Du journalisme techno au … rickshaw

illustration2005122300.jpgDans mes tripes, je sens qu’un jour qui n’est peut-être pas si loin, on me remplacera, moi le journaliste techno de Montréal, par quelqu’un de New Delhi ou de Beijing, un diplômés en TI et en culture québécoise, qui, là-bas, ne chargera que 15 ou 25 % de mes tarifs (pourtant maigrichons) pour produire des articles techno bien sentis et bien adaptés au marché québécois. Les commerçants continueront d’annoncer, les gens continueront d’acheter le journal et les actionnaires seront contents.


Idiote mon idée ? Pensez seulement à cette centaine de rédacteurs techniques québécois dont les jobs ont été exportées aux Indes depuis le début de 2005. N’oubliez pas que dans les pays asiatiques, les universités ronronnent à un rythme d’enfer, les gens s’y garochent littéralement, y travaillent très très très fort dans toutes les disciplines imaginables et se lancent sur les marchés que l’on dit mondialisés, les côtes saillantes, la dent très creuse et la griffe bien effilée.

illustration2005122304.jpgPour le moins, c’est très différent de chez nous où la notion d’effort a un tout autres sens. Si vous avez, comme moi, la chance d’avoir des voisins d’origine asiatique, comparez les heures que leurs enfants et les vôtres mettent à étudier, à apprendre, à pratiquer leur instrument de musique. Si vous le faites, vous ressentirez probablement un bizarre de stress dans votre estomac. Si vous avez, comme moi, la chance d’avoir des enfants, calculez combien d’argent vous dilapidez annuellement parce qu’il leur fallait tel chandail griffé, telle godasse ainsi lacée, tel gadget essentiel à leur statut dans la Polyvalente. Sans leur dire toujours oui, je n’arrive pas à avoir la force de caractère de mon voisin asiatique qui lui, le chanceux, dit toujours non.

illustration2005122308.jpgDans mes tripes, je sens qu’il y a quelque chose d’écrit dans le ciel. Quelque chose qui annonce des bouleversements majeurs à l’échelle planétaire, au terme desquels, je gagnerai peut-être ma vie à balader des Chinois (de moins en moins maigres) en rickshaw dans les rues de Montréal (photo ici à gauche). Malgré mon nerf sciatique, mes tendinites et ma bursite. La bonne nouvelle ? Ma blonde me trouvera slim.

illustration2005122303.jpgJe charrie, vous dites ? Laissez-moi vous résumer le raisonnement de M. Puru Saxena, un expert en économie et en finance de renommée mondiale que l’on peut voir, de temps à autres, sur les grands réseaux de télé américains et britanniques. Vous conviendrez que je ne suis pas si parano que cela.

Cet expert qui situe l’économie américaine a environ 11 200 milliards $US, commence par expliquer qu’au cours des 5 dernières années, elle s’est accrue de 1 600 milliards et qu’en même temps, la dette, elle, a augmenté de 7 600 milliards ! Autrement dit, pour chaque dollar de croissance économique, les 296 millions de neveux et nièces de l’Oncle Sam se seraient considérablement endettés. Dit autrement, le rapport entre la dette nationale et le PIB (produit intérieur brut) américain se situerait maintenant à 350 % comparativement à 120 % dans les années 1970. Soulignons qu’une tranche de 700 milliards $US de cette dette américaine est détenue par les Chinois.

Pis encore, dans un contexte où le déficit commercial dépasse les 700 milliards $US, les sujets de George W. continueraient d’acheter massivement des biens de consommation fabriqués dans des pays où la main-d’œuvre coûte des nèfles, des produits que WallMart (pour ne nommer que cette chaîne) peut vendre à très bas prix tout en faisant de succulents profits. Le pire du pire, d’ajouter M. Saxena, c’est que les USA en seraient rendus à importer les deux tiers de l’énergie dont ils ont besoin quotidiennement pour faire fonctionner tout ce bordel.

illustration2005122301.jpgQuant à la balance des actifs, elle serait, elle aussi, déficitaire. Les actifs étrangers en sol américain (Chinois et autres) seraient de 10 000 milliards $US alors que les actifs américains à l’étranger ne seraient que de 7 000 milliards $US. On parle donc d’un solde négatif de 3 000 milliards $US, ce qui frise les 30 % du PIB.

illustration2005122305.jpgPour compléter le tableau, mentionnons que les salaires des travailleurs américains (à l’exception de ceux des sportifs et … des P.D.G.) stagneraient, voire reculeraient, et que l’épargne moyenne n’y serait, conséquemment, que de 1%, alors que la consommation compterait pour 70% de la croissance du PIB. On peut donc parler de consommation débridée avec aucune accumulation de réserves. La cigale ayant chanté tout l’été, se trouva dépourvue quand la bise fut venue, comme on le dit si bien à Beijing.

illustration2005122306.jpgDu côté des 1,3 milliard de chinois, le PIB est de 1 200 milliards de $US, avec un taux de croissance annuel de 9,5 %. L’Empire du Milieu, plus grand consommateur de cuivre et plus grand producteur d’acier au monde, utilise cinq fois plus de béton qu’en Amérique. C’est actuellement le marché le plus dynamique, le plus prometteur de la planète. Les gens y travaillent très fort (et généralement pour des pinottes), exportent des produits dont la qualité est de moins en moins contestable et font feu de tout bois. De plus, ils affichent un taux d’épargne de 30 %, habitude ancestrale qui pourrait ne pas nuire advenant des jours de vache maigre.

Le merdier amerloque va tenir en place tant et aussi longtemps que la consommation va aller bon train, soutient M. Saxena. Tant que les taux d’intérêt le permettront, les gens pourront emprunter (voire hypothéquer leurs maisons) pour consommer d’avantage, pour acheter de plus en plus de produits asiatiques. Mais le jour où la consommation commencera à décliner (on peut imaginer que les salaires vont augmenter en Chine et que les produits vont se mettre à coûter plus cher), ce sera possiblement la débâcle, pour le moins, une réorganisation fondamentale.

illustration2005122307.jpgÉvidemment, ici c’est le Canada des khânâddiens et khânâddiennes, pays différent que nos politiciens sauront protéger contre les USA; ils nous le promettent à grands coups de drapeaux. Mais il va quand même falloir qu’ils finissent par comprendre que le jour où les fils de ces petits chinois de la Sainte Enfance (ceux qu’on achetait 30 sous dans mon temps pour financer les Missions) auront terminé leur révision et correction des mœurs industrielles et commerciales de la planète, les USA seront devenus autre chose. Et comme ce pays est notre gros client, comme il représente le gros de notre business, exportations et importations, il nous refilera sa crève et je me ramasserai attelé à un rickshaw. Dans mon cas, ce ne sera pas trop grave. Je suis sportif et j’aime bien les Asiatiques.

Mon voisin, un restaurateur vietnamien qui parle le mandarin, l’anglais et le français en plus de sa langue (et dont les enfants étudient la médecine et le génie électrique tout en étant des virtuoses au piano), a commencé à me donner des notions de culture asiatique. Il est convaincu me rendre le plus grand des services. Et ça marche ! Étant très doué de nature, je suis rendu plus habile avec mes baguettes (je peux saisir un petit pois dans le fond d’un bol) qu’Uma Thurman avec son sabre dans Kill Bill.

Y a quand même de l’espoir !


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2 réflexions sur “Du journalisme techno au … rickshaw

  1. Moi qui suis à Shanghai depuis maintenant plus de deux ans (j’enseigne l’Anglais et l’informatique dans une école primaire – et, oui, je suis mieux payé que je l’étais à Québec à monter des sites web) je peux approuver que vous n’êtes pas parano du tout. On le constate plutôt facilement quand on est sur place, le développement ici est tout à fait spectaculaire et se produit à une vitesse folle… ca fait peur. Je pense donc que vous avez raison d’être inquiet, sans rien connaître en économie j’ai tout de même l’impression que ca va faire mal, très mal, et plus vite que l’on ne le pense! C’est d’ailleurs la toute première chose qui m’a frappé quand je suis arrivé ici il y a deux ans. Dès que j’ai vu la ville, de la fenêtre de l’autobus en revenant de l’aéroport, j’ai pensé à New York, et son Times Square m’a tout d’un coup semblé tout petit… J’ai aussitôt compris la place et la puissance que la Chine est en train de prendre.

    C’est un peu à cause de ce que vous dites que j’ai décidé de venir ici je crois… Tout comme vous, dans mes tripes j’ai senti que la Chine était un endroit qui serait fascinant, un endroit où je me sentirait à la bonne place, au bon moment. Et je ne me trompait pas. La Chine est un pays fascinant et c’est probablement un des meilleurs endroits où être actuellement. Les affaires sont bonnes, le coût de la vie n’est pas cher, il y a donc moyen de mener une vie quand même plutôt luxueuse tout en économisant (à l’inverse de s’endetter). Quoi demander de mieux? 😉

    Joyeux Noel quand même! (je dois tout de même avouer que passer Noel en compagnie de ma famille serait mieux qu’à Shanghai, on sent le père noel pas mal loin ici…)

  2. Monsieur Dumais,

    La revue L’Actualité a fait un résumé une de leur parution de l’an dernier des propos dans que vous avez présenté dans votre article.

    Elle ajoutait qu’en cas d’invasion de Taiwan par la Chine, les States ne lèveraient pas le petit doigt magré se qu’ils disent sur les tribunes internationales. On ne peut partir en guerre contre notre banquier!!!
    Les States ont la main dans le tordeur du Péril Jaune mais ils ne s’en aperçoivent pas…ils sont occupés à manger un big mac avec l’autre main ou tirer sur la gachette, c’est selon.

    (D’un autre côté, ils s’en sont aperçu à l’accord de Kyoto. Le leader mondial du capitalisme du 21ième siècle qui les détronera n’a aucune mesure à prendre ou objectif à atteindre dans l’accord de Kyoto.
    Il faudra s’assurer que la Chine et l’Inde participent à Kyoto 2 pour le bien de nos arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-enfants.)

    Salutations,

    ML

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