La loi du moindre effort prévaudra toujours

illustration2005111104.jpgTout ça a commencé par une question posée au souper. « Papa, c’est-y vrai que Jacques Cartier n’a pas découvert le Canada, qu’il n’a fait qu’officialiser pour la France ce que tout le monde connaissait depuis longtemps ? ». J’ai pris une grande respiration et, prudemment, ai parlé des Vikings venus vers l’An 1000, de Cabot qui avait visité Terre-Neuve 40 ans avant Cartier et des Amérindiens qui avaient occupé le territoire des milliers d’années avant les Européens. Au moment où, croyant m’en être sorti, je m’apprêtais à aller me prélasser dans le jardin, la question suivante eut raison de mes projets

« Où c’est que je pourrais aller sur le Net pour avoir des détails ? » Adieu jardin ! Je me suis plutôt retrouvé devant un PC en train de sombrer dans les abysses angoissants de la cyber-recherche. Chic !

illustration2005111101.jpgLe début a été facile; j’ai simplement googlé pécheurs Basques XVIe siècle (j’avais visité le musée de Trois-Pistoles et je me souvenais que ces navigateurs étaient venus croiser dans le Saint-Laurent avant Cartier). Évidemment, Google m’a livré des milliards de fiches, les unes fantaisistes, les autres fausses, certaines mal documentées, d’autres erronées. Heureusement, quelques unes m’ont quand même permis d’aller plus loin. Le bénédictin en moi a notamment remarqué celle d’un site où des gens parlaient de Brest, alias le Vieux Fort, une bourgade aujourd’hui disparue de la Côte-Nord québécoise. Brest ? Côte-Nord du Québec ? Un truc passé sous silence par les gros sites officiels d’histoire !

Tandis que mon jeune questionneur baillait aux corneilles, je me suis fait expliquer que 25 ans avant que Cartier ne sillonne nos eaux, Brest avait une population établie de 1 000 âmes réparties dans au moins 200 maisons et qu’en été, avec l’arrivée des pêcheurs, c’était plus de 3000 personnes qui y vivaient. Cette petite ville dont l’existence avait longtemps été tenue secrète, était ainsi peuplée de Français, d’Espagnols, de Portugais, d’Anglais, de Montagnais, de Naskapis et d’Inuits. En fait, on la considérait à l’époque comme la métropole des Terres Neuves.

Vrai ? Pas vrai ? Il me fallait le savoir. J’ai donc continué mes recherches et ai fini par retrouver des cartes géographiques très anciennes, dont celles de Cabot (1544), de Corteréal (1564) et de Mercator (1569). Or, ces cartes mentionnaient effectivement Brest, un bled un peu plus à l’ouest que Blanc-Sablon près du Labrador. Malheureusement, ma progéniture soucieuse de tant de connaissance historique, dormait déjà à poings fermés.

illustration2005111103.jpgJe suis quand même parti à la recherche de cette Brest disparue et, en cours de route, me suis retrouvé sur le site de Dick Garneau, un métis de la Saskatchewan qui avait wébifié ses 50 ans de recherche sur la vraie histoire du Canada, celle qui tient compte de ses premiers habitants, les Amérindiens. À travers les Paul Knutsson qui visita la Baie d’Hudson en 1360, Henry Sinclair qui se promena au Cap-Breton en 1398, Johannes Scolvus qui arpenta notre Nunavut en 1476 et les marchands anglais qui commercèrent avec les indiens Béothuk (Terre-Neuve) en 1481, le stupéfiant Garneau confirmait l’existence historique de Brest.

Et ce n’est rien, il me mettait sur la piste du premier voyage organisé de l’histoire nord-américaine. De clic en claque, j’ai pu ainsi découvrir la saga de Richard Hore, un commerçant londonien qui, en 1536, embarqua une trentaine de nobles pour venir kidnapper quelques indiens comme c’était alors la pratique. Non seulement ces hommes de la Renaissance ne parvinrent pas à leurs fins, mais il se retrouvèrent en situation de famine dans une anse du Labrador, possiblement pas loin de Brest, et, pour survivre, durent devenir cannibales. Ce n’est qu’en s’emparant d’un navire français venu à leur rescousse qu’ils purent regagner Londres où le roi leur pardonna leur nombreux méfaits, incluant le cannibalisme.

illustration2005111102.jpgVérité ? Canular ? J’ai décidé de vérifier. De sites bibliothécaires en sites universitaires, de forums savants en babillards fréquentés, j’ai fini par obtenir des confirmations de la part de professeurs et par me faire référer des livres crédibles sur la question. J’en ai même acheté deux sur Amazon.com, des livres à 30 $US chacun ! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un enfant assoiffé de savoir ! À 4 heures du matin, j’ai fermé le PC, heureux de mes découvertes et convaincu de la plus vive des gratitudes filiales.

Sauf que mon jeune sacripant n’a rien fait de ma précieuse recherche ! Il n’a jamais utilisé les innombrables signets que je lui avais méticuleusement préparés pendant mon interminable session vespérale ! Le misérable s‘est contenté des explications conventionnelles du site Web du Musée canadien des civilisations, un site où on n’explique ni Brest, ni Paul Knutsson ni Richard Hore. Et vous savez quoi ? Il a eu 95 % pour son travail !

Comme quoi le progrès techno ne change rien à la loi du moindre effort !


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2 réflexions sur “La loi du moindre effort prévaudra toujours

  1. Au 17siècle les bâteaux transatlantiques s’arrêtaient en général à Tadoussac. Trop dangereux pour continuer. Même les frères Kirke (en principe des français de Dieppe, ils se sont fait naturaliser anglais 20 ans plus tard) assiègait Québec à partir de Tadoussac. 1759 on croyait impossible que les anglais puissent arriver à Québec sans pilotes. Il fallait attendre le 19siègle et les bateaux de vapeur de John Molson que la navette entre Montréal et Québec se fasse. Montréal n’avait pas de port avant. UN SEUL navigait sur le fleuve jusqu au lac St.Pierre – notre Jacques Cartier. Un canular ?

    Champlain restait 30 ans à Québec et écrivait plusieurs livres. Entre autre l’histoire de la nouvelle France. Il était connaisseur. Or, il n’avait jamais entendu d’un troisième voyage de Cartier. En 1740 Charlevoix (la région porte son nom) raconte ce 3ième voyage tout croche et pense qu’il était au Cap Breton seulement. Un autre canular ?.

    Ce troisième voyage n’existait qu’en anglais, plublié 1600 à Londres par Richard Hakluyt. Les français n’avait pas cette connaissance. En 1598 un éditeur français découvre le premier voyage de Cartier dans une langue étrangère et le publie en français et fête la découverte de ce livre comme un grand succès.

    Quant au deuxième voyage l’historien Azdevar trouve un seul exemplaire en Angleterre (publié en français en 1545). Or ce livre n’était surement pas connu, puisque on y parle jamais de l’île d’Orléans.

    Enfin, ces deux voyages se trouvent chez Gian-Battista Ramusio en italien publié 1556 à Venice. Ici on parle de l’ile d’Orléans. Un autre canular ?

    Ils existent 3 manuscripts, conservé à Paris du 2ième voyage. Auteur inconnu. Pour les autres relations n’existent pas de manuscripts.

    On dit, que les hommes de Cartier mouraient du scorbut pendant l’hiver. Ce qu’on ne dit pas c’est que les Indiens mouraient en grand nombre AVANT les français que ces derniers se mettait en quarantaine. Après 50 morts les Indiens se rapellaient de leur boisson magique « Annedda » pour se guérir eux-même et donner la recette au français après.

    On a jamais entendu parler que les Indiens souffraient du scorbut et notre historien Charlevoix et un des seuls à s’interroger. Un autre canular ?

    Je peux continuer comme cela pour longtemps. Naturellement on n’a jamais trouvé la moindre trace de Cartier – on dit quand-même qu’il campait à Québec dans ce parc.

    Conclusion, Cartier = Faux comme diamant de Canada. Proverbe qu’aucun français connait, qui n’existe pas dans le Larousse ou Robert, et qui n’était jamais connu puisque ce troisième voyage était publié uniquement en angalais en 1600.

  2. Intéressant, votre commentaire. Sauf que j’ai bien failli le rater. C’est en fouinant dans ma console de gestion que je l’ai aperçu. Je vais de ce pas demander aux autorités du site de voir à la possibilité que les messages de lecteurs, comme le vôtre, aient leur titre qui vienne s’afficher sur la page d’accueil de mon blogue, comme pour les articles publiés.

    Merci.

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