L'histoire de Mister Big

2006030102.jpgEn ce bas monde, tout est possible, même l’invraisemblable. Une loi mathématique le démontre. À preuve, cette histoire véridique mettant en cause un certain Wellé Delacrosse, mieux connu au bar Les écorchés vifs sous le patronyme de Mister Big (il s’appelait en réalité William Archibald Stephenson-Delacrosse, sûrement Cross à l’origine). Personnage haut en couleur qui baragouinait à peine l’anglais malgré son nom, Wellé aimait bien tartiner les apparences. Ainsi, quand on lui demandait sa profession, il disait toujours conseiller en communications stratégiques (au lieu de rédacteur pigiste), apostolat qu’il prétendait exercer aux commandes de sa propre entreprise, le GrWaSdA (groasssdâ – Groupe William Archibald Stephenson Delacrosse & Associés).


Mais en y regardant de plus près, on découvrait que GrWaSdA n’était qu’une raison sociale donnant droit à l’abréviation enr. et que son président, un vendeur lavalois de CD piratés inscrit au BS, n’avait complété aucune déclaration d’impôts depuis 1995. Si on lui demandait une carte d’affaires, il répondait invariablement avoir oublié son porte-cartes dans son autre veston, puis, se frappant le front de la paume, ajoutait « dans le même maudit jacket où j’ai laissé mon cellulaire… »

Dans un débit de boisson, il aimait s’écrier, carte Diners Club platine au bout du bras: « C’est ma traite! » Sauf qu’il s’agissait d’une vieille carte expirée trouvée on ne sait où. Comment manœuvrait-il pour cacher ce détail ? Pour peu que l’on contestait sa volonté de payer, il baissait prestement pavillon. Sinon, il attendait innocemment que le serveur lui apprenne ne pas pouvoir accepter les Diners Club.

2006030101.jpgCôté sexuel, une fois par mois, généralement la journée du BS, il visitait une praticienne émérite de la rue Berri, quinquagénaire trop usée pour le service actif, mais encore acceptable pour le vice à rabais. Dans la relation que Wellé pouvait par la suite en faire, l’inénarrable mémé devenait une superbe nymphe savamment ramassée dans un Hilton.

– On est comme ça chez nous (il se prétendait d’une famille riche bien connue dans Charlevoix). On préfère avoir plusieurs femmes de temps en temps, qu’une seule femme tout le temps.

Quand Wellé disait en avoir ras le bol de la vie de restaurant, il fallait comprendre qu’il ne pouvait plus sentir la cuisine du Chinois de la rue Ontario, seul temple de la gastronomie correspondant à ses moyens. Faut-il ajouter qu’il ne changeait de bobettes et de chaussettes qu’une fois par semaine (le jour où il prenait son bain) et qu’entre temps, il se tartinait les régions glissantes au Irish Spring. Du moins, quand il y pensait.

Or voilà qu’un jour d’opulence-sur-le-bras, Wellé se fait renverser en traversant la rue Berri. Urgence Santé a beau tout remuer, il n’y a plus rien à faire. Le malheureux décède avant d’arriver à Saint-Luc. Il se voit ainsi attirer par un grand trou de lumière aux senteurs de lavandes, où il perçoit la plus douce des musiques et la plus agréable des chaleurs. De l’autre côté, une cohorte de beaux grands jeunes hommes blonds en jaquettes courtes l’attendent.

– Suis-je dans un sona gai ? se demande nerveusement Wellé.

– Nous sommes des anges, le rassure l’un d’entre eux. On est là pour t’amener à l’accueil, mon chou.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Wellé se retrouve devant un long comptoir où, de l’autre côté, un vieillard triture en bougonnant, les entrailles d’un CMS à partir de son poste client Linux.

– William Archibald Stephenson-Delacrosse, fait le bonhomme. Ouais, tout un dossier! Pas terrible, pas terrible, pas terrible p’en toute !

Instinctivement, Wellé fouille dans ses poches à la recherche de sa Diners Club. Mais il réalise alors être, lui aussi, en jaquette obscène.

– Je ne peux vous admettre avec un tel dossier, avertit le préposé. Je vais devoir consulter. Veuillez patienter quelques instants.

Clic-clic! Voilà le père taulier qui énerve son ordi et qui entre en conférence Skype avec Qui Vous Savez. Pendant ce temps, les beaux grands jeunes hommes blonds en jaquettes courtes se sont rapprochés. Wellé tire sur la sienne vers le bas, fait des sourires, recule et sifflote. Rien n’y fait. Les éphèbes se font de plus en plus présents. Notre Montréalais craint d’être sur le point de pouvoir vérifier la question du sexe des anges.

Mais à ce moment, le bonhomme lève la tête et déclare:

– Votre admission a été refusée, William Archibald Stephenson-Delacrosse. Soyez assuré que je le regrette sincèrement.

Wellé n’est pas certain de comprendre la situation.

– Admission pour quoi, demande-t-il. Je n’ai pas d’argent sur moi; mon porte-monnaie est dans mon autre veston avec mon cellulaire.

Le vieillard fronce les sourcils et lui dit:

– Vous êtes ici au Paradis, mon pauvre ami. Enfin, vous auriez pu l’être.

Après avoir tapé quelques mots sur son ordinateur, il regarde les beaux grands jeunes hommes blonds en jaquettes courtes.

– Mesdames, leur ordonne-t-il, faites votre office !

2006030104.jpgÀ ces mots, Wellé est empoigné, roulé comme une baudruche et lancé à bout de bras d’anges. Il se sent entraîné vers une pente très rapide où, plus il dégringole, plus la chaleur est vive et l’air irrespirable. Trois millisecondes s’écoulent à peine avant qu’il se retrouve dans un cloaque pestilentiel où des Hell’s Angel, anciennement de Sorel, l’accueillent, le rouent de coups et le jettent au pied d’un immense rouquin aux pieds de bouc.

– Wellé Delacrosse, tonitrue le géant, un méchant nom ! J’ai consulté ton dossier, en tout cas, j’ai pris connaissance de ce que les gens d’en Haut ont bien voulu m’en dire.

L’enfer bénéficiait d’un extranet VPN qui accédait directement au site du Paradis, grâce à des équipements semblables à ceux que Cisco et Nortel installent présentement en Chine pour rendre bien étanche la cyber muraille…

– Si je comprends bien, t’as passé ta vie à bullshiter tout le monde tout le temps.

123 démons aux dossards de motards, des obèses patibulaires qui traînaient autour, éructèrent en même temps d’un rire aussi scabreux qu’insoutenable.

– Tu portes vraiment ton nom, De-la-crosse. Tellement, que je veux rien savoir de toi ici.

Wellé est livide. Être refusé en enfer, fallait le faire !

– Pour ta punition, gronde le Mom cornu, tu vas être retourné sur la terre où tu travailleras en marketing dans le monde de l’informatique.

À ces mots, les Hell’s se mettent à hurler de rire. Tellement que plusieurs doivent se repoudrer les narines.

– En marketing ? glapit Wellé.

Le géant s’esclaffe aussi bruyamment que ses sbires.

– C’est ça, le marketing ! Tu vas être dans ton élément, le cave ! Envouaye, mon asti de trou d’cul, décâlisse !

Le monstre s’empare alors d’une sorte de boule de feu et la lance au pauvre recalé qui, pffouff, disparaît aussitôt.

Quand il revient à lui, il est assis sur le bord d’un lit d’urgence à Saint-Luc. Trois gaillards en veston-cravate-cellulaire l’observent.

– Ça va, Will ?

Notre héros se tâte un peu partout et opine du chef.

– Ouais, s’étire-t-il. Vous êtes qui, vous autres ?

2006030103.jpgInterloqués, les types se regardent et le plus jeune, subodorant le choc ou l’effet post-traumatique, répond:

– Voyons patron, vous nous connaissez, nous sommes vos chefs de produit pour Windows Vista !

Ainsi, c’était donc vrai. Wellé n’avait pas rêvé. Oh misère !

Il ramasse ses effets personnels, quitte Saint-Luc et s’engouffre dans une Mercedes aux vitres teintées. Sur le siège, une manchette de La Presse attire son attention. « Microsoft Corp. désigne un montréalais comme responsable international des ventes de Windows Vista ». Bigre !

Depuis ce jour, plus aucun habitué du bar Les écorchés vifs n’ont revu leur bon vieux Mister Big. Et l’ancienne fleur de macadam de la rue Berri n’a jamais revu son fidèle client elle non plus. Idem pour le Chinois de la rue Ontario, il a lui aussi fait son deuil de W
ellé. Par contre, il semblerait que contrairement aux ventes de bobettes et de chaussettes, la carte Diners Club connaisse un solide regain de popularité dans la région de Redmond (état de Washington). Quant à Windows Vista, bien qu’encore en état beta, il constituerait le meilleur système d’exploitation « jamais fabriqué au monde, pis fuck Linux, ‘sti ! « .

C’est Wellé qui me l’a garanti et qui me permet de vous le répéter ici ! Voilà donc bien la preuve que tout est possible en ce bas monde.

(Adaptation de la version initiale, après que je me sois octroyé mes propres droits …)


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7 réflexions sur “L'histoire de Mister Big

  1. Je ne suis pas d’accord. Il est vrai que si l’on s’en tient à une lecture de premier niveau, ce n’est pas jojo, mais il y a beaucoup plus dans ce texte.

  2. Mouahaha… du Nelson a son meilleur! J’adore le format parabole adopté par notre bloguiste… l’imagination fertile au service de la technologie et ma foi, le tout dans un format divertissant. 😉

  3. L’histoire est pas mauvaise en soit, quoi que la fin anti-linuxienne fait dur.
    Certe elle est représentative et non surprenante de notre ami Nelson qui aime bien fourniqué et vanter les bienfaits de Bill et son équipes de tordus…

    Serieux Nelson belle histoire, mais tes partis-pris me souâle…

    Ce que tu serais bon si tu sortait du côté-obscure et laissait tombé les chèques de paie de Redmond.

  4. Ce que tu as oublié de dire, Nelson, c’est que les 3 prédécesseurs de Wellé (9X,NT et XP) sont présentement aphones à tenter, sans succès, d’attirer l’attention d’en haut ou d’en bas, pendant qu’ils tourbillonnent sans fin, oubliés dans les limbes…

  5. Oh Said_az,
    Vous me demandez de laisser tomber les chèques de paie de Redmond, ce qui revient à me traiter de malhonnête, de visage à deux faces, bref, de crosseur.
    En prime, vous m’accusez de « fourniquer ». Je conçois que je puisse « fourrer » ou que je puisse « forniquer », mais pas les deux en contraction dans un même mot. De toute façon, quand je m’envoie en l’air, c’est avec ma Dulcinée et non pas avec des industriels soi-disant tordus.
    J’imagine que votre sectarisme anti-Microsoft vous a aveuglé au point de perdre toute contenance, mais que, dans le fonds, vous êtes quand même une bonne personne.

  6. Cher M Nelson,

    Ceci n’était un attaque en règle mais plutot un comentaire satirique.
    Je sais rendre a César ce qui lui appartient.
    Quand vous pondez des blogs sur des produits comme Gallery2, je ne suis pas à l’assaut afin de pourfendre vos dires. Par contre dans ce texte ci haut, la conclusion trop prévisible, ma laissé un amer gout en bouche.
    Vous comprendrez que je n’essaie pas de « bitcher » votre blog, si c’était vraiment le cas, je ne perderais pas une minutes a lire vore articles. Ce qui me dégoute de votre talent journalistique, c’est bien votre impartialité.

    A quand avez vous essayez des produits comme Pfsense (Pfsense.com), a quand va ton vous entendre parler des PCBSD (PCBSD.com), de Freebsd et ces amis de la solide et inviolable fammile BSD….

    Y en a un peu marre a lire que des trucs non-objectif sur des produits dont vous annoncé fièrement dans votre bannière ci-haut.

    Bonne journée.

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