L'histoire édifiante de Tit-Guy Plourde

2006050401.jpgHier, j’ai minutieusement expliqué à un physiothérapeute de Trois-Rivières comment se constituer, chez lui, un réseau sans fil articulé autour d’un routeur-modem WiFi, de ses deux PC et du Mac de sa blonde avait qui il venait d’aménager. J’ignore s’il a suivi mes précieux conseils, mais cette conversation m’a profondément stressé; j’en suis même sorti avec un sentiment de culpabilité, celui de ne pas avoir abordé l’essentiel. Effectivement, ne connaissant pas ce monsieur, je n’ai pas osé lui servir la mise en garde relative aux dommages que pouvait causer au couple, la présence domestique d’un réseau informatique bien ficelé. Pourtant, j’avais parfaitement en mémoire cette histoire navrante dont la genèse remonte cinq ans en arrière, dans un bar visqueux du Plateau Mont-Royal.


Tit-Guy Plourde y sifflait tristement des bières, ni par vice, ni par solitude, ni par velléité de cruze. Seulement par haine de Ouinne-d’os, son chien (en fait celui de son ex), une erreur de la nature qui s’adonnait normalement à la défécation en plein trottoir, devant jamais moins de 78 passants réprobateurs.

2006050403.jpgLe gaillard avait pourtant commencé sa soirée dans le calme de son 4 1/2 rue Chambord, en traduisant tranquillement un communiqué de presse. Du Ozzy Osbourne l’enveloppait, renforçant sa concentration et l’empêchant d’entendre geindre la chose obèse qui frétillait près du paillasson. La justice me force ici de préciser que la sale bête, déjà handicapée par une capacité de rétention assez limitée, pleurnichait depuis quelques heures. Or, ce qui devait arriver arriva et ce fut sur ce rarissime bouquin technique que Plourde devait retourner à un client ronchonneur le lendemain par Purolator, un ouvrage précieux qui reposait par terre sur une enveloppe capitonnée prête à être adressée. Ouinne-d’os se soulagea donc en observant son maître de ses grands yeux langoureux. Avez-vous déjà dû nettoyer à la petite serviette humide, la tranche horriblement maculée d’un livre fort dispendieux qui ne vous appartient pas ?

Imaginez la rage de Tit-Guy qui décida dès lors de la perte du clébard. Ne pouvant aller l’abandonner sur la 640, puisqu’il n’avait pas d’auto, il attacha plutôt l’ineffable Rantanplan à un parcomètre en face d’un bar et y entra. C’est là, après trois heures de libations solitaires, qu’il rencontra Eulalie, une petite brune qui avait une tête à détester SQL Server, mais un châssis à nécessiter au minimum une GeForce Go 7900. Outre le fait d’être pigistes, tous deux avaient en commun celui de posséder un système informatique et celui de détester les chiens. Pour Tit-Guy, Eulalie était l’âme sœur. Mieux, une âme soeur qui se cherchait un logement dans le coin de la rue Chambord. Deux semaines plus tard, ils étaient colocs, deux mois plus tard, conjoints de faits, et deux ans plus tard, collègues sur un réseau domestique WiFi.

2006050405.jpgLes premiers mois furent merveilleux. La Pige avec un Grand A! Seule ombre au tableau, l’ordinateur d’Eulalie. C’était une aberration. Ça prenait rien qu’une fille pour s’être acheté un Mac. Pour tout dire, elle l’utilisait sans connaître la différence entre un câble FireWire et un cordon d’alimentation. Elle croyait que Word faisait partie du système d’exploitation. Elle était totalement incapable d’apprécier une ligne sudo get-apt bien torchée. Jamais elle n’avait connu la sensation qui surgit au redémarrage d’un système où on a changé la carte mère et le bloc d’alimentation. Bref, elle était à l’informatique ce qu’un trippeux de GarageBand est à la musique.

Lorsque, avec le temps, amour fut devenu tendresse et tendresse, partage, Eulalie entreprit de démontrer que l’informatique-pour-homme à la Regedit-MS-config, celle des bittes véhéments et des bytes macho, elle n’en avait rien à cliquer. Et comme pour bien se faire comprendre, elle entreprit de muscler son système: mise à niveau de processeur, overdose de RAM, gros disque ahurissant, scanneur ultra rapide, moniteur Cinema Display 22 pouces et j’en passe. Les seules fois où elle quittait son Mac, c’était pour aller au petit coin ou pour aller se coucher. Avec le temps, elle devint une Maczélée, ce qui fit que son teint magnifique devint blafard et son cul adorable, double lard.

2006050404.jpgDe son côté, Plourde décida comme il se devait, de relever l’honneur mâle. Il ne pouvait tout de même laisser une bonne femme et son Mac lui faire la barbe ! Son PC devint ainsi un dragster rutilant sur lequel il ne manquait que la queue de renard. Il fut le premier Montréalais à installer et standardiser une copie craquée de Windows XP 64 bits, à se servir d’un double Xeon pour faire du traitement de texte, à utiliser trois moniteurs ACL 19 pouces. Et j’en passe. Comme sa Dulcinée, il ne quittait guère plus sa machine. Avec le temps, il devint un petit gros à bedaine. Un petit gros à bedaine aux prises avec un chien déféqueur, devrais-je dire. Car depuis l’arrivée d’Eulalie, la misérable bête ne laissait plus Tit-Guy d’un pouce. Étant quelqu’un qui savait parler aux bêtes, Eulalie lui avait foutu une trouille terrible.

Tant et si bien, que le côté sud de l’appartement devint occupé par la jeune femme, son Mac, ses pompes et ses œuvres; le côté nord par le sieur Plourde, son PC, son paillasson et son chien débile. Le 4 1/2 n’était plus une résidence, mais un bureau partagé. Il y avait plus d’électronique dans ce deuxième de la rue Chambord que dans tout le Plateau confondu. Puisqu’il fallait travailler constamment les portes fermées pour cause de haut-parleurs connectés aux ordinateurs, il arrivait régulièrement au traducteur-pigiste de respirer la pestilence de son chien. Vous imaginez la vie ?

Pour régler leurs problèmes de communications, le couple se mit d’accord, un soir de pizza-Pepsi-frites-en-prime, sur l’utilisation du courriel pour le plus pressant et sur la mise en ligne d’un blogue pour le reste. C’est qu’après 22 heures, Madame ne lisait plus ses courriels et ne recommençait qu’à 9 heures, le matin suivant. Il fallait donc, passé ce couvre-feu, enbloguer les communications.

Par exemple : « Je suis parti soulager Ouinne-d’os au Parc. Ça ne devrait pas être long puisque je suis en train de finir la base de données de tes Châtelaine. Incidemment, sache que j’ai ta recette de poutine gaspésienne dans C: Domus Bouffe Risques OSSO.pdf. Soit que tu viennes la chercher par WiFi, soit que tu attendes que je te l’imprime. Bonne chance. Signé: Ton collègue de réseau. P.S. À vue de nez, tu as encore oublié de sortir les vidanges entre 17 et 18 heures. Pas fiable ton utilitaire d’emploi du temps! »

Je vous vois venir : vous voulez des détails croustillants sur leur vie sexuelle. Que croyez-vous qu’il arrive au lit quand un petit gros à bedaine refuse de baisser pavillon devant l’offensive cybernétique d’une petite brune à gros cul ? Pas grand chose. Microsoft n’a pas prévu d’interface. Ni Cupidon du reste ! Tant et si bien que l’indigence sexuelle devint proportionnelle à l’opulence informatique. Autrement dit, plus il entrait de bittes dans le foyer, moins celle de Tit-Guy en faisait autant dans celui de sa copine.

Un jour, en allant à l’entrée recevoir un colis (un scanneur pour cartes d’affaires), Eulalie commit l’erreur de laisser sa porte de bureau ouverte, antre nauséabond où les relents de poulet Kentucky alternaient avec les émanations de pizzas froides. Ouinne-d’os fut sans doute attiré par l’odeur d’un restant de sousmarin-steack-haché-oignons. Il pénétra subrepticement dans le Mac capharnaüm, bâfra le vieux Mikes, éprouva derechef une colique et s’accroupit illico sur la dernière version encellophanée de FinalCut Pro.

Inquiet – l’intuition – Tit-Guy se précipita et arriva juste à temps pour empêcher l’outrage. Lestement, il attrapa l’immonde cabot par les poils du dos et l’entraîna sur le balcon devant le regard horrifié d’Eulalie qui revenait son colis en main. La scène fut terrible.

– Fuck! Ton chien aurait pu salir mes choses.

– Il ne l’a pas fait.

– Il s’en est fallu de peu.

– Je l’en ai empêché.

– Ce n’est pas une vie, merde!

– C’est tout de même pas de ma faute, s’ti!

– J’en ai marre, marre, marre!

2006050402.jpgLe reste fut en crescendo. La méchanceté des petit-gros-chauve n’eut d’égale que celle des gros-cul-mal-lavé. Qui craqua en premier ? Je l’ignore. Chose certaine, elle propulsa son colis sur les moniteurs ACL de Ti-Guy dont un éclata, il lui balança au visage la boîte pas encore ouverte de Simply Accounting, elle riposta en lui assénant de grands coups de clavier sans fils Logitech, il contre-attaqua en lui sacrant sa LaserJet par terre et ainsi de suite. Une hécatombe suivit.

Quand il revint à lui, Plourde était en prison, accusé de tentative de meurtre, de violence conjugale et de saccage de propriété. Mais heureusement, Eulalie retira ses plaintes dès le lendemain et il fut libéré. Sauf qu’étant réputée victime, les assurances payèrent les dégâts de la jeune femme et elle put conserver le 4 ½ de Plourde.

Aujourd’hui, le pauvre gars est un petit gros, chauve, imbaisable et sans le sou qui traîne ses guêtres dans le Parc Lafontaine. Il n’a plus d’appartement, son proprio l’ayant expulsé, ni système informatique, Eulalie l’ayant annihilé, ni contrats, le Journal de Montréal lui ayant fignolé toute une réputation en page 3. Tout ce qu’il possède se résume en un chien grotesque qui lui colle aux basques, comme la misère sur le dos du pauvre monde. Quelle tristesse !

C’est le sens de cette histoire que j’aurais dû expliquer à mon physiothérapeute de Trois-Rivières. Il m’avait pourtant précisé avoir rencontré sa blonde dans un bar, une petite brune qui lui avait immédiatement parlé de son … Mac. Sauf que je ne l’ai pas fait. Je n’ai pas osé, de peur de m’immiscer. C’est pourquoi j’ai décidé de publier l’histoire de Tit-Guy Plourde ici même, en ce blogue. Ce faisant, mon monsieur pourra peut-être me lire et, auquel cas, s’enfuir tandis qu’il en est encore temps. Ainsi soit-il !


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