Mouvance rapide et irréversible

2006030701.jpgJe ne suis pas un philosophe, Dieu m’en préserve, mais un être humain dans son parcours, un humain avec les yeux grands ouverts, les oreilles en mode balayage et le tableau de bord tout allumé. Et je file à vitesse Grand V d’un émerveillement à l’autre. De celui du propos dactylographié qu’une équipe transforme en colonnes imprimées et que lit le badaud qui s’achète le journal, à celui du propos vidéonumérisé que je place sur un site et que le petit-fils du badaud télécharge dans son iPod. Belle carrière ! Parfois, le stress associé à cette magnifique mouvance m’étouffe tellement que je m’assoies devant ma vieille Selectric II d’IBM, une machine à écrire fabuleuse avec laquelle, en des temps antédiluviens, j’ai appris le métier, et que je me mets à taper un texte. Un texte qui ne verra jamais le jour puisque ma comète professionnelle est rendue à des années lumières plus loin, plus électronique, plus photonique. Mais ça me fait du bien. C’est bon de me relire sur une feuille morte née.


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De mon vivant professionnel, j’ai assisté à un fabuleux glissement, presque tectonique, celui de l’organisation de l’information. Le pouvoir a entrepris de glisser, suivant un mouvement de plus en plus marqué. Quand il a commencé à bouger, il était caractérisé par l’équation «Un vers tous». Je suis votre média. Voici mon équipe éditoriale, ma salle de presse, mes typographes, mes représentants commerciaux et mes camelots. Je vous informe sur ce que j’ai pu ou voulu noter et traiter. En ce jour d’aujourd’hui, le pouvoir croise au large d’une nouvelle équation, celle du «Tous vers tous». Je suis un de vos médias. Je suis une de vos innombrables sources éditoriales, une de vos salles de presse et, grâce au Web, je n’ai besoin ni de typographes, ni de représentants commerciaux (hum !), ni de camelot pour vous informer sur ce que j’ai pu ou voulu noter et traiter.

 l’heure où les médias traditionnels en arrachent (le tirage des quotidiens et les cotes d’écoute des grandes chaînes sont en baisse soutenue), les blogues foisonnent, la balladodiffusion déferle et l’image sauvage triomphe. Tout le monde peut, s’il le veut, s’il en a le talent, devenir blogueur, podcasteur, photographe, vidéaste, avec, par surcroît, un forum fréquenté et un réseau de contacts. Si les AOL, CNN, Yahoo!, BBC, CBC et autres gros porteurs ont aperçu la nouvelle piste et s’y sont engagés (grand bien leur fasse), elle est surtout, pour l’instant, fréquentée par une masse croissance et indescriptible d’anonymes, de «vous et moi» ayant «de quoi à dire» sur le Net, de «vous et moi» s’étant approprié les moyens pour le faire, sans avoir eu de permission à demander à personne, incluant le CRTC.

Il en découle une constellation hétéroclite (bordélique et anarchique) de blogues textuels ou multimédias (clips téléchargeables ou non). Or tous ne sont pas débiles, même si peu dépassent en qualité formelle, voire intellectuelle, ce qu’on trouvait naguère dans les journaux de collège ou dans les télé communautaires. Certains sont même essentiels, ne serait-ce que parce qu’ils me rassurent quotidiennement sur le fait que l’humanité dont je relève n’est pas foutue. En tout cas, j’y trouve très souvent l’information pointue que je cherchais. Et je la trouve parce que Google me l’a dit, ce qui est fondamental à l’équation du «Tous vers tous».

Si on pouvait prendre une photo (faire un freeze-frame) de la mouvance actuelle, du paradigme irréversible qui en découle, on verrait parfaitement bien que les gens consomment l’information qu’ils veulent, quand ils le veulent et comme ils l’entendent : vidéo, audio ou textuelle, dans un iPod, un cellulaire, un bloc-notes ou un Blackberry, assis dans le métro, dans leur salon, dans un resto ou en auto. On comprendrait qu’ils y consacrent autant d’heures que leurs pères le faisaient en 1970, pas plus, pas moins, sauf qu’ils le font ailleurs, autrement et, pour l’instant, gratuitement, dans un environnement où la pub est, touchons du bois, relativement absente.

2006030702.jpgBref, dans ce néo-merdier, les grands représentants du «Un vers tous» devront rapidement s’adapter. Car «le changement appelle l’adaptation», aime dire notre Jacques Languirand national et que «cesser de s’adapter c’est mourir». Or, à mon avis, ils le feront dès qu’ils comprendront vers quelle méga source de fric s’est engagée leur business; ce sont des gens qui savent compter. Pour vous donner une idée, la firme de recherche eMarketer estimait récemment que les revenus publicitaires générés par la balladodiffusion vidéo aux États-Unis atteindraient 640 M$US d’ici la fin de l’année alors qu’ils étaient de 225 M$US en 2005. Un pensez-y bien !

En attendant, vous allez m’excuser. Je dois maintenant retaper dans Word ce texte que je viens d’écrire sur ma Selectric II …


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Une réflexion sur “Mouvance rapide et irréversible

  1. « En attendant, vous allez m’excuser. Je dois maintenant retaper dans Word ce texte que je viens d’écrire sur ma Selectric II … »
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    Voyons Monsieur Dumais, nous sommes à l’ère électronique: digitalisez ce texte et passez le dans un logiciel de reconnaissance de caractère !

    J’vous en souhaite une très bonne. À+

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