Les enfants.com

illustration200511062.jpgLes congés pédagogiques et les journées de grève étant en nombre croissant, sans parler des problèmes relatifs aux services de garde, je médite, ces temps-ci, sur ma foutue réalité de père. Conscient du fait que ma progéniture est abondante, variée et exemplaire, convaincu de la rigueur avec laquelle j’assume quotidiennement l’apostolat imposé par cette prodigieuse paternité, j’aime bien me trouver misérabiliste. J’aime bien me définir comme victime, celle d’un système néo-libéral, d’une contre-attaque syndicale aussi prévisible qu’essentielle, d’une réalité démographique où plus personne n’a les moyens ou le temps de faire des enfants et d’une conspiration technologiques qui vient achever le travail en enrobant le tout d’une saloperie imparable à la sauce x-box, Illico et MSN.

Il y a longtemps que l’enfant québécois a cessé de vivre en hordes morveuses couraillant les ruelles et se salissant dans les parcs. Il lui est même devenu difficile de rencontrer des amis avec qui jouer dès qu’il se retrouve en dehors du modèle école, service de garde, souper, devoirs, bain et dodo. Il faut alors que les adultes, la plupart monoparentaux ou en garde partagée, lui organisent des activités, le divertissent, l’occupent. Surtout que Papa et Maman sont persuadés qu’il ne peut le faire tout seul et que son développement harmonieux requiert, en tout temps, l’encadrement d’un adulte. Quelle billevesée ! C’est vraiment prendre les enfants pour des cons !

illustration200511064.jpgDans mon temps, époque glorieuse au sujet de laquelle il m’arrive de radoter, les mères avaient trop d’ouvrage pour seulement songer à aller travailler. Elles avaient l’habitude d’intimer l’ordre à leurs cinq ou six enfants d’aller jouer dehors. Pas question pour eux, alors, de coller au salon, de faignanter dans les chambres, de niaiser dans la cuisine. «Si moman vous attrape, a va vous faire laver les planchers!», fine-psychologisaient-elles.

Les enfants de ces temps immémoriaux étaient assez dégourdis pour bien comprendre l’ampleur de la menace. La perspective du sceau, de la moppe et de l’eau savonneuse, un liquide généralement répugnant, les incitait à déguerpir pour ne réapparaître que pour bouffer. Et même là, leur présence se limitait au strict nécessaire. Des merveilles dont le détail ne tiendrait pas en ces pages, les attendaient dehors.

Quant au père, on ne le voyait que rarement en dehors du repas du soir. Il avait travaillé fort, il était fatigué et, très souvent, il avait quelque chose à réparer dans son hangar. De toute façon, aucun enfant normalement constitué n’aurait eu l’idée de lui demander de venir jouer avec lui sous prétexte que c’était plate et qu’il n’y avait rien à faire.

Par la force des choses, les enfants s’occupaient tout seuls, idéalement, le plus loin possible des adultes qui, de toute façon, n’avaient pas grand temps à leur accorder. C’est la même chose aujourd’hui. Les parents doivent consacrer des heures considérables à leur carrière, investir sur leur nouvelle vie sentimentale (ou en vue d’une prochaine aventure), s’occuper des tâches domestiques, suivre leurs émissions télé et aller sur Internet.

Bref, toutes les fins de semaine (si c’est à leur tour d’avoir la garde) ou lors des congés scolaires (ceux qu’ils croisent sur leur quart), les parents de 2005 se retrouvent avec une épineuse question à trancher : vaut-il mieux ploguer leur enfant sur un ordi que de l’effouèrer devant la télé ?

illustration200511061.jpgQuestion idiote. Il s’agit de deux moyens pouvant abrutir l’enfant au lieu de lui être de quelque secours. La médiocrité d’un film loué made in Hollywood, celle d’une émission de Télétoune ou d’une télésérie grand public n’ont d’égale que la nullité d’un trop grand nombre de jeux d’ordinateur ou celle de la plupart des sites Web fréquentés par les jeunes. La plupart sont lénifiants, occupationnels, plates et, très souvent, de mauvais goût. Télé comme ordi habituent l’enfant à ne rien foutre et à ne rien sentir. Mine de rien, le temps du souper est déjà arrivé et l’après-midi s’est, somme toute, bien passée. En prime, l’enfant ne fait aucun exercice, n’élimine aucune calorie, n’absorbe aucune vitamine soleil et n’aide en rien sa croissance dès lors compromise.

Oui mais il s’est cassé la tête pour découvrir toutes les cachettes d’un jeu de type labyrinthe, me rétorquerez-vous. Et alors ? Depuis quand exceller dans un tel jeu prépare-t-il mieux l’esprit en vue d’un apprentissage sérieux, que la pratique de la traîne sauvage ou le lancer d’un ballon dans un panier ? Depuis quand tout connaître du clavardage juvénile est préférable, sur le plan acquisition des valeurs formatrices, au fait de tout savoir sur la maîtrise de son vélo en milieu urbain ? Bref, si on se fie à l’adage romain mens sane in copore sano, il semblerait qu’un enfant qui fait de l’exercice a une longueur d’avance dans la vie sur celui qui zappe et clique dans la salle familiale.

illustration200511063.jpgÀ la différence des chats, les enfants d’Internet ou de Simpsons ne demandent pas la porte. Et si vous les mettez dehors malgré eux, ils risquent de ne pas savoir vraiment quoi y faire et de ne rencontrer personne de leur âge pour en parler. Savoir s’amuser des heures durant au grand air, sans télé ni Internet, est une connaissance qui s’acquiert normalement en bande. Comme quand j’étais petit.

Vous savez quoi ? Si tous les parents dans ma ruelle bloquaient Internet et télé et mettaient leurs enfants dehors (en verrouillant les portes pour ne pas que les petits saligauds ne s’infiltrent), il y aurait toute une marmaille dehors qui redécouvrirait peut-être le bonheur de la vie sans les adultes. Ils recommenceraient à faire des mauvais coups, comme dans le temps, et, plus tard, auraient de vrais souvenirs de jeunesse à raconter. Pas des souvenirs.com !

On peut rêver non ?


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Une réflexion sur “Les enfants.com

  1. tout à fait d’accord avec ce texte Nelson. À mon avis, ce phénomène s’explique par la SUR organisation des éducatrices en garderie ! Mes enfants ont fréquenté depuis l’age de 11 mois ces garderies modèles ou la moindre minute était organisé par des adultes. Ce qui fait que rendu à l’age scolaire, les enfants ne sont pas foutu de s’organiser eux mêmes pour se booker des amis et des activités. Popa doit le faire !!! Autre fait aussi, il n’y a plus d’enfants dans les ruelles !!! Du moins en ville…je dois constament « importer » des enfants chez moi ou « exporter » les miens à plusieurs rues de mon domicile pour trouver des amis à mes marmots. Bonjour la sponanéité du « va jouer dehors » !!.

    Désolé pour le délais, je viens de découvrir ton blog..

    Rimbaud Jet

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