Prendre son pied à couvrir les Macworld

illustration2006010901.gifJe vais vous expliquer pourquoi j’aime couvrir les Macworld, ces salons annuels où Apple et ses partenaires nous présentent leurs derniers crus. C’est que le monde du Mac est un univers en soi. C’est un monde étanche qui se suffit (avec un petit peu de Microsoft ici et là…) et qui tolère, non sans parfois manifester de l’agacement, toute cette soi-disant misère Windows qui l’entoure et l’assiège. Sans ne pas toujours savoir pourquoi, on s’y considère un peu comme étant des bénis de Dieu ayant été frappés par la grâce, à tout le moins des veinards ayant eu l’extrême bonheur d’être mis en situation d’acheter un Mac.

C’est un credo que les croyants en l’œuvre de Steve Jobs (le très charismatique PDG d’Apple … et de Pixcom) manifestent parfois avec ostentation ou avec l’arrogance du p’tit sacrament qui a tout compris. Mais, généralement, ils n’en ont rien à foutre de cette chianlie hétéroclite. Ils font leur affaire sans broncher et ignorent tous ces veaux qui tapent dans des machines Windows. J’en sais quelque chose pour avoir couvert des salons MacWorld armé de portatifs HP, IBM ou Compaq (en fait, on m’a davantage bitché dans des salons PC où je traînais un Mac portatif… voir photo ci-après)

illustration2006010904.gifLes mac-élus ont un même sentiment d’appartenance, une sorte de franc-maçonnerie tributaire d’arcanes remontant à la nuit des temps. Ne vous attendez toutefois pas à ce que ces deux types qui s’échangent des grimaces ou des signes de doigts dans un stationnement de centre commercial soient deux utilisateurs de Mac. Attendez-vous plutôt au discret sourire d’initiés que se feront deux employés pour signifier qu’à la maison, au moins, l’ordi est un Mac.

Les fidèles de cette église californienne se contenteront normalement de hocher la tête en signe d’incompréhension quand ils verront leurs frères PCistes craindre les virus et les prises de contrôle à distance, de même qu’ils se tourneront la langue sept fois quand ils les retrouveront consternés devant la énième sournoiserie de Windows. Et ils seront à peine méchants quand ils entendront quelqu’un se plaindre des retards de Windows Vista. Ils n’en ont rien à cirer, je vous dis. Ils ont cessé d’être des évangélistes critiques, des porteurs de mission sacrée.

Ça, c’était dans les premiers temps du Mac, quelque part entre 1984 et 88. Toute une époque ! Face au DOS, une sorte de Unix lite, pas trop sexy qui était omniprésent et qui détenait un nihil obstat d’IBM, Steve Jobs venait en effet de proposer un système à interface graphique très semblable à celui qui l’avait fait tomber en bas de sa chaise chez Xerox, au Palo Alto Research Center. Le lancement fut fait au Super Bowl de janvier, il y a 22 ans de cela. Jusque-là, la marque Apple avait principalement été connue comme étant l’étiquette des disques que produisaient les Beatles. Désormais, elle serait d’abord et avant tout, synonyme d’une culture informatique marginale. Tant pis pour les Fab Four !

illustration2006010902.gifÀ l’été, à des milliers de kilomètres de là, j’étais atteint, boum, et je courrais m’acheter un des premiers Mac jamais vendus à Rimouski (photo ci-contre). Deux ans plus tard, sous le manteau, comme un contrebandier, en évitant les ascenseurs et les passages très fréquentés, j’introduisais le premier Mac dans l’histoire du groupe de presse qui m’employait (Les Affaires). C’était un Fat Mac (512 Ko de RAM) d’occasion avec une grosse égratignure sur le côté. Dois-je préciser qu’à mon plus grand ravissement, il y eut contagion.

illustration2006010903.gifPuis, durant les années 90, il se passa essentiellement deux phénomènes. D’abord, Apple se mit à fabriquer un nombre record de très mauvaises machines (j’ai souvenance de mon MacIIvx – photo ci-contre – , une des pires merdes jamais fabriquées), sans parler des bides (vous vous rappelez le Newton ?) et des mauvais logiciels (j’ai encore quelques Claris chez moi). À un point tel, qu’Apple frôla la faillite. N’eut été de Bill Gates qui injecta l’argent d’épicerie et de Steve Jobs qui revint après 11 ans d’exil, Apple disparaissait. Comme Atari, Comodore et d’autres l’avaient fait.

En même temps, Windows devint un véritable système d’exploitation (Win95, 98, NT, ME, 2000 et XP), un système en progression constante côté robustesse, un système de mieux en mieux conçu et de plus en plus convivial malgré tout ce dont je peux en penser. Étant devenu un utilisateur quotidien de PC (sans pour autant cesser d’utiliser un Mac) dès le lancement de Windows for Workgroup (3.11) en 1992, je ne me fis pas prier pour me garnir de PC de plus en plus robuste.

Aujourd’hui, les citoyens du monde Mac ne sont plus prosélytes, même s’ils vivent dans une culture qui leur confère, autant que dans mon temps, une certaine marginalité non-combattante. Si vous leur demandez pourquoi, ils vous répondront invariablement que le Mac est une plate-forme supérieure (ils ont souvent raison, côté design, léchage et rendement, un Mac peut être très impressionnant) et que Windoze est du caca de pingouin (je vais réserver mes commentaires). Aucun d’eux ne saura pourquoi il subsiste mondialement, une religion Mac très dynamique, une communauté dont ils font partie.

illustration2006010905.gifDe tous ces jeunes à l’exubérance presque fanatique que je vais côtoyer demain matin au salon Macworld, de tous ces bloggeurs fous du Mac que je verrai applaudir devant les grosses plogues marketing de Steve Jobs, de tous ces meneurs de claque venus de partout pour participer à la grand messe Apple, la plupart n’ont pas vécu la grande noirceur du sinistre DOS. Ils ne peuvent ainsi comprendre le sens de la révolution Mac dont la principale conséquence aura été la venue de Windows et l’accès universel (même pour toi, Matante) à la microinformatique. Avec tout ce que cela implique sur nos sociétés : plus on en achète, plus on en fabrique, moins c’est cher, plus on fait des trucs, plus on change nos habitudes de vie, etc. Pour trouver mieux que ça, il faut regarder du côté de Fidel qui a réussi à former un médecin par 120 quelque habitants de son île.

C’est quand même pas si mal ! En cliquant de MacOS X en WinXP, en passant par des trucs comme Xandros, je vais finir par croire que Steve Jobs, pourtant de plus en plus associé au iPod, à iTunes et au Apple Music Store (ce qui est une autre histoire que l’on peut qualifier, elle aussi, de révolutionnaire), a vraiment changé le monde. Hum !

PS- Vous savez quoi ? Je suis en train de vous écrire ce texte dans Microsoft Word, depuis mon siège d’avion, les deux coudes aussi serrés que les fesses, sur un PowerBook d’Apple à écran 17 pouces. Or, il me reste encore une grosse heure d’autonomie énergétique. Pourtant le ThinkPad de ma voisine est mort depuis 15 minutes …


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4 réflexions sur “Prendre son pied à couvrir les Macworld

  1. Je viens juste de lire vos 2 petits textes sur le MAC…..et quoi dire d’autre que bien que j’utilise un pc pour gagner ma vie….faut bien travailler….si je pouvais, je pourrais…..
    Disons qu’un MAC nous fait faire moins d’inventaire d’église que n’importe quel PC ou presque.
    Bon voyage.

  2. Votre article en dit long sur les utilisateurs de Mac. Non seulement je suis technologiquement convaincue, mais oui, j’ai personnellement un sentiment d’appartenance à Apple. De la pomme collante colorée au épinglettes, les utilisateurs Mac s’affichent en tant que tels et en sont fiers.
    J’ai, comme vous, débuté mes connaissances en infographie sur un Mac sans disque dur, créé des concepts graphiques sur un Mac Plus à écran 7 pouces noir et blanc. J’ai suivi pendant dix ans, des cours d’appoints sur les logiciels graphiques – Photoshop, Illustrator, Quark, Freehand etc. – j’ai donc vu l’évolution des produits Apple. J’ai acheté mon premier Mac en 1994, le premier modèle des Power Mac, le 6100, à un prix très élevé et j’ai réussi à me démerder avec lui jusqu’en 2001 quand je me suis procuré un iMac. Bien sûr, j’ai investi de fortes sommes pour ajouter de la mémoire vive – 8 megs, 400$ -, un lecteur de CD ROM à 500$, deux lecteurs Syquest 135 et un Zip 100, une imprimante Epson à jets d’encre couleurs en grand spécial à 700$ et j’en passe…
    Alors, on passe de SCSI à USB… là, j’ai dû m’incliner, plus aucune composante n’étant encore sur le marché… Cul-de-sac…
    J’ai connu les PC en 1996. J’ai suivi le premier programme à temps plein en multimédia – internet, CD-Rom, bornes interactives, HTML, lingo… – au Cégep Maisonneuve. Oups! Là, il fallait que les sites fonctionnent sur les deux plateformes, j’ai donc dû, à contre-coeur, apprivoiser IBM. Oui, le DOS, car même si Windows 95 était sorti, nous devions connaître le fonctionnement de base de la plateforme avant d’utiliser Windows. J’avais l’imprression de retourner au temps des photocomposeuses avec tous ces codes. Ça buggait tout le temps, juste aller placer un fichier dans un dossier était toute une manoeuvre ( ce n’est guère mieux avec Windows XP avec lequel je suis forcée d’utiliser au travail! ). J’ai pesté et je peste encore avec le PC; sur internet, des tas de fenêtres apparaissent sans qu’on le demande, les anti-virus ralentissent le travail et les logiciels qui existent maintenant pour PC, comme Phortoshop ou Quark, n’ont pas le même rendement que sur mon iMac Indigo de 2001. Et on a beau dire que les fichiers sont hybrides, les fontes, elles, ne le sont pas. Dans un travail de mise en pages, il faut tout revérifier sur le PC parce que même si tu utilises des fontes qui existent pour PC, le logiciel ne les remplace pas automatiquement. Il faut d’abord remplacer les fontes manuellement avant que le document ne s’ouvrem mais, même avec la même fonte–garamond par exemple – le texte déboule différemment. Il faut donc rev.rifier la longueur du texte et revérifier toutes les césures, veuves, orphelins etc.
    Je me retrouve maintenant au bord du cul-de-sac encore une fois. Comme je ne peux pas installer MAC OSX, il n’y a donc plus de nouvelles versions de software pour Mac Classic 9.2.2. Pour le moment, je me débrouille quand-même assez bien mais je sais que, tôt ou tard, je devrai me procurer au moins un G4. Cette fois, par contre, je vais esayer de trouver un ordi de seconde main, ça dévalue tellement vite que les prix des modèles précédents tombent en chute libre…
    Jamais je ne m’achèterai un PC malgré leur bas prix, j’aime mieux garder mon iMac G3 avec un disque dur de 40 gigs que j’ai fait poser l’an dernier.
    Nous faisions des petits chef-d’oeuvre avec des Mac II, il ne faut donc pas, à mon avis, embarquer dans le jeu de la consommation. Tout est devenu du prêt-à-jeter dès qu’un nouveau modèle arrive sur le marché. Bien sûr, je rêve de posséder l’élégant nouveau G5…
    Un PC? jamais! Mais vaut mieux posséder une Mercedes 2001 qu’une Ford de l’année…

  3. Bravo et merci à Nelson Dumais de nous permettre de suivre à distance les développements annoncés au Macworld se déroulant à l’autre bout du continent! Comme Suzon Perron je suis un « confrère » Mac et je partage toute son expérience! De même que je me retrouve sublimement décris par m. Dumais lorsqu’il découpe au scalpel les attitudes anciennes et leurs mises à jour qu’affectent les unilatéralistes du Mac dont je suis. La question des fontes est exacte et il est nécessaire de sauvegarder les fichiers en des formats Image (comme .jpeg ou .pdf ou encore .eps). C’est difficile avec QuarkXpress qui fait sa propre gestion des fontes. Des problèmes qui seront résolus dans l’avenir. Window se rapproche de plus en plus du Mac pour l’interface graphique et la fluidité d’exécution des programmes va aussi s’améliorer sous Window. Mais le Mac sera toujours ma machine préférée. À voir aller les Window XP de mes collègues qui jalousent tout ce qui se produit simultanément dans ma tour G5 DP 2Ghz équipée de 2Gig de RAM, qui travaille sept à huit programmes lourds en même temps et qui ne plante jamais, je ne serai probablement jamais prêt à « switcher » pour un PC…

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