L'origine véridique du pingouin de Linux

2006032201.jpgCi-après, dans le seul but de faire rager aussi bien les exégètes inquisiteurs de la grande pompe microsoftienne, que les ayatollahs intransigeants de la révolution linuxienne, je vous propose une histoire édifiante impliquant Microsoft et l’Open Source. Sa première version fut publiée sur mon site perso sept ans avant que ne soit diffusé ce récent commercial télé où on voit une jeune femme vivre une cascade d’incidents en chaîne dont, malheureusement, j’ignore le commanditaire (aquarium qui éclate, incendie, etc.). Voici donc mon histoire dont le texte a légèrement été retouché en fonction des contraintes de Technaute. Si après sa lecture, vous étouffez de rage et d’indignation, n’écrivez pas à Gesca pour obtenir ma tête. Laissez-le moi plutôt savoir, j’ai à l’esprit quelques bons papiers pour taquiner (pas trop méchamment quand même) les croisés fondamentalistes du MacOS X…


…………………………..

Pour ses conférences, Gaston se présentait toujours cintré dans son complet beige, son seul, sa relique des temps de gloire, une guenille reprisée qui lui donnait l’allure d’un poète sans abris ou d’un pigiste crève de faim, pour parler en pléonasmes. Ses cheveux gris trop longs, ses maxillaires mal rasés, son visage bouffi par une mauvaise alimentation, ses dents grasses de café bon marché et de nicotine, son regard pitoyable, sans oublier l’horrible crochet terminant sa manche droite, ajoutaient à l’impression de misère. En le voyant grimper lourdement sur la scène, les auditoires frémissaient, cessaient leur babil, subodoraient les relents de malheur, se pétrifiaient dans leur fauteuil et attendaient les révélations.

Gaston ne racontait pas comment une enfance malheureuse l’avait amené à la drogue, à la prostitution, au vol et à la prison. Il ne présentait pas son enfer avant qu’il ne cesse de boire, de se piquer ou de fréquenter le Casino de Montréal. Il ne témoignait pas du jour où il avait rencontré Jésus au terme d’une vie dissolue. Rien de tout cela !

Lentement, il levait son bras droit et brandissait son crochet. « Cette chose, je la dois à Bill Gates ! » lançait-il dans un silence absolu. Le punch était tel que partout où Gaston amorçait ainsi, on pouvait entendre les mouches voler : dans les écoles, dans les salles paroissiales, dans les dîners du Club Richelieu et dans les salons informatiques régionaux. Partout. Les gens se faisaient alors raconter une histoire épouvantable où Microsoft se voyait quelque peu écorchée.

2006032202.jpgTout commence un beau jour de cette fin d’été 1998 où Gaston, journaliste informatique connu et respecté au Québec, entreprend d’installer Microsoft Plus 98 afin d’en tirer un article. Je rappelle à votre attention cette panoplie inutile de mauvais gugusses qui venait soi-disant compléter Windows 98. Tout semblait se passer normalement jusqu’au moment où elle entrait en action. Le PC (pas tous, mais la plupart) devenait alors de plus en plus lent et finissait par geler mort. Couic !

Voilà que ce matin-là, c’est précisément ce qui arrive à Gaston. Pouf ! Son système s’écrase. De profundis at te clamavit, Domino ! La seule façon de le réactiver est d’appuyer sur l’interrupteur situé sur le devant du PC, ce qu’il fait en maugréant. Or, au lieu de se relancer, l’ordi se met à griller. De par ses fissures, ses fentes, ses lecteurs, une fumée de plus en plus opaque se dégage. Arrrrhkkk ! Sans réfléchir, le malheureux scribe tente d’arracher le PC (format tourelle) de son socle. Mais l’appareil est tout empêtré dans la myriade de câbles qui y sont raccordés. Gaston a beau tirer, zigonner, rien n’y fait. « Astie de câlis ! » Ses gestes brusques ne font que mettre la pagaille sur son bureau et font culbuter une bouteille d’eau minérale qui déverse son contenu sur le plancher.

En panique, malgré la fumée qui semble gagner en intensité, il pose le PC, s’empare d’une paire de pinces toutes en métal, un outil vétuste hérité de son père. Vivement, il entreprend de couper les câbles les plus rébarbatifs, dont, pour son malheur, le cordon d’alimentation. Les pinces étant gâchées depuis des siècles, le fil électrique ne se retrouve que partiellement sectionné. Vous imaginez la scène ? Les pieds dans l’eau minérale, la main sur du métal en contact avec le courant, Gaston est secoué d’un étrange tremblement qui cesse seulement quand le disjoncteur du panneau électrique finit par sauter. La fumée désormais de couleur noire, est en train de rendre la pièce irrespirable. « Astie de câlis ! » Sans vraiment s’en rendre compte, Gaston propulse violemment le PC par la fenêtre qui se fracasse.

Or, il habitait un troisième ! Devinez où va choir l’ordinateur ? Dans le pare-brise d’une ambulance qui venait de cueillir un cardiaque trois rues plus loin. Tué net, le chauffeur n’est plus en mesure de contrôler son véhicule qui va faucher un poteau électrique, annihiler un abribus, détruire une auto garée et démolir la façade d’une bijouterie. Son collègue ambulancier décédera plus tard des suites de ses blessures.

2006032203jpgComme si le Lucifer lui-même avait coordonné les événements, le poteau s’abat sur le balcon du deuxième d’un triplex, en propulsant son transformateur dans le salon, ce qui déclenche un incendie qui dégénère rapidement en conflagration en raison des vents très forts. Le travail des pompiers n’en est que plus difficile malgré une alerte générale. Bilan: quarante-trois familles se retrouvent dans la rue (dont celle d’un animateur de ligne ouverte) et six sapeurs sont incommodés par la fumée.

L’abribus se défait en mille miettes en déchiquetant ses deux occupants, un couple de rentier dont le fils était substitut du procureur général au Palais de Justice de Montréal. Les décombres vont s’entremêler avec les restes de l’auto stationnée, une Lincoln Towncar 1998 toute équipée qui appartenait au jovial Giancarlo Risso, un malfrat écumant le secteur depuis toujours.

La bijouterie ? Au moment où l’ambulance y pénètre par la vitrine, l’établissement était la scène d’une tentative d’extorsion impliquant Risso et la femme du bijoutier. Tous deux meurent coincés entre le pare-chocs du véhicule et le comptoir des montres suisses. Trois ados qui passaient, ont le temps de pénétrer dans les ruines, de faire main basse sur des montres (et sur le sandwich que la bijoutière s’apprêtait à dévorer avant que Risso ne lui rende visite) et de s’enfuir. Ironiquement, le cardiaque passager de l’ambulance s’en tire sans une égratignure.

Hagard, tenant sa main brûlée, Gaston marchait à travers les ruines, la fumée, les gyrophares, les lances d’incendie, les officiels courant dans toutes les directions, le sang, les reporters télé, comme s’il se fut retrouvé en plein apocalypse, répétant sans arrêt à la manière d’un mantra « Astie de câlis de tabarnak ! Astie de câlis de tabarnak ! Astie de câlis de tabarnak ! ». Il ne vit pas ses voisins du deuxième, des rentiers qui le détestaient avec délectation depuis toujours, le pointer du doigt à des policiers et se laissa arrêter sans comprendre.

Non seulement fut-il amputé de l’avant-bras pour cause de gangrène, mais il fut reconnu criminellement responsable de la mort de six personnes et de la perpétration de dégâts évalués à plus de dix millions. Avec hargne, le substitut du procureur général nouvellement orphelin, réclama cinquante ans de réclusion (la crucifixion ayant été bannie du code pénal), le juge ne lui en accorda que cinq puisqu’il n’y avait pas apparence de préméditation. La Ville, Hydro, Bell, la STCUM, sept propriétaires d’immeubles et cinq successions poursuivirent Gaston au civil, mais ils n’eurent jamais un rond, le journaliste étant devenu insolvable.

La bonne nouvelle, Gaston n’eut à tirer que six mois, le système étant ainsi fait. On le libéra sous probation avec interdiction à tout jamais d’utiliser un ordinateur non inspecté par le Service des incendies de la Ville de Montréal. La mauvaise ? Étant réputé responsable de la mort de Giancarlo Risso (ce détail ayant été largement médiatisé par l’animateur de ligne ouverte sinistré), Gaston fut battu et sodomisé quotidiennement durant toute la durée se son emprisonnement. Tant et si bien, qu’à sa libération, il était devenu une loque humaine et dut être hospitalisé pour de graves problèmes d’anus. Pour le moins, il était matériellement, physiquement et moralement ruiné.

2006032204.jpgAprès quelques mois d’errance, il fut sauvé d’une mort certaine par deux militants montréalais de l’AllcoMi (Alliance du logiciel libre contre Microsoft) qui, promenant leur chien dans le parc Lafontaine par -24°, le reconnurent couché sur un banc dans un état hypothermique très avancé. Les braves linuxiens le ranimèrent, l’hébergèrent et le prirent en charge. Depuis, avec l’aide financière et logistique de l’organisme, Gaston raconte son histoire un peu partout au Québec, dans l’espoir que les gens cesseront d’utiliser les produits de Microsoft. Inutile de dire qu’il fait salle comble et qu’en giron Open Source, il est devenu une sorte d’étendard, sa condition de « manchot » ayant même été stylisée en une variété joviale de … pingouin.

Du côté de Microsoft, on est conscient de la situation et on semble ne pas en faire de cas. Sauf que, avons-nous appris de sources dignes de foi, on s’activerait secrètement à mettre au point un crochet IR (récepteur USB), avec mémoire flash intégrée, un crochet adapté à la condition de Gaston, qui pourrait agir comme souris laser. Les patrons de Microsoft lui offriraient cette prothèse dite Intelli-hook afin qu’il réintègre le bercail de la productivité positive et qu’il leur foute la paix. Mais en pointant fébrilement du moignon, l’ex-journaliste exigerait qu’ils ajoutent un statut officiel de MVP (avec diplôme laminé), un gros PC tout garni avec Windows XP Media Center Edition et un assortiment renouvelable de logiciels Microsoft. Tout cela, bien sûr, à l’insu des linuxiens.

Comme quoi en ce bas monde, tout le monde a son prix, surtout quand la technologie Microsoft coûte un bras.


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6 réflexions sur “L'origine véridique du pingouin de Linux

  1. Envoyer l’histoire à Réjean Tremblay derechef!!!! Il va bien en avoir pour 3 saisons! Vraiment, une histoire de fou!

    P.S. Ah oui, Vive MacOsX!

  2. Tordant! J’ai bien rigolé!!! Surtout que Windows98 (édition française) a été la dernière version de Windows que j’ai utilisée… En Février 2005, après moult « Astie de… », un minimum de 3 plantages par jour et la mélasse qui envahissait le PC, j’ai tenté une mise à niveau vers XP… Et là, au beau milieu de l’installation, paf! gelage complet… J’ai tout perdu, données et logiciels… (Il y a bien eu quelques « Astie de… » de plus, of course!) Or, ce même PC, achetê en 2000, est maintenant ressucitê! Depuis un an, il ronronne joyeusement sous RedHat – et je compte utiliser ce PC jusqu’à ce que mort s’en suive… Et je suis prêt à parier ma chemise que c’est le « hardware » qui va flancher en premier, pas le « software »! Vive le Pingouin!!!

  3. Marc,

    Règle à retenir: Ne jamais faire de mise à jour de Windows, encore moins quand le OS antérieur (Win98) n’est pas du même noyau (NT de WinXP)

  4. peut être cet accident est du par la suite d’une tentative d’instalation de linux puis on a tout chargé à Microsoft !!!!!!!!! Jalousie….

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