Dommages collatéraux …

2006033001.jpgDans la saga lamentable qui suit, je vais vous démontrer que contrairement à ce qui se passe dans la vraie vie, il n’y a jamais rien de grave en informatique et que tout finit toujours par se patcher, même si les dommages collatéraux peuvent être considérables. Mais pour mieux vous amuser, je vous laisse le soin de découvrir le nom du système d’exploitation dont il sera question. Il s’agit soit de Windows Server 2003, soit de Linux Red Hat 9, soit de Mac OS X Server, soit de Solaris 10. C’est un des quatre. Si vous croyez avoir la bonne réponse, faites-la moi connaître au bas de cette chronique en m’expliquant vos arguments. Bonne chance !


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2006033003.jpgPaul Lavertue roulait depuis les aurores avec son Kenworth W900 1994 (photo ci-contre), léviathan dans la force de l’âge qui remorquait un train routier plein de meubles destinés à un WalMart de la région de Québec. À travers le crachin et la noirceur de cette soirée de novembre, le quinquagénaire percevait les feux d’un Day & Ross plein de carton ondulé, lui-même dans le sillage d’un fardier arborant les couleurs de Sears. La radio country de Kingston lui rappela qu’il approchait d’une aire de services où il pourrait se restaurer et se taper un petit somme dans sa cabine. Dans une demi-heure tout au plus, sa longue journée serait terminée. Longue en effet. En trois jours, il avait accumulé plus de cinquante-sept heures de volant.

– Douze heures over, sti !

Métier de con qui lui valait parfois des réprimandes. Il se souvenait de ce voyage à Anaheim où il avait amené sa blonde et que ça s’était su. L’apocalypse lui était alors tombée sur la tête. Reste qu’il adorait ce métier, un travail qui lui permettait d’être un cowboy des temps modernes.

2006033002.jpgSoudain, le Day & Ross lui clignota un avertissement de danger et se mit à ralentir; quelque chose se passait en avant. Mais après une brève hésitation, il accéléra à nouveau, son moteur crachant dru dans les tuyaux d’échappement. Un animal ? Une voiture en panne ? Paul scruta l’accotement devant lui. Et ce faisant, il aperçut une silhouette qui agitait les bras, celle de quelqu’un qui semblait en difficulté à la pluie battante, au milieu de nulle part sur le bord de la 401. Merde !

En s’assurant que sa matraque était bien dans un des compartiments à la gauche de son siège, Paul entreprit de freiner et d’immobiliser son attelage. Dès lors, la silhouette se mit à courir en sa direction et s’agrippa à la portière de droite du camion dans l’espoir qu’elle s’ouvre. Prudemment, Paul abaissa la fenêtre. Après quelques échanges rapides, il s’avéra que le gaillard transi et grelottant était un québécois francophone que des autostoppeurs avaient menacé et expulsé de sa propre voiture. Il y a deux heures de cela. Depuis, il tentait de se faire secourir. En vain. Pays de sauvages !

– Moi j’ai pas le droit de t’embarquer, c’est défendu par mon boss et par les assurances. Mais je vais téléphoner à l’OPP (Police provinciale de l’Ontario) et ils vont venir te secourir.

– Non fais pas ça; je suis gelé ben dur et trempé jusqu’aux os. Emmène-moi plutôt jusqu’au prochain restaurant et je dirai à la Police que j’ai marché. Je te jure que je leur parlerai pas de toi. S’il te plait ! Je suis tellement gelé !

Il est vrai qu’il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors. En bon gars de la campagne, Paul avait toujours rendu service et cette consigne l’empêchant de secourir son prochain le contrariait. C’est connu, les règlements ne sont pas toujours intelligents. Beaucoup de lois sont idiotes.

– OK, monte, fit-il en déverrouillant la portière.

Il fallut compter un bon 25 minutes avant qu’apparaissent les enseignes de l’aire de services. Pendant tout ce temps, le gars, un petit binoclard portant un bouc et des anneaux dans le haut de ses oreilles, ne cessa de remercier Paul, de recommencer son histoire d’autostoppeurs bandits des grands chemins et de répéter qu’il avait sûrement attrapé son coup de mort.

– Tu vois le Burger King là ? Entre là-dedans et demande au staff d’appeler la police. Moi je vais aller me parquer là-bas. Fais comme si tu m’avais jamais vu. Bonne chance !

Aussitôt le Kenworth de Paul immobilisé devant le restaurant, le gars ouvrit la portière et, en remerciant une énième fois, tenta de sauter sur la chaussée. Sauf que son pied resta coincé et qu’il s’étala de tout son long, déchirant son pantalon aux genoux et s’ensanglantant les mains et le visage. Deux clients qui sortaient du Burger King vinrent l’aider et l’assistèrent jusqu’à l’intérieur de l’établissement. C’est ainsi que Paul se retrouva mêlé au rapport de police.

2006033004.jpgIl aurait pu être chanceux. L’enquête impliquant le vol d’une bagnole sur la 401 par deux autostoppeurs aurait pu ne jamais parvenir à son patron et l’histoire se serait bien terminée. Sauf que le gars que Paul avait dépanné, un certain Éric-André Boileau, intenta une poursuite au civil contre Paul et son patron. La chute en bas du camion lui aurait fait perdre deux semaines d’ouvrage, sans parler des vêtements déchirés et d’une certaine perte de jouissance de la vie. Bref, il réclamait 13 799 $ et 15 000 $ en dommages punitifs. En effet, a-t-on idée de laisser monter les gens dans un tel véhicule, sans les prévenir du danger potentiel ?

Pour la 4e fois depuis son embauche, Paul se faisait coincer dans une histoire de désobéissance quant à l’interdiction relative aux passagers. Imaginez le courroux du patron; c’en était trop ! Ce à quoi s’ajoutaient les douze heures excédentaires telles que rapportées par le «bavard» (dispositif qui enregistre les heures de conduite). Il frappa avec exemplarité et Paul fut congédié sans appel ! Comme il ne put se retrouver un travail en raison de son âge, il devint prestataire de l’aide sociale.

Quand, seize mois plus tard, il finit par se dénicher un boulot de livreur de Coq Rôti dans Laval, la déveine s’acharna. Durant sa troisième semaine de travail, la cause au civil fut finalement entendue et, fallait s’y attendre, il la perdit. Avec, comme cadeau de participation, des injures éructées par le juge ! « Douze heures de dépassement et, en plus avec un passager étranger aux us et coutumes particuliers aux camionneurs ! C’est à cause de criminels comme vous, Monsieur, que nos routes sont devenues de véritables champs de bataille ! »

Voilà pourquoi on lui saisit sa maison, un bungalow déglingué à moitié payé dans Sainte-Dorothée. Sans compter que le gérant du Coq Rôti le renvoya comme un malpropre en le traitant de tous les noms. Sur la rue, un chien aboya à son passage. Paul était foutu. Pour de bon. Il se mit à quêter au métro Square Victoria, sortie Saint-Antoine.

2006033005.jpgIl en était à sa deuxième semaine de manche, quand Éric-André Boileau sortit de la bouche habillé comme un représentant de Cisco. Apercevant l’ex-trucker, il s’arrêta et s’en approcha doucement.

– Je te dois une explication, fit-il.

– Décrisse, tu m’en as assez fait.

– Écoute. L’argent, ta maison, tout ça, j’en avais besoin pour vivre, j’étais quasiment en faillite. Viens, je t’offre un café.

– Jamais du saint bonyeu !

– Viens, je te dis.

2006033006.jpgLe froid et la faim étant plus fort que son orgueil, Paul suivit le jeune homme dans une gargotte à hot-dog un peu plus haut où on leur servit café et bouffe. C’est ainsi qu’il apprit que Boileau avait convaincu le PDG de la PME où il travaillait, une boîte d’import-export, de moderniser son système informatique. Par conviction personnelle, par fanatisme sectai
re, par militantisme évangélique, il avait recommandé de tout refaire autour de ###################, un système robuste (devinez lequel) qui ferait ronronner à l’unisson un réseau d’une centaine de postes de travail. On l’avait cru !

Or tout avait foiré. La totale ! Tellement que l’entreprise avait perdu la moitié de ses clients et avait été poursuivie par trois d’entre eux. Rapidement, elle avait dû embaucher des consultants chocs, des gorilles d’élite à 300 $ l’heure. Il avait fallu revenir en arrière et tout rebâtir. Résultat, Éric-André avait été viré et s’était retrouvé sans revenus dans un condo à 1600 $ par mois. Pire, quatre employés furibonds s’étaient emparé de sa personne et l’avaient jeté sur la 401, sans le sous et à la pluie battante, à trois heures de Montréal. C’est là que Paul l’avait recueilli pour son plus grand malheur.

2006033008.jpg2006033007.jpg– Fait que là, j’ai poursuivi mon employeur pour congédiement illégal.

– T’as un front de bœuf !

– La cause a mis un bon deux ans à être entendue. Finalement, ça été plaidé la semaine passée et, figure-toi donc, j’ai gagné. Ben oui, sacrament ! Gagné, je te dis. Ils sont obligés de me réintégrer avec arrérages de salaire et dédommagement.

– Ca a pas de maudit bon sens !

– J’ai fait la preuve qu’on m’avait pas embauché comme conseiller informatique, mais comme agent d’information et, qu’en ce sens, ils ne pouvaient pas me juger sur ma compétence en informatique, seulement sur celle en communication. Or, ils m’ont fait prendre des décisions en informatique, de méchantes grosses décisions, sans jamais valider auprès d’experts. De plus, le système d’exploitation étant ###################, c’était normal qu’on ait des problèmes, que ça chie…

– Facile à dire aujourd’hui !

– Écoute, merde, c’est comme ça l’informatique. Ça marche, ça chie, ça fait des dégâts, y a des dommages collatéraux…

– Sti !

– Fait que le juge a conclu que c’était de leur faute, pas de la mienne !

2006033009.jpgPaul sortit du casse-croûte l’air atterré et s’en retourna quêter. Ce qu’il fait depuis, en sans abri, sans plus jamais lever la tête. Quant à Boileau, on lui a acheté royalement son départ. Avec ce pactole, il s’est démarré son entreprise, laquelle est devenue un des plus gros revendeurs ###################au Canada. Et, ironiquement, son créneau d’excellence est devenu l’industrie du camionnage.

Édifiant, non ?


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18 réflexions sur “Dommages collatéraux …

  1. Désolé de dire ça mais votre histoire ressemble à la tonne d’histoires un peu limite que mon père passe son temps à me faire suivre par courriel. Des belles ‘tites leçons de vie parfaites pour ceux qui ont l’esprit simpliste et du temps à perdre. Dans le temps de Jésus, ça pognait les fables mais de nos jours…

  2. Je n’ai aucune difficulté à croire une telle histoire. Il est complètement illusoire de croire qu’on peut implanter ou convertir un système informatique sans heurt, peu importe la technologie choisie.

    Pis ce n’est pas nouveau de voir une PME prendre un de ces employés qui montre des connaissances en informatique comme un spécialiste dans le domaine. Ce n’est pas parce que quelqu’un sait comment mettre en réseau deux ordinateurs que ça en fait un spécialiste en réseautique! Or, il est très fréquent de voir ça dans les PME.

    La plupart des PME ont un comptable membre des C.A., plusieurs ont un ingénieur qui doit faire partie de l’Ordre mais engagent n’importe qui lorsque vient le temps d’investir dans leur système informatique.

  3. A 300$ de l’heure pour les spécialistes, c’est trop pour Microsoft et pas assez pour Solaris. De plus, les gens qui conseillent sans trop savoir, puisqu’ils ne font qu’écouter les comparaisons Linux Vs Microsoft louangent Linux pour sa dite sécurité (ce qui n’est pas faux). C’est même gens savent rarement que Apple fait une version serveur.

    Au risque de me tromper (c’est le but du jeu quoi) je dirai Linux.

  4. Ben, qui aurait cru?? 😛 J’en suis bouche bée. :-O

    Suis-je le seul ici qui croyait qu’encore une fois la cible était Linux?

    Nelson, là vraiment, vous m’étonnez. 😛 Disons que c’était facile de croire autrement, non? Comment savoir de toute facon, ca aurait bien pu être n’importe quel dans le fond, s’agit de choisir lequel on veut « blaster ». 😉

    David

  5. Yish…

    Ça prend toujours au moins 2 fois pour faire comprendre quand on écrit avec des sous-entendu hein… Comme si la fable se trouvait dans les ratés d’un déploiement informatique… Je n’ai aucun problème avec cette partie… Bien qu’on pourrait discuter longtemps sur la pertinence d’un jonc pour faire ce travail… Mais bon, là où je décroche, c’est lorsque ça déboule devant le tribunaux et jusque dans le métro… ça fait une histoire plus intéressante j’imagine mais, pour moi, c’est juste du crémage… le crémage cheap sur les gâteaux de noce…

  6. Fascinante tranche de vie… Mais allons au vif du sujet: Quel OS Éric-André a-t-il choisi? Seule la psychologie du personnage nous permet d’identifier l’OS en question… Or, les indices fournies pour motiver le choix sont « conviction personnelle, fanatisme sectaire et militantisme évangélique »… Hum… Ca exclue presque de facto Windows Server 2003, dont les adeptes se prêtent peu à ce genre de débordement affectifs… Mais le fait que ça n’a pas fonctionné exclue presque les 3 autres… difficile! Poussons plus loin… S’il avait été démontré avec certitude que la personnalité de Éric-André avait des caractéristiques narcissiques, on eût pu supputer un adepte du Mac! (joke!) Mais Éric-André ne semble pas narcissique outre mesure… Par contre, il est manifestement opportuniste – pour ne pas dire carrément à l’argent! Alors l’idée d’un OS gratuit serait du genre à lui plaire… De là, on peut extrapoler: Éric-André est « cheap », ce qui exclue Mac, bien entendu, et Solaris, parce que le « hardware » coûte un bras! Donc, j’en conclue que c’est RedHat9 (tadada!)

  7. Je doute fort qu’un agent d’information puissent penser a installer Red Hat ou Solaris. Et je doute fort aussi qu’il puisse se payer un condo a 1600$/mois. Primo si son salaire était aussi élever parce qu’il s’occupait du parc informatique, il mérite de se faire virer et deuxio, merde je me fais fourrer avec mon salaire de minable.

  8. Hé-hé. Une petite précision, surtout pour l’intervenant qui se nomme MAG. Les histoires à la noix que je vous écris de temps à autres (elles apparaissent toutes sous la rubrique « humour » dans la boîte « Catégories » en haut à droite de votre écran), sont complètement farfelues, sans aucune ressemblance avec la réalité et ne sont que le fruit de mon imagination. Leur but est de vous divertir, de vous tirer la pipe et de vous faire réagir. Point à la ligne. Elles n’ont aucune prétention moralisatrices ou évanglisatrices. C’est une technique d’écriture que je pratique depuis des années, un style amusant qui me convient. Voilà !

  9. … Et on aime ça, Nelson!! 🙂

    En tout cas, moi, j’aime ça. Elles ne sont pas si éloignées que ça de la réalité… je parle par expérience!

  10. J’ai de la misère a croire qu un gars en information tient une discussion sur les réseau avec un ex camionneur devenu clochard.

    On peut faire des dégats pour une organisation peut importe lequel des systeme cité si l’on sait pas ce que l’on fait ni pour quel fins. Si la compagnie avait des applications et autres niaserie qui tournaient sur windows et qu’on lui vende n’importe lequel des 3 autres systemes unixiens, il y a fort à parier qu’elle court à la catastrophe. C’est le scénario le plus plausible.

    Si le systeme était de saveur Unix ils aurait assez d’expertise dans les réseau pour retourner eux même vers le systeme de depart. Probablement qu’on leur a vanté les avantage de l’Open Source et qu’ils ont switcher vers Rehat (a moins que ca soit un mac fanatique qui ne jure que par mac 🙂 )

  11. Ha quel belle histoire, tu m en tire les larmes des yeux mon Nelson…
    La reponse est quand meme bien previsible et je seconde les autres en disant que tu parle de RH (Que je trouve moi meme tres, mais tres nul.)

    PS: aucun rapport avec le sujet, mais Nelson, nous concoteras tu un article sur la famille BSD pour station de travail (NDLR PCBSD et DesktopBSD) excluant les Darwins (MaC OS X)…?

    Un article sur le tres puissant firewall (PFSense http://www.pfsense.com) pourrait aussi etre tres utile a tes lecteurs qui veulent recycler une vielle machine (386, 486)….

    En tout cas, je reste sur ma faim en attendant un article de fond sur cette famille trop souvent mesestimer…

  12. peut-être … Linux comme pare-feu avec tous les outils gratuits pour les diagnostiques, Solaris sur Sun, à cause de la rapidité de son matériel et des bases de données (peut-être avec MySQL), MAC OSX sur MAC mini, pour tour les communications graphiques et les impressions publicitaires, Windows 98 a XP pour les plateformes utilisateurs (pas nécessaire de tout réapprendre) et Windows 2003 avec Exchange pour faciliter l’échange avec ses outils de collaboration …. héhéhéhé … finalement c’est de l’intégration … non ? ….

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