloux Robinson Crusoë. Par contre, ceux de Laframboise furent très discutables; on aurait dit un dépotoir. Quant à Peel, il adopta très rapidement une colonie de singes dont un gros mâle qui partageait ses goûts.

2006060705.jpgPour s’occuper – Ivanovna et O’Reilly l’étant assez – Laframboise se mit aux choses du Net et, de fil en aiguille, eut l’idée du suffixe double zéro sept. Quelques photos de Nevil et de son singe eurent tôt fait de convaincre Sir Charles de grenouiller en haut lieu pour que l’on accorde le suffixe Internet .007 (Ouao-Ouao Seven) à l’archipel des sept îles anglaises.

2006060704.jpgAprès le déclin senti du dot.com (.com), le dot.Double O Seven (.007), commença ainsi son déferlement planétaire ! En des temps records, des milliers de petites boîtes kioutes, des millions de petits malins voulant se distancier de la masse des veaux, toutes les sections de la Mafia et des Hell’s, toutes les agences de renseignement, du Mossad à la GRC, tous les cabinets de chef d’état, tous les banquiers suisses, se précipitèrent pour acheter une adresse double zéro sept moyennant 250 $ US par année.

Vous imaginez le fric fou qui se mit à entrer sur Ouao-Ouao. Dès le premier trimestre, il fallut aménager une piste pour l’Airbus A320 postal, puis un aéroport pour les visiteurs en nombre croissant, une route pour que puisse se construire la Banque Royale, un Westin, des blocs de condos commerciaux pour hébergeurs spécialisés en porno, en casinos et en Spam, sans oublier quelques rues pour loger tous ces arrivants aux mines lourdement patibulaires.

2006060706.jpgCraignant l’arrivée imminente d’anciens collègues russes ou américains, le débarquement assuré de zélés du Open Source et un engouement touristique irrépressible, le couple d’ex-espions devenus amoureux opta pour la fuite. Aux dernières nouvelles, ils se seraient squattés en Gaspésie dans une des nombreuses maisons vides. Sans électricité ni électronique ! Quant à Laframboise, il se serait autoproclamé gouverneur général de l’île, directeur régional de Microsoft et directeur régional de la Banque Royale. Bref, il ferait du fric sans bon sens.

La morale ? Si la vie, l’aventure, le bonheur, la paix et l’amour n’ont le plus souvent rien à voir avec Internet et même en sont antagoniques, le fric, le business, le blanchiment et la magouille, eux, lui sont toujours redevables.

Comme quoi où il y a des humains, il y a de l’hommerie ! Vous voulez en savoir plus ? La senteur du gros fric mal lavé vous excite ? Écrivez-moi à nelson@dumais.007. Comptez sur moi, je vous répondrai !


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10 réflexions sur “Nous voici à l'ère du suffixe double zéro sept

  1. Hep, j’ai juste lu la moitié et je me suis fatigué de cette c…… pourquoi tu invente ces histoires M. Dumais??? Pas d’autre idée de cronique-blogue?

  2. Parce que je n’ai pas le temps, tous les jours, de vous préparer de gros pavés comme j’ai fait sur Vista ou sur le MacBook Pro. Les patrons de Technaute me paient pour que je vous écrive trois paragraphes quatre fois par semaine sur un sujet touchant la techno. Si j’en fais plus, parfois beaucoup plus, c’est que j’aime ça. Le problème, c’est que ça ne me paie pas plus. Or il me faut gagner ma vie, ce que je fais ailleurs et autrement. Voilà, vous savez tout de moi, maintenant.

  3. Ça me fait toujours un peu rire ce genre de commentaire…

    Vous savez, AU PIRE, si ça ne nous intéresse pas, on fait « back » sur le fureteur et on passe au suivant.

    La vie est déjà hyper-ultra-productivo-optimisée comme elle l’est, moi j’aime ça, de temps à autre, lire des petites histoires certes inutiles, mais loufoque et d’intérêt! Ça fait changement!

    Voilà, ça c’était mon opinion 🙂

  4. Lâche pas Nelson… ça fait du bien de « s’alléger la tête » desfois. Tu ne chômes pas du tout sur ce blogue, bien au contraire. Chapeau!

  5. Bonjour maître Nelson 😉

    Très bon synopsis pour un roman à la « Kurt Vonegut ».

    Je sais, c’est tout un compliment que je vous fait là…

    C’est que j’ai bien aimé votre petite histoire, une de vos meilleures élucubrations, soit dit en passant.

    Le plus drôle de l’histoire, c’est que le suffixe .oo7 n’existe même pas, les îles non plus d’ailleurs. Mais vous serez sans doute heureux d’apprendre qu’en fesant une recherche sur « Google » avec « Ouao-Ouao Seven » on arrive à la page de votre récente chronique.

    Pour ceux que le sujet intéresse, voici la liste officielle des noms de domaines par pays.

    http://www.iana.org/cctld/cctld-whois.htm

    Je l’ai toujours en quelque part dans mes favoris depuis 1996…

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