Et la gestion de la qualité, bordel ?

2006022101.jpgJ’aimerais vous faire part d’un petit quelque chose que j’ai entendu vendredi dernier, que je me suis fait répéter et expliquer et qui m’est resté à travers de la gorge. C’était à la Boule de Cristal, une conférence annuelle qu’organise le Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM) depuis trois ans. Un des conférenciers, le professeur Alain Abran (il dirige le Laboratoire de recherche en génie logiciel de l’École de technologie supérieure, l’ETS), a parlé de gestion de qualité en génie logiciel, ce que son statut d’expert reconnu mondialement lui permettait de faire. Mais comme il l’a fait en des termes compréhensibles pour le commun des mortels et pour les journalistes, je me suis retrouvé avec ce motton que, depuis, je me sens au fond de l’estomac.

2006022104.jpgPour tout dire, M. Abran a parlé de l’Inde, un pays qu’il connaît bien et où le nombre de PhD dépasserait celui des diplômés du secondaire au Canada (l’image est de moi !!!). Plusieurs de ces docteurs sont des experts en génie logiciel, des gens qui, au lieu de taper du code ou s’adonner aux joies sulfureuses du marketing, observent les processus, examinent les étapes, voient aux améliorations, soupèsent la qualité, analysent les résultats, bref, font en sorte que l’on travaille de mieux en mieux, que l’on obtienne des produits dont la qualité est en amélioration constante et que les temps de développement arrivent à être réduits.

On parle de méthodologie d’évaluation des nouvelles technologies , de leur stratégie de déploiement, de la gestion de leur déploiement, de la récolte des bénéfices qui en résultent, des leçons apprises tout au long du processus et, enfin, de la boucle de rétroaction. On parle donc de quelque chose qui ne s’achète pas, qui est expliqué gratuitement sur de nombreux sites Web, dont celui de l’ETS, qui est documenté sous toutes les coutures (ce sont les normes ISO et IEEE en génie logiciel). On parle du modèle d’évaluation et d’amélioration le plus connu au monde, le SMMI (Capability Maturity Model Integration) du Software Engineering Institute (Carnegie-Mellon University).

2006022103.jpgCette approche qui requiert un investissement à long terme (c’est-à-dire le bichonnage, le perfectionnement, la bonification et la valorisation de son personnel) débouche sur une classification en cinq niveaux, le cinquième étant le plus élevé. Aux USA et au Canada, explique M. Abran, chiffres en main, les deux tiers des entreprises oscillent entre les niveaux 2 et 3 et seulement 15 % ont atteint le nirvana du cinquième plateau.

2006022102.jpgIl en est tout autrement en Inde où le premier facteur de compétitivité n’est pas la réduction des coûts (pour plaire aux actionnaires nord-américains), mais la gestion de la qualité. En fait, 50% des entreprises au monde qui ont été certifiées de niveau cinq sont au pays du Taj Mahal. L’objectif de la NASSCOM (National Association of Software and Service Companies), le chapeau industriel indien, est de faire reconnaître cette excellence partout au monde pour créer une image de marque incontournable. Or, elle est en train d’y parvenir; on voudra bientôt impartir son développement logiciel en Inde non pas pour économiser, mais pour s’assurer d’une qualité exceptionnelle.

Qui plus est, les fils et filles de Gandhi se dépêchent. Ils savent très bien qu’ils ne sont pas les seuls à avoir tout misé sur la question de la qualité. Ils sentent le souffle des Chinois, des Brésiliens ou des Mexicains sur leurs mollets. Ils savent que le temps leur est compté.

Ce qui est navrant, ce qui, en fait, me cause mon motton, c’est qu’en comparaison, nous n’avons ici au Québec, qu’une firme de niveau cinq. Il s’agit de la filiale d’une multinationale dont, justement, un des centres établis en Inde est de niveau cinq. En 2006, au pays du Stade Olympique, on continue de déployer des énergies folles pour se hisser du niveau deux au niveau trois. C’est le professeur Abran qui l’affirme.

2006022105.jpgPourtant, les ressources y abondent. Mentionnons le Secrétariat international ISO en génie logiciel qu’héberge l’ETS, le Centre de tests de logiciels du CRIM, ainsi que les différents laboratoires de recherche en génie logiciel dans les universités québécoises. Il se développe des normes ISO à Montréal (p. ex. la mesure COSMIC-FFP – ISO 19761 pour le contrôle des projets), des normes qui servent aux Japonais, aux Hindous, aux Allemands ou aux Australiens, mais que les Québécois ignorent.

Le pire, soutient le professeur, c’est que rien ne semble vouloir changer. Personne n’allume. Tout le monde l’applaudit le bon Monsieur Abran, mais personne ne l’entend. Pas plus les entrepreneurs que les politiciens.

Inquiétant, non ?

PS- Les Indes, ça fait partie du Tiers-monde, non ?


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10 réflexions sur “Et la gestion de la qualité, bordel ?

  1. Moi ce qui me donne le motton c’est en premier lieu tout les termes IEEE, ISO et autres termes que les scientifiques peuvent donner à des choses si simple, tandis que la source du problème est clair les ÉCOLES, CEGEP ET UNIVERSITÉ nous forme des programmeurs qui ne connaissent plus la base de la programmation. Ils se servent et étudie sur des outils (interface graphique) de notre très cher « Bill » et n’étudient plus les bases de la programmation.

    ASSEMBLEUR, REGISTRE, STACK, PUSH ET POP sont rendu des sujets qui pourrait être reliés au cours d’histoire plutôt qu’un cours d’une heure pendant la journée porte ouverte des étudiants !

    Je me souviens qu’a l’âge de 13 ans j’ai reçu mon premier « »PC »» un VIC-20, 4k de mémoire et soyez en convaincu qu’il fallait en faire des pirouettes pour pouvoir faire un jeux ou un formulaire avec 4K.

    Mais, maintenant quand je conçois un logiciel ou toutes autres programmations je suis très vigilant sur la façon dont les sources sont écrites, le niveau de programmation à utiliser et bien sûr le plus compacte possible. Ce qui nous donnes des logiciels plus performants et robustes que si vous les avez développer avec Acces ou tout autres 4ièm Génération fournis par notre petit « Bill » et tout cela pour conserver les meilleurs trucs dans sa poche !

    Un programmeur Windows, inquiétant, non ?

  2. Je travail présentement pour une compagnie qui est de niveau 2. Pour monter de niveau, ça prend beaucoup d’argent. Nommez s’en des compagnie de développement qui détiennent un département de « Configuration Management » au Québec!

  3. La qualité en Inde? Parlez-en à ma conjointe!! Elle va vous rire en pleine face!

    Elle a travaillé sur un projet de migration de système avec une compagnie établie en Inde. Le code livré était truffé de bogues, les Indiens mettaient des semaines à les corriger alors que les programmeurs québécois de la place le faisaient en 3 jours!

    C’est ça la qualité indienne?

  4. Je crois que toute cette structure de niveaux et de standards de qualité part d’une bonne idée mais qu’elle donne rarement les résultats qu’elle devrait donner. La comptabilité et les vérifications partent aussi d’une bonne idée… ça n’a pas empêché Enron et tous les autres…

    De là, il n’y a qu’un pas pour dire qu’être niveau 2 ou niveau 4, c’est juste une question de montrer les bons documents et agir de la bonne façon pendant quelques jours tout en cachant la réalité de ce qui se passe vraiment dans la compagnie le reste de l’année… Je n’irai certainement pas jusqu’à dire que l’Asie est le centre mondial de la contrefaçon… ça serait vraiment trop facile, non?

  5. Ce qui est le plus triste de tous ces commentaires, c’est le faible niveau de la langue utilisée pour les rédiger. Mes prof d’autrefois nous répétaient que la langue est non seulement un outil de communication, mais d’abord un outil de réflexion, de structure de la pensée.

    Or si la programmation informatique dépend de quelque chose, ce quelque chose est la structure formelle. Un algorithme ne fonctionnera pas bien si on n’est pas capable d’en formuler les règles clairement, ce qui n’est possible que si la pensée est claire!

    Programmeurs, retournez apprendre la grammaire française!

  6. Qualité demande TEMPS;
    TEMPS n’a pas été vendu par le commercial;
    le programmeur n’a pas trop appris a tester fiablement;
    En Inde, leur force c’est le nombre:
    ils vous placent 30 tappes-touches pour réaliser
    du code-spagetthis; De plus, il est nécessaire
    de tjrs bien surveiller ces braves gens qui ont
    une toute autre vision des choses que nous…

  7. En effet, de plus, dans mon expérience, souvent le temps pour faire un projet est dicté par une personne n’ayant que des connaissances en gestion. Aucune en programmation. Selon lui, ça se fait en criant ciseau. Donc, pas le temps de planifier et de mettre sur papier. De plus, les formations uml et autres sont trop dispendieuses pour plusieurs firmes … donc, c’est faire plaisir au patron, tu fais qqch en 4 mois (spaghetti) au lieu de le faire bien en 6 – 8 mois …

    Faut revoir les bases du système … De plus, je suis totalement d’accord qu’à la base, il faut avoir peur des programmeurs windows mfc. De la grosse JUNK! J’ai vu des « programmeurs » VB et j’avais peur en voyant leur codes! 25 – 30 variables globales. Des variables locales nommées comme une variable globale. Aucun module, bouark!

    Vive borland qui respectent les standard ansi. vive l’assembleur!

  8. J R,

    Development of cognitive abilities related to language have nothing to do with french. You can do it in any other language. I agree with you, though, that language is one of the essential steps to reaching structural thinking but you definitely show your age by refereing to the good old days where teachers were more demanding and students were more… studious…

    How about just stating that the first and foremost value that should be given to youngsters is that when you do something, you should do it well? This way, you wouldn’t have to go back to the mecanic three times for the same problem because he’s an incomptent (but he has to make a living… a poor excuse), food in the restaurant would almost always be tasty, teachers would teach well and students would learn accordingly. Every part of life would be better because people would care about what they are doing and that includes writing properly when you decide to write something for other people to read… which is just a sign of respect. And this has nothing to do with the fact that you had your education in the ’50s, ’60s or in 50 years from now. But it seems to be a fact of life that eveything was always better when we were young. I experince it myself, even being under 30.

    Now, since we’re not living in this perfect world where everybody cares about doing well what they are doing (and probably never will), learn to cope J R. Or if you wanna find this forum not so bad on the syntactic level, I encourage you to go read some of the messages on http://www.rds.ca or some of the critics on http://www.cinemamontreal.com and come back here. You might be less offended next time, even if it’s out of sheer hardening…

  9. La qualité, c’est comme n’importe quel livrable : le résultat final (le niveau de qualité, en l’occurence) est un compromis négocié sur la base des ressources disponibles. La gestion de la qualité, c’est une chose sur papier (ou à l’université) et c’en est une autre sur le plancher d’une entreprise. La plupart du temps, les gestionnaires de projet sont des gens très pragmatiques.

    Et je suis un peu d’accord avec MAG pour dire que l’obtention d’une certification n’est pas nécessairement gage de qualité. Du moment que le dossier est bien monté…

    Commentaire non relié : monsieur Dumais, je suppose que vous connaissez la différence entre Indien et hindou(iste), et que l’emploi du terme « Hindous », vers la fin de votre billet, n’est qu’un raccourci malheureux que vous allez vous empresser de corriger?… 😉

  10. A mon avis, il y a deux raisons principales au fait que la qualité des logiciels est en déclin.

    D’une manière générale, la qualité est devenue accessoire dans la vie. Il suffit de voir la qualité de l’écrit ou du parler. Si vous avez fait rénover votre maison récemment, vous avez sûrement du surveiller et vérifier le travail. Je ne veux pas généraliser, mais le plus souvent c’est ça la réalité. On oublie le long terme et on focalise juste sur le livrable. Ce n’est pas forcement une question de temps mais de tempérament le plus souvent.

    D’autre part, dans la majorité des compagnies (au Québec) on ne trouve pas de personnes spécialisées dans les processus de développement ou dans l’ingénierie logicielle. Intégrer des tests unitaires avec des outils automatisés (nUNIT) est même considéré comme de la perte de temps parce que il n’y a pas une ressource qui a l’autorité nécessaire pour affirmer que de tel ou tel processus de développement est applicable ou non à un projet. Bien des gestionnaires de projets ne connaissent pas « Extreme Programming » ou « RUP » même de nom.

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